André Simon, ce mois d’août, est en charge de l’Agenda Ironique. Je le cite :

Je propose donc pour ce mois d’août un clin d’œil à Marcel Thiry, poète belge disparu en 1977, la même année que Jacques Prévert.
Le thème sera le titre de son recueil de poésie, titre et premier vers de son premier poème paru en 1924: “Toi qui pâlis au nom de Vancouver.
Les mots imposés ont été tirés au hasard dans le même recueil: paradis, accordéoniste, suave, Alfa Romeo, février, accord et civil.

Eh bien, ça n’a l’air de rien, mais ce ne fut pas simple et je n’étais pas loin d’abandonner quand Andrea du blog Épaisseur sans Consistance se lance soudainement et avec bonheur dans l’OuLiPisme (je vous recommande ici sa participation, c’est un régal) et que… mais bon sang, mais c’est bien sûr !

Parmi la multitude de contraintes d’écriture OuLiPiennes …

La contrainte est une façon de limiter sa liberté, son champ d’action pour mieux l’agrandir et le découvrir. C’est le pouce qui serre le tuyau d’arrosage pour en tirer un jet d’eau

… je me suis emparée de celle qui consiste à écrire un poème en utilisant les rimes d’un autre. Elle se nomme « les bouts rimés ».

Voici le poème de Marcel Thiry

Toi qui pâlis au nom de Vancouver, 
Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage; 
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert 
Des perroquets ni le soleil sauvage. 

Tu t’embarquas à bord de maint steamers, 
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage; 
Sans grand éclat tu servis sous Stürmer, 
Pour déserter tu fus toujours trop sage. 

Mais qu’il suffise à ton retour chagrin 
D’avoir été ce soldat pérégrin 
Sur les trottoirs des villes inconnues, 

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway, 
D’avoir aimé les grâces Greenaway 
D’une Allemande aux mains savamment nues. 

Voici le très modeste mien
Les bourimés de Vancouver

C’était en février non loin de Vancouver
Un accordéoniste revenant de voyage
son Alfa Romeo badigeonna de vert
pour qu’elle ait désormais une allure plus sauvage.

Or Fraser River ne craignant pas les steamers
en paradis l’expédia. L’homme y fit naufrage.
Et, comme le cancana l’infâme canard Stürmer, 
piètre croque-note ne trouva pas d’accord sage.

Partitions égarées, il avait grand chagrin
d’être qualifié de musiqueux pérégrin.
Regrettait l’avant-coeur des suaves inconnues

qu’en Alfa vert de green il guidait dans Broadway.
Ingénu anglophile, croyait ‘vert’ en ‘Green’[away]
mais le code civil censurait gorges nues.

© Écri’Turbulente – 26 août 2018

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