Alice, assise auprès de sa sœur sur le gazon, commençait à s’ennuyer de rester là à ne rien faire.

Après tout ce qu’elle venait de vivre, se retrouver aux côtés de cette nunuche qui lisait des livres sans images ni dialogues, ça la déprimait beaucoup. Elle regrettait le Lapin Blanc, la Souris (qui connaissait l’histoire de Guillaume le Conquérant), le Canard, le Dodo, le Lory, l’Aiglon qui nageaient dans la mare aux larmes. Elle aurait aimé retrouver la Chenille bleue qui connaissait le Père Guillaume ; Pigeon qui l’avait prise pour un serpent ; Laquais-poisson et Laquais-grenouille. Et le Chat qui se doute de tout, que fait-il en ce moment ?

Alice baillait sur le gazon ; un troupeau de corneilles passa devant elle, alors elle se prit à bayer.

Elle s’était mise à réfléchir, (tant bien que mal, car la chaleur du jour l’endormait et la rendait lourde,) se demandant si le plaisir de faire une couronne de marguerites valait bien la peine de se lever et de cueillir les fleurs, quand tout à coup un citron jaune passa devant elle à toutes jambes, un oignon en main. Il marmonnait « par mon zeste et mes pépins, comme il se fait tard ». Alice se souvint d’avoir entendu presque la même chose, naguère.

Tiens, se dit-elle. Je ne savais pas que les citrons avaient des jambes, mais quelle haleine ! Il faudra que je raconte ça à la Reine.

« Qu’on lui coupe la tête ! » hurla la Reine de toutes ses forces.

Le citron, à ouïr cela, devint vert de peur !

Mais où ai-je la tête, pensa-t-il, pendant qu’Alice, épouvantée, hurlait que pour sa boisson préférée, il ne fallait pas que le citron soit vert !

S’ensuivit une vive algarade.

« Vous ne serez pas décapités, » dit Alice ; et elle le mit dans un grand pot à fleurs qui se trouvait près de là.
« Lui a-t-on coupé la tête ? » cria la Reine.

« Sa tête n’y est plus, s’il plaît à Votre Majesté ! » affirmèrent les corneilles.

Alice se pencha tendrement sur le citron déconfit ; je vais mettre un peu de sucre sur vos blessures pour en apaiser les brûlures, lui dit-elle dans le cou, puisqu’il n’avait plus de tête et par conséquent plus d’oreilles pour entendre ses mots de réconfort.

Ajoutez alors un peu d’eau pure
Dit-il dans un murmure,
Une paille, un glaçon
Je deviendrai boisson.

Ainsi naquit le citron pressé.

Je vous déconseille d’y adjoindre un oignon
même s’il sort d’un gousset.
Cupidon en serait tout grognon,
dit Alice qui de joie gloussait.

© Écri’Turbulente, 27 mai 2018

Les phrases en italique sont empruntées à l’oeuvre de Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles.

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