Ce n’est pas un soupir de soulagement que pousse Patrick Dupuis, en titre de son quatrième recueil de nouvelles. C’est une question. Qui est, qu’est, comment est, cet état que beaucoup rejettent, auquel d’autres – moins nombreux – aspirent ? Voulue, subie, imposée, elle peut être abandon, retraite, cocon, quarantaine, éloignement, isolement, désert, déréliction…

L’auteur explore, en vingt-six fragments de vie et d’espace, des moments de solitude dont il dresse un portrait protéiforme, parfois charmant et gracieux, parfois sarcastique, parfois affligé, parfois soulagé.

Un univers des détresses humaines :

« Elle ne possédait que deux euros. Et deux euros, ça ne vous permet pas de consommer grand chose. […] Et elle avait de plus en plus faim. […]

– Un paquet de chips au sel, c’est combien, Monsieur ?  
– Deux euros vingt, Madame. Service non compris. » (Le porte-monnaie)

Une gazette des petites vengeances :

« Avant de quitter les lieux, je m’étais fait du bien : j’avais appelé l’horloge parlante avec le téléphone fixe et bien pris soin de ne pas raccrocher […] Deux ou trois jours d’appel à un numéro surtaxé la blesseraient au seul endroit encore sensible chez elle : son portefeuille« . (Dans la maison vide)

 Un journal de l’isolement :

« Pour la première fois, Hélène et son sale caractère lui manquaient.
Maintenant, il se sentait vraiment seul. » (La maison d’Hélène)

C’est l’auteur qui m’a fait don de ce recueil ; merci à lui et aux éditions Luce Wilquin. J’espère qu’ils n’en attendent pas un billet forcément zélateur; j’ai bien aimé, mais c’est tout.  Il m’a manqué ce petit rien de pep, ce petit brin de conspiration, cette miette de péripétie, ce fifrelin d’inachevé, qui laissent l’émotion et la tension en suspens.

Une agréable lecture, réjouissante et sympathique.

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Patrick Dupuis, Enfin seuls ? © Luce Wilquin, mai 2016

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