Je reconnais, je ne suis pas polar, mais pas polar du tout. J’avais d’ailleurs « snobé » les invitations à lire et découvrir ce premier roman étiqueté policier d’Isabelle Corlier. Isabelle, c’est une copine. Une copinaute comme il se dit dans le jargon de la blogosphère. Isabelle, c’est une jeune dame, Belge de Bruxelles, ce qui ne lui donne ni ne lui retire tout avantage. Elle publie, chaque dimanche, comme moi, une photo « no comment » qui doit parler d’elle-même (ou pas). Nous nous retrouvons donc, hebdomadairement, à échanger quelques mots, quelques galéjades, sur le sujet que l’une ou l’autre à choisi.

Et puis, elle a mis son roman en avant, pour le promouvoir, comme se doit tout auteur(e). J’ai continué à dédaigner, faute d’intérêt vrai au style de son ouvrage. Quand elle a annoncé, heureuse, qu’elle venait d’être distinguée par le Prix Fintro Écritures Noires 2017, je me suis sentie un peu penaude… un peu mauvaise volonté. Alors, j’ai essayé. Et sans que ce soit un coup de cœur, j’ai aimé.

Isabelle Corlier possède un vrai talent de plume et de créativité. Son scénario, extrêmement bien conduit, n’a rien de fastidieux, ni de monotone. D’ailleurs, l’assassin est connu dès les premières pages, ce qui évite des prises de tête hasardeuses. Ce qui fait le bonheur de lecture, c’est la conduite d’une intrigue bien ficelée, une sorte de huis-clos psychologique des évitements du meurtrier mené parallèlement à l’enquête (auquel il participe au premier plan ; mais je ne vous en dirai pas davantage)..

Si je devais bémoliser mon propos : j’ai sauté parfois quelques paragraphes en raison de ce que ressentais comme superfluité narrative et/ou descriptive.

En tout cas, et sincèrement : Bravo Isabelle ! Et merci !

Ring Est, Isabelle Corlier
Ker Éditions, février 2018

— Est-ce que je pourrais tuer quelqu’un ?

Il avait ruminé la question, soucieux d’apporter la réflexion nécessaire à un sujet auquel la réponse semblait évidente. Il avait fini par se lancer sur un raclement de gorge.

— Tout dépend des circonstances, bien sûr, mais oui, si la situation l’exigeait, sans hésiter.

Elle avait hoché la tête et sorti une jambe nue de sous la couette pour l’enrouler autour des mollets du garçon, l’emprisonner dans le ciseau de ses cuisses et l’attirer au creux d’elle. Aubry avait aussitôt rejeté les draps pour se pencher sur elle avec gourmandise.

Une douleur inattendue lui serra la gorge quand il reconnut la tache de naissance sur le haut de la hanche.
Il l’avait oubliée.

La mémoire lui revint d’un coup, comme un boomerang lancé à pleine vitesse. C’était il y a quinze ans. Un orage grondait et ils avaient décidé de rester dans son kot pour étudier.

— Tu pourrais me tuer ?

Une ombre attira son attention et transforma la scène. L’homme de tout à l’heure, debout au centre de la pièce, le club de golf le long du bras, ruisselait de sang sous la pluie et la boue. Il se tourna vers Caroline qui souriait toujours et avança vers elle.
Aubry vit le fer se lever, l’acier briller. Il voulait crier, mais aucun son ne sortait de sa gorge. Se précipiter sur eux, mais ses pieds étaient soudés au sol.

Il entendit Lily hurler.
Et le bruit des voitures sous la pluie.

Les contributeurs

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PatchCath – Julien/Le Fictiologue – Anne de Louvain-la-Neuve – Martine/Écri’Turbulente – Laurence/Palette d’expressions

 

Le patchwork d'Anne

Pendant qu’ Aubry prenait voluptueusement possession du corps de la fille, la question errait dans sa pensée. Les « circonstances » s’étaient produites, naguère. Et il n’avait pas hésité, alors. S’il devait recommencer, recommencerait-il ? Il revoyait la scène et n’en ressentait aucun remords ; il était même très fier d’avoir échappé aux inquisitions de la justice. Mais il faut dire qu’il avait opposé un alibi en béton que personne n’avait pu contester. Même pas lui…

Il plaça une de ses mains aux ongles soignés sur la cuisse musclée de la fille. Sa peau était ambrée, plus fine sur l’aine où une veine battait dans un rythme lent. Il y promena son index. Elle avait la nudité d’une statue. Sa respiration changea et le bas de son ventre se creusa au-dessus du pubis. Il approcha ses lèvres et déposa un baiser, elle était chaude. C’était bon avec cette fille, il osait comme elle les questions les plus folles. « Elle était grande, elle était belle, elle sentait bon le sable chaud », qui c’est qui chantait déjà ça ? pensait-il en s’activant. Ce qui ne l’empêchait plus de penser à cette question qui, à présent, le taraudait. Est-ce qu’il pourrait tuer quelqu’un ? et en caressant son long cou, ses mains déclenchèrent une pression qu’elle sembla apprécier. Oui, ça dépendait des circonstances, avait-il répondu, ou pas. Et si c’était simplement pour le plaisir du geste, le pouvoir de la pulsion, l’absence de culpabilité, l’imperméabilité de ses émotions. Ce qui faisait de lui ce qu’il était.

Quelquefois, comme un boomerang, la question revenait le hanter. Il n’arrivait pas à imaginer de quelle manière il agirait, mais il pensait que si cela devait se faire, ce serait dans l’urgence. A vif. Avec les moyens mis à sa disposition sur le moment. Et parfois, dans le silence qui suivait ses pensées, il se demandait « Qui ? » Il avait froncé les sourcils, ensuite, un peu, comme s’il tentait sans y parvenir de rattraper une pensée envolée, puis il avait haussé les épaules. Pas important. Il avait à faire. Étreignant avec tendresse le corps de la fille, il avait fait remonter ses doigts jusqu’à la gorge, puis avait serré fort. C’était devenu rouge, puis mauve. Il avait fait taire les cris avec un oreiller. La demoiselle s’était tortillée comme un insecte, puis, à force d’insister, elle était retombée sur les draps, inerte.

Oui, avait-il pensé, je peux tuer quelqu’un.

Mon patchwork (cousu sans avoir lu celui d'Anne)

Pendant qu’ Aubry prenait voluptueusement possession du corps de la fille, la question errait dans sa pensée. Les « circonstances » s’étaient produites, naguère. Et il n’avait pas hésité, alors. S’il devait recommencer, recommencerait-il ? Il revoyait la scène et n’en ressentait aucun remords ; il était même très fier d’avoir échappé aux inquisitions de la justice. Mais il faut dire qu’il avait opposé un alibi en béton que personne n’avait pu contester. Même pas lui.

Il plaça une de ses mains aux ongles soignés sur la cuisse musclée de la fille. Sa peau était ambrée, plus fine sur l’aine où une veine battait dans un rythme lent. Il y promena son index. Elle avait la nudité d’une statue. Sa respiration changea et le bas de son ventre se creusa au dessus du pubis. Il approcha ses lèvres et déposa un baiser, elle était chaude. C’était bon avec cette fille, il osait comme elle les questions les plus folles.

Comme un boomerang, la question revenait le hanter. Il n’arrivait pas à imaginer de quelle manière il agirait, mais il pensait que si cela devait se faire, ce serait dans l’urgence. A vif. Avec les moyens mis à sa disposition sur le moment. Et parfois, dans le silence qui suivait ses pensées, il se demandait « Qui ? ». Elle était grande, elle était belle, elle sentait bon le sable chaud, qui c’est qui chantait déjà ça ? pensait-il en s’activant.

Ce qui ne l’empêchait plus de penser à cette question qui, à présent, le taraudait. Est-ce qu’il pourrait tuer quelqu’un ? Et en caressant son long cou, ses mains déclenchèrent une pression qu’elle sembla apprécier.

Oui, ça dépendait des circonstances, avait-il répondu, ou pas.

Et si c’était simplement pour le plaisir du geste, le pouvoir de la pulsion, l’absence de culpabilité, l’imperméabilité de ses émotions. Ce qui faisait de lui ce qu’il était. Il avait froncé les sourcils, ensuite, un peu, comme s’il tentait sans y parvenir de rattraper une pensée envolée, puis il avait haussé les épaules. Pas important. Il avait à faire. Étreignant avec tendresse le corps de la fille, il avait fait remonter ses doigts jusqu’à la gorge de celle-ci, puis avait serré fort. C’était devenu rouge, puis mauve. Il avait fait taire les cris avec un oreiller. La demoiselle s’était tortillée comme un insecte, puis, à force d’insister, elle était retombée sur les draps, inerte.

Oui, avait-il pensé, je peux tuer quelqu’un.

Ring Est - Isabelle Corlier
Quatrième de couverture

9782875862259-1

 

Le corps d’un homme battu à mort est découvert sur une aire de parking, non loin du Ring de Bruxelles.
Aubry Dabancourt, juge d’instruction, est chargé de l’enquête.
Une aubaine pour le magistrat qui compte bien tout faire pour que le mort emporte son secret dans la tombe.

 

 

Isabelle Corlier
Sa bio/bibliographie
corlier_isabelle
© Gianni Candido pour Ker Éditions

 

 

Isabelle Corlier est née à Namur en 1977 et vit depuis plus de vingt ans à Bruxelles. Elle nourrit une tendresse particulière pour le ciel plombé, les pavés mouillés, le peuple bigarré et la langue bizarre de son pays natal.