Noël, René-Guy Cadou

Noël

Douce étable de la terre
Pas plus grande qu’appentis
On y met pelles et pioches
On y rentre les brebis

Dans l’auberge haute et large
À l’enseigne des rieurs
On dispute on se goberge
De volailles et de liqueurs

« Des draps blancs de quoi en somme
« T’en payer toute la nuit
« Tu rigoles mon bonhomme
« Pourquoi pas poulet au riz »

Le Joseph le malhabile
Sa casquette entre ses doigts
« – Donnez-nous ce soir asile
« Ma femme ne va pas bien »

Cependant la neige tombe
Et par l’huis entrebâillé
Des étoiles d’argent nimbent
Le front blanc de sa moitié

« Pour la nuit ou bien pour l’heure
« Nous n’avons place pour toi
« Couchez-vous si ça vous chante
« Dans l’étable qui est là »

Et du doigt désignant l’ombre
Il referme à double tour
Le battant de son auberge
Et la porte de son cœur

Mais la nuit malgré les rires
On entend bien les clameurs
Nom de Dieu ! dit l’aubergiste
Y a le feu dans ma demeure

Il bouscule la servante
Et s’acharne sur la clef
Dans la nuit la neige bouge
Comme feuilles de lauriers

Rassuré il se rapproche
De l’étable des rôdeurs
Il voit double il se raccroche
Aux piquets de la clôture

Un enfant sur de la paille
Tout autour illuminé
Et les gens du voisinage
Debout près du monde entier

René Guy CADOU, Le diable et son train (1949)

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