Robert Desnos : Hommes

Hommes

Hommes
de sale caractère 
Hommes de mes deux mains 
Hommes du petit matin 
La machine tourne aux ordres de Deibler 
Et rouages après rouages
dans le parfum des percolateurs 
qui suinte des portes des bars et le parfum
des croissants chauds. 
L’homme qui tâte ses chaussettes 
durcies par la sueur de la veille et qui les remet. 
Et sa chemise durcie par la sueur de la veille 
Et qui la remet. 
Et qui se dit le matin qu’il se débarbouillera le soir 
Et le soir qu’il se débarbouillera le matin 
Parce qu’il est trop fatigué…
Et celui dont les paupières sont collées au réveil 
Et celui qui souhaite une fièvre typhoïde 
Pour enfin se reposer dans un beau lit blanc… 
Et le passager émigrant qui mange des clous 
Tandis qu’on jette à la mer sous son nez 
Les appétissants reliefs 
de la table des premières classes 
Et celui qui dort dans les gares du métro 
et que le chef de gare chasse
jusqu’à la station suivante… 
Hommes de sale caractère 
Hommes de mes deux mains 
Hommes du petit matin.

Robert Desnos (4 juillet 1900 – 8 juin 1945)
Corps et Biens – Les Sans Cou
1934

À l’occasion de l’anniversaire du poète, d’autres textes sur ce blog :

La voix
– Un jour qu’il faisait nuit
P’Oasis

5 commentaires

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