Les bâtisses abandonnées de « la photo du mois »

photo du mois

Si vous cliquez sur l’image ci-dessus, vous vous rendrez dans la maison virtuelle – et pas du tout abandonnée – de Ferdy Pain d’Épice, garantie 100 % Canada. Et c’est sacrément beau !

C'est elle qui nous a donné à cogiter sur ce beau thème.

L’abandon, anciennement « à bandon », trouve son origine dans la langue germanique et signifie littéralement « au pouvoir de ». Le verbe abandonner qui en découle signifiant l’action de quitter… de cesser de s’occuper… de livrer au pouvoir de…

En Isère, ces bâtisses pullulent, comme, sans doute, partout ailleurs. Au fil de mes pérégrinations, j’ai discuté avec nombre d’entre elles, essayant de comprendre leur histoire et l’histoire de ceux qui les ont abandonnées après les avoir investies. Des dialogues pas très faciles, parce qu’elles rechignent à livrer leurs secrets.

Mais celle-ci… ô celle-ci

Elle appartient à un morceau de mon histoire de vie, et de la vie d’une vieille amie. Elle se prénommait Marcelle. Elle était née en 1925. Elle est partie il y a sept mois en décembre 2018.

Si, à La Côte Saint-André (Isère), il y a quelques années, vous cherchiez l’adresse de Marcelle Rivoire, on vous regardait dubitativement. Mais si vous demandiez à rencontrer « Poupette » et à visiter son « Paradis Fouillis« , alors tout le monde était prêt à vous servir de guide.

Poupette, c’est une sacrée histoire ! Une petite dame, haute comme trois pommes, maigriotte, au caractère tellement trempé qu’aucun homme n’eut grâce à son coeur. Le dernier en date dont elle me parlait malicieusement l’avait mise en demeure de choisir entre lui et son jardin. Elle choisit le jardin.

Son jardin… elle l’avait baptisé « Le Paradis Fouillis« . Un jardin, disent les lexicographes, c’est un terrain, plus ou moins étendu, planté de végétaux. Il était plutôt étendu le jardin de Poupette ! Mètres carrés après mètres carrés, elle conquérait l’espace en y plantant, semant, repiquant tous les végétaux qui lui tombaient sous la main.

Quand elle était enfant, en face du domicile familial, c’était potager et prairies qui appartenaient aux parents. Elle avait annexé un petit lopin de terre, où elle avait créé sa pépinière, racontait–elle. Mais d’arbrisseaux qui deviendraient arbres, son père n’en voulait point. Tenace, elle repiquait malgré tout quelques scions, un peu partout. De guerre lasse, son papa lui a créé son « petit bois ». C’était en 1935. C’est au moment de sa retraite (elle fut institutrice) qu’elle a vraiment commencé à investir cet espace. À l’investir et à se laisser investir par cette nature exubérante. Il y eut jusqu’à 380 couleurs d’iris, il y a presque 400 arbres, dont 15 sortes de chênes. Et le rosier qui grimpe le long de la façade de sa maison (bâtie au XVIIe siècle) est plus que centenaire. Et quatre chevreuils, sauvages et familiers, dans ce paradis, niché en coeur de bourg.

Poupette a quitté son paradis terrestre et sans doute rejoint la paradis céleste. D’où elle est maintenant, je suis sûre qu’elle veille sur ce « fouillis » qui est devenu, à peine eut-elle le dos tourné, fatras et confusion, puisqu’elle n’est plus là pour harmoniser l’effervescence végétale.

La photo que je vous présente est celle de la grange attenante à son domicile (subrepticement glissé en incrustation, en haut à à droite). Je ne l’ai jamais vue, mais je sais qu’y dort depuis des décennies, la Deudeuche qu’elle conduisait, jeune femme dans les années 1945, pour se rendre à Voiron où elle était enseignante. Je vous parle d’un temps….. que les moins de 20 ans….

Poupette avait la main verte.
Elle l'avait aussi poétique.

Elle a laissé sept recueils de poèmes, publiés à compte d’auteur, qu’elle m’a offerts et que j’ai reçus comme un honneur et un gage d’amitié.

Voici deux d'entre eux

Quand tout sera détruit
Et que l’homme lui-même,
Par toutes ses lois,
Par tous ses principes,
se sera détruit.
Quand tout sera fini
Il y en aura bien un
Pour clamer sa détresse
Sur cette terre morte, sous le ciel vide, 
Il y en aura bien un !
Éprouvant jusqu’aux larmes, 
La joie de vivre encore.

Détresse et joie
Petite flamme d’espoir,
Pourquoi … et pour qui …
Ils ont vécu, ils ont aimé, ils ont haï !
Et pourquoi … et pour qui …
Et tous un jour ont disparu
Comment, pourquoi, pour qui …

M. Rivoire – « Poupette »
Le Paradis Fouillis – Recueil « C’était avant et maintenant »
2006 – 2007

Elle aimait les oiseaux
Les abeilles, les papillons
Les libellules et les bourdons
Elle aimait les petits poissons
Et même le vieux crapaud
Qui rêvait au bord de l’eau

M. Rivoire – « Poupette »
Le Paradis Fouillis – Recueil « Sur les chemins du temps, Sur la route des vents »

Quels chemins de traverse ont donc suivi les photonautes du groupe « La Photo du Mois » ?

Akaieric, Alexinparis, Amartia, Betty, Blogoth67, Brindille, Cara, Christophe, Cynthia, Céline in Paris, Danièle.B, DelphineF, El Padawan, Escribouillages, Eurydice, FerdyPainD’épice, Frédéric, Gilsoub, Gine, Giselle 43, J’habite à Waterford, Jakline, Josette, Josiane, Krn, La Tribu de Chacha, Lau* des montagnes, Laurent Nicolas, Lavandine, Lilousoleil, magda627, Mamysoren, Marie-Paule, Mirovinben, Morgane Byloos Photography, Philisine Cave, Pilisi, Pink Turtle, Renepaulhenry, Sous mon arbre, Tambour Major, Who cares?, Xoliv’, écri’turbulente.

16 commentaires

  1. on dirait un jardin magique rien qu’en regardant la photo !! en tous cas, une très belle histoire d’amitié, vive Poupette !!!

    attention, tu as écrit « choisir en lui et son jardin » au lieu de « entre lui et son jardin… ».

    Aimé par 1 personne

    1. À des neveux et nièces héritiers aussi improbables que nombreux qui vont se partager le « magot » en le vendant à un promoteur immobilier. Je n’en sais rien, mais je le suppose…
      Et qui du vivant de Poupette l’ignoraient complètement !

      J'aime

  2. Une histoire qui me met les larmes aux yeux tellement c’est écrit avec l’amour vrai ! Celui du coeur qui la raconte !!! Mon merci est vraiment trop petit pour la richesse qui vient de m’être offert par les mots et l’image …

    Aimé par 1 personne

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