Parmi les conquérants de la liberté qui ont orienté l’expression artistique du XXe siècle, Marc Chagall est le seul maître du merveilleux ingénu. Il semble peindre d’un balcon entre ciel et terre ; ses images sont issues des nuages. Des quatre éléments, il ne retient que l’air, qui lui offre un milieu, une substance et un principe de gravitation. Là s’unissent, hors de tout contexte rationnel, les souvenirs, les rêves, les prémonitions et de cocasses fragments du réel. Sans pesanteur, sans hiérarchie, le coq et l’âne, le violoniste et la pendule, les bouquets et les anges, les amants et l’acrobate, la Torah et la croix fraternisent ; au-dessus scintillent les étoiles ; en dessous, des villages chaotiques résistent à la neige.

Cet enchanteur est né en 1887 à Vitebsk (Russie) dans une modeste famille juive très religieuse et très attachée au folklore. Il reçoit sa première formation artistique à Saint-Pétersbourg. Élève deLéon Bakst, qui s’oppose à tout académisme, Chagall admire les icônes anciennes et s’en imprègne. Il séjourne à Paris de 1910 à 1913. Le poète Blaise Cendrars est son meilleur ami. Il s’inspire d’Apollinaire. Il s’installe à la Ruche où vivent aussi Modigliani, Soutine, Léger, Lipchitz. La pauvreté fait bon ménage avec le génie. Chagall use du cubisme en franc-tireur pour combiner les souvenirs de Russie et l’évocation de Paris, avec une palette très montée. De cette époque datent quelques chefs-d’œuvre. En 1911, Moi et le village est montré aux Indépendants. En 1914, son exposition à la galerie Der Sturm à Berlin influence l’expressionnisme allemand. Rentré en Russie à cause de la guerre, il épouse Bella, qui restera liée pour toujours au traitement du thème fondamental des amants. Il peint quelques spectaculaires figures de juifs et de rabbins. Nommé commissaire des Beaux-Arts de Vitebsk en 1917, il crée une académie révolutionnaire, y appelant Lissitsky et Malevitch. En 1919, il fait des peintures murales, des décors et des costumes pour le Théâtre juif ; il s’occupe de mise en scène et transforme même le jeu des acteurs. En 1922, à Berlin, il s’initie à la gravure. Paul Cassirer lui commande des planches pour son autobiographie. En 1923, Chagall revient en France. Bientôt il met en chantier l’illustration de trois livres monumentaux commandés par Vollard et publiés après la mort de ce dernier : Les Âmes mortede Gogol, les Fables de La Fontaine et la Bible. En 1931, un voyage en Palestine, Syrie et Égypte, où il retrouve l’atmosphère de la Bible, le marque profondément. Son œuvre gravé prend une importance égale à celle de l’œuvre peint. Les recherches en noir et blanc enrichissent la texture des huiles et diversifient les valeurs de sa palette. Il ne compartimente plus ses compositions. Personnages humains et animaux, enchevêtrés aux collines et aux fleuves, déroulent leurs métamorphoses en couleurs rayonnantes, chargées d’expression symbolique, qui dévorent les contours, arrondissent les masses, abolissent la perspective traditionnelle.

Source : Francine-Claire LEGRAND

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Le jeu des sept erreurs
Le Cirque (1956)

LE CIRQUE 1956.2

 

LE CIRQUE 1956. erreurs

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