Une histoire d’amitié, entre peinture et écriture

Quand ils se rencontrent pour la première fois à Paris, en 1905, dans un bar anglais du quartier Saint-Lazare, Picasso a vingt-trois ans et Guillaume Apollinaire vingt-quatre. Max Jacob est le troisième homme de cette amitié, dont tout indique qu’elle a été immédiate et intense. Toute sa vie, Picasso pensera et travaillera autour de la figure légendaire d’Apollinaire qui disparaît, en 1918, à trente-huit ans, des suites de sa blessure de guerre. 

LA LECTURE DE LA LETTRE
Pablo Picasso, La lecture de la Lettre, 1921

Deux hommes, plus grands que nature, sont assis côte à côte sur une pierre dans un paysage aride et minéral. Leur costume citadin contraste avec le caractère sauvage du décor. La proximité des corps et l’attitude familière du bras de l’un passé sur les épaules de l’autre laissent supposer qu’il existe entre eux une certaine intimité. La présence de la lettre et du livre posé par terre à droite teinte le tableau d’une couleur littéraire. Bien que les visages ne soient pas les leurs, on a voulu voir dans cette œuvre l’évocation de l’amitié entre Picasso et l’écrivain Guillaume Apollinaire.

Le tableau, exécuté plusieurs années après la mort d’Apollinaire, survenue en 1918, pourrait être un hommage posthume.

 

 

 

 

« Les oiseaux chantent avec les doigts », Guillaume Apollinaire, 1916

«Les oiseaux chantent avec les doigts», peint par Apollinaire et offert à Picasso. La date de 1906 qui figure dans la légende de la reproduction de l’aquarelle est fausse, car cette dernière date en fait de 1916. L’erreur vient d’une lecture trop hâtive de la phrase écrite à l’encre par Apollinaire au dos de l’aquarelle, en bas de la feuille: «Guillaume Apollinaire, 1916, à P. Picasso». L’écriture est si petite qu’à première vue le «1» de «1916» pourrait être pris pour un «O». Même sans la dédicace il serait possible de dater cette oeuvre, car c’est dans son lit d’hôpital, après la trépanation qui a eu lieu le 9 mai 1916, qu’Apollinaire s’est mis à peindre une série d’aquarelles, offertes comme cadeaux à ses amis. Les Oiseaux chantent avec les doigts fait indéniablement partie de cette série, car elle est bien le pendant, par son style et son sujet, de celle offerte à Daniel Tzanck et qui est, elle, clairement datée de 1916.

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Picasso, Autoportrait, Au Lapin agile

 

Le sujet de l’aquarelle en fait un cadeau particulièrement bien approprié à Picasso qui dès 1905 s’était identifié à Arlequin, s’habillant ainsi dans les autoportraits que l’on reconnaît dans les tableaux Au Lapin agile et  Famille de saltimbanques.

 

 

 

Le livre et la lecture dans les œuvres de Picasso

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Picasso, La lecture, 1932

Peinte en janvier 1932, la toile représente Marie-Thérèse Walter, la maîtresse secrète de l’artiste, marié à l’époque à la danseuse russe Olga Khokhlova.

Pablo Picasso rencontre Marie-Thérèse en 1927 lorsqu’elle n’a que 17 ans. Dès lors, les traits de la jeune femme se devinent – en filigrane – sur ses tableaux. Fin 1931, l’artiste ne parvient plus à dissimuler le visage de sa muse. Il le dévoile clairement dans La lecture et Le rêve, son célèbre pendant, peint quelques jours plus tard.

 

 

 

Un thème assez récurent.

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Picasso, La Lecture, 1953

 

 

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