Dorothy Parker, Hymnes à la haine

Les femmes
Je hais les Femmes :
Elles me portent sur les nerfs.

 
Il y a les Femmes d’Intérieur…
Ce sont les pires.
Chaque instant est ficelé de Bonheur,
Elles respirent avec méthode
Et pour l’éternité se hâtent à grand pas vers la maison
Où il faut surveiller le dîner…
Il y a aussi les douces
Qui disent avec un tendre sourire « L’argent ne fait pas le bonheur »
Et ne cessent de me faire admirer leur robe
En me confiant : « Je l’ai faite moi-même »…
Et vont épluchant les pages féminines des magazines, toujours à essayer de nouvelles recettes…
Ah, que je les hais, ces sortes de femmes !
 
Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles,
Les Pelotes de Nerfs…
Elles ne ressemblent pas aux autres et ne se privent pas de vous le rappeler.
Il y a toujours quelqu’un pour froisser leurs sentiments,
Tout les blesse… très profondément,
Elles ont toujours la larme à l’œil…
Ce qu’elles peuvent m’enquiquiner, celles-là, à ne parler jamais que des Choses Réelles,
Des choses qui Importent Vraiment.
Oui, elles savent qu’elles aussi pourraient écrire…
Les conventions les étouffent :
Elles n’ont qu’une seule idée, partir… partir Loin de Tout !
Et moi je prie le Ciel : oui, qu’elles foutent le camp !
 
Et puis, il y a celles qui ont toujours des Ennuis.
Toujours.
En général avec leur Mari…
On est injuste avec elles,
Personne jamais ne les comprend, ces femmes.
Elles arborent un petit sourire désenchanté
Et quand on leur parle elles sursautent.
Elles commencent par vous dire que leur lot est de souffrir en silence :
Personne ne saura jamais…
Et en avant le déballage…
 
Et puis, il y a les Madame-Je-Sais-Tout.
Elles sont la peste !
[…]

Dorothy Parker (1893-1967), Hymnes à la haine,
traduit par Patrick Reumaux et Dominique Letellier,
préfacé par Benoîte Groult
© Phébus, 2002

young_dorothy_parkerDorothy Parker, née le 22 août 1893 à Long Branch dans le New Jersey et morte le 7 juin 1967 à New York, est une poète et scénariste américaine, connue pour son humour caustique, ses mots d’esprit et le regard acéré qu’elle porta sur la société urbaine du xxe siècle.

Elle débute dans la critique littéraire et théâtrale dans Vanity Fair, The New Yorker. Ses éreintements sont très mordants comme ses enthousiasmes sont communicatifs. Elle publie dans cette presse new-yorkaise des poèmes plutôt désabusés qui, réunis en recueil, font un grand succès de librairie en 1928, avec de nombreuses rééditions.

Dorothy Parker était au centre d’un groupe littéraire new-yorkais, l’Algonquin Round Table, « The Round Table Vicious Circle » ou « Cercle Vicieux », surnommé ainsi car les réunions se tenaient autour d’une grande table ronde, à l’Hôtel Algonquin sur la 44e rue. On pouvait croiser parmi les convives des auteurs, des gens de théâtre ou plus simplement des « it girls and boys » – l’expression si utilisée aujourd’hui date de cette époque.

Pour Hollywood, elle écrit, souvent en collaboration, les scénarios d’Une étoile est née (1937), de La Vipère de William Wyler (1941), Cinquième Colonne (Saboteur), d’Alfred Hitchcock (1942), d’Une vie perdue (1947) et de L’Éventail de Lady Windermere d’Otto Preminger (adaptation de L’Éventail de Lady Windermere d’Oscar Wilde, 1949).

Très engagée politiquement, Dorothy Parker compte parmi les défenseurs de Sacco et Vanzetti. Dans les années 1950, elle est une des victimes du maccarthysme et inscrite sur la liste noire du cinéma ; elle était en effet liée plus ou moins directement à la mouvance communiste, ayant entre autres aidé à fonder la « Hollywood Anti-Nazi League » en 1936.

Elle meurt seule dans une chambre d’hôtel avec son chien et une bouteille d’alcool à l’âge de soixante-treize ans.

Elle légua ses biens au mouvement de Martin Luther King, la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People).

Source Wikipedia

Elle n’avait que 22 ans quand elle fit paraître ce poème ci-dessus, en août 1916.

Sur sa tombe figure l’épitaphe : « Excusez-moi pour la poussière. »

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