Roberto Innocenti & J. Patrick Lewis, La Maison Gallimard, 2010
Roberto Innocenti & J. Patrick Lewis, La Maison
Gallimard, 2010

Elle a été construite en 1656, une année de peste. Elle a connu des tempêtes, elle a connu l’abandon. Elle a connu la reviviscence.
« La maison », c’est un superbe album écrit par J Patrick Lewis et illustré par Roberto Innocenti.
L’histoire qu’elle raconte ici commence en 1900. Elle a déjà survécu 250 ans. Son histoire, mais surtout l’histoire de ses hôtes, au fil du temps, qui naissent, vivent, s’aiment, travaillent, meurent. Elle est en pierre, cette maison. Infrangible  face aux vicissitudes de ce temps qui passe, de ce temps qu’il fait. Mais elle n’est pas de marbre. Les familles l’habitent, dans tous les sens du terme : elle partage avec elles les heurs et malheurs du XX° siècle, avec ses guerres et ses violences, ses pleurs et ses peurs, ses enthousiasmes et ses fêtes, ses deuils et ses émotions.

wpid-wp-1440087293245.jpegAu-delà de la narration, qui, en tout état de cause, est captivante ( les vers de J.Patrick Lewis rythment chaque double page du dessinateur), ce sont les illustrations de Roberto Innocenti qui révèlent le corps et le cœur de l’album. L’oeuvre est délicate, détaillée, travaillée jusqu’aux plus petits détails, vivante. Pour chaque époque, la mise en page est identique : une petite illustration encadrée et datée en regard d’un quatrain devance une illustration en double page. La deuxième vient développer et élargir un évènement qu’annonçait la première illustration. Roberto Innocenti a effectué un travail de reconstitution historique minutieux. Ses illustrations réalistes sont d’une grande précision et fourmillent de détails. Elles racontent elles-mêmes une histoire et montrent l’évolution de la maison, de son environnement et de la société.

Plusieurs lectures de cet ouvrage – d’art – sont possibles, selon l’âge du lecteur. Il est, dit-on, destiné aux enfants à partir de 9 ans. Certes, ils pourront, sans trop de difficulté et avec profit, le feuilleter, visualiser les transformations de la demeure de décennies en décennies. Comprendre quelques bribes de l’Histoire en le parcourant (les évocations des deux guerres mondiales, notamment). Découvrir les us et coutumes sociétaux époque après époque.

wpid-wp-1441125098299.jpegMais pourront-ils et sauront-ils percevoir, à cet âge, l’histoire de cette maison dans la globalité de son existence ? Dans le rapport des hommes avec la nature, dans la relation des hommes entre eux. Cette bâtisse est le témoin « vivant » d’un siècle de vie. La comparaison entre la première double page (ci-dessus) et la dernière (ci-dessous) est particulièrement troublante.

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À ce niveau de lecture, c’est à une réflexion profonde et plus « politique » que conduit ce livre.Social. Écologique. Cette maison tricentenaire est, en 1999, défigurée. Je lui laisse la parole :

Le chant des rossignols murmure dans la nuit,
Où donc est la maison aux vingt mille légendes ?
Je ne reconnais plus cette adresse où je suis,
Ils veulent toujours plus, c’est moins, que je demande.

Mais je sens à jamais le soleil et la pluie,
Gardiens de mon domaine, ils sont là et m’entendent.

© Martine – 01 septembre 2015 

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