Bon anniversaire, Andrée Chedid

Romancière, nouvelliste, dramaturge et surtout poète (1920 – 2011 ) née au Caire mais installée en France depuis 1946. Andrée Chedid, née Andrée Saab le 20 mars 1920 au Caire en Égypte et morte le 6 février 2011 à Paris en France, est une femme de lettres et poétesse française d’origine syro-libanaise.

Elle écrit son premier roman en 1952 et écrit des nouvelles, des poèmes, des pièces de théâtre, des romans, et de la littérature jeunesse.

Elle déclare son humanisme entre autre avec son livre Le Message, écrit en 2000, en disant sa colère envers la guerre et la violence, à travers deux amants séparés par ces guerres. Les héroïnes de ses œuvres sont décidées, prêtes à tout pour atteindre leur objectif. Son œuvre est un questionnement continuel sur la condition humaine et les liens entre l’homme et le monde.

Andrée Chedid, dans toute son œuvre, célèbre la vie tant aimée, tout en ayant une vive conscience de sa précarité. Elle encourage chaque homme à accepter l’altérité.

Son style très travaillé se caractérise par sa fluidité. Elle évoque l’Orient avec une grande sensualité pour mettre en avant ses parfums. Elle s’attache aussi à décrire la guerre du Liban. L’une de ses œuvres, le poème « Destination : arbre » a été choisie parmi les textes du bac de français 2019.

À l'occasion de l'anniversaire de sa naissance, 
je publierai, à partir de demain, 
pendant sept jours successifs, 
sept de ses poèmes.

Pour entrée en matière, voici celui, assez peu connu, qu’elle écrivit en 1950, aux tous débuts de sa riche et prolifique oeuvre poétique, littéraire et théâtrale. Et voici comment elle le justifie :

Le pensionnat du Sacré-Cœur était macabre, avec ses longs couloirs dont on ne voyait jamais le bout. Je supportais mal ce lieu sombre et glacé. Je conserve néanmoins de beaux souvenirs des jours « heureux » passés avec mes copines Claudine, la plus banales, et Marie, la plus aimée. Son nom de famille ABD-el-Nour (qui signifie Esclave de la Lumière) me fait encore rêver.

Pensionnaires toutes les trois, nous étions devenues très amies. J’avais douze ans, je voulais devenir poète (pas poétesse). Ayant confié mon projet à ma maîtresse celle-ci me répondit sèchement :

« La poésie est un métier de paresseux, mon enfant.
– Alors, vive la paresse, ma mère. »

Réplique qui me valut une punition sur-le-champ. Est-ce cet incident qui me poussa une vingtaine d’années plus tard à me venger en écrivant le poème qui suit ?

Éloge de la cancritude

Un loir
Une couleuvre
Une cossarde
Je suis tout cela
En mollesse
Nonchalante
Je me casse
Au moindre effort
Engourdie endormie
Je glisse
De paresse
En paresse
Je flâne
Je rêvasse

Je suis un cancre
Borné
Et pourtant
Et pourtant
Je parle aux arbres
Aux abeilles
Aux moineaux
Parfois à l’hirondelle
Qui emporte mon chant
Là-bas à tire d’aile
Sans pleurs
Ni raison
Je n’ai pas
De doctrine
Mais je sui profane
Par raison

Ignorant cités
Et maisons
Je fabule
Dans l’illusion
Et me calque
sur mes rêves
Sans rime
Ni raison

Dans l’attente
De qui vivra verra
Je me tiens
Immobile
J’attends les lendemains…

Amarrée à mes songes
Je rêve
De mes rêves
Médusée
Naviguant
De pays en pays
D’orient en occident
Le réel
Se multiplie
Je vis à la lumière
D’un temps fabuleux
Où il n’y a ni frontières
Ni confins

Mon temps
Est infini
J’interroge
Le cosmos
J’attaque
L’au-delà
Qui demeure
Sans solution
Je cligne
Des yeux
Je vois au loin
Le passé qui s’écoule
Dans l’avenir incertain.

Andrée Chedid – 1950

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