Mathieu Menegaux # Femmes en colère

Cour d’assises de Rennes, juin 2020, fin des débats : le président invite les jurés à se retirer pour rejoindre la salle des délibérations. Ils tiennent entre leurs mains le sort d’une femme, Mathilde Collignon. Elle est accusée d’un crime barbare, qu’elle a avoué, et pourtant c’est elle qui réclame justice. Dans cette affaire de vengeance, médiatisée à outrance, trois magistrats et six jurés populaires sont appelés à trancher : avoir été victime justifie-t-il de devenir bourreau ?

Neuf hommes et femmes en colère doivent choisir entre punition et pardon.

Au cœur des questions de société contemporaines, un suspense haletant porté par une écriture au scalpel

La colère ? Quelle colère ? La colère pourquoi ? La colère contre quoi ? Qui est en colère ?

Ce roman – dont on pourrait se demander s’il est totalement fictionnel – porte la colère à son paroxysme. Mais que fait dans ce prétoire, en qualité d’accusée, Mathilde Collignon, une femme bien sous tous rapports, gynécologue, mère de famille accomplie, aimante et aimée de ses deux filles ? Une femme dans son temps, de son temps, dans notre temps : 24 juin 2020. Sur fond de Covid, de #Balancetonporc et de #MeToo.

« Je demeure incapable d’éprouver des regrets, ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient, ces deux salopards, que pourrais-je ajouter ? » (p. 9-10)

Mathilde Collignon écrit cette phrase dans les premières lignes du journal intime qu’elle entreprend pendant les délibérations du jury d’assises à l’issue desquelles elle saura si la société lui accorde pardon pour un acte qualifié de barbarie sur deux hommes. Elle risque jusqu’à 20 ans d’emprisonnement.

Le roman est court, dense, si subtilement écrit que j’ai pu entrer sans effraction dans la peau de ses personnages. Au fil des chapitres, j’ai épousé les sentiments, les émotions (sans pathos) de chacun d’entre eux. Et réfléchir, analyser, raisonner. À la fois juge et partie. Simplement un voyage intérieur au cœur de mon propre vécu, de mes expériences. Je suis née à la fin de la première moitié du siècle dernier. Je suis « la mère » parmi les indénombrables militant(e)s de la loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse. Je suis aussi la fillette qu’une main subreptice a flattée contre son gré, dans les années de la deuxième moitié du siècle dernier. Je ne suis pas Mathilde Collignon parce que jamais je n’ai imaginé de représailles.

Victime ou criminelle, Mathilde Collignon ? Un jury de neuf femmes et hommes doivent statuer. Sauf que dans ce procès, à huis clos, il n’y a pas d’autre coupable qu’elle : une Némésis mutilée, mortifiée, que l’on tient pour tortionnaire.

© Écriturbulente # 22 mars 2021

1 commentaire

  1. Quand on vieillit, les colères deviennent des tristesses.
    Henry de Montherlant

    Je devine que même dix ans après l’Effroyable,
    votre colère ne s’est pas muée en simple tristesse.

    J’ai vécu un même drame, en janvier 2011.
    Colère et Tristesse sont toujours bien présentes.

    Et c’est bien souvent dans ce genre d’œuvre, à peine fictionnelle,
    que l’on peut recouvrer l’Espoir d’être enfin compris.

    En vous remerciant pour cette suggestion de lecture.

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