Maurice Carême : La peine

On vendit le chien, et la chaîne, 
Et la vache, et le vieux buffet, 
Mais on ne vendit pas la peine 
Des paysans que l’on chassait. 

Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte, 
A regarder voler les pies 
Au-dessus de l’étable ouverte.

Puis, prenant peu à peu conscience
De sa force et de son pouvoir, 
Elle tira d’un vieux miroir 
Qui avait connu leur présence,

Le reflet des meubles anciens, 
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus 
Où riait encore un gros pain.

Et depuis, on la voit parfois, 
Quand la lune est dolente et lasse, 
Chercher à mettre des embrasses 
Aux petits rideaux d’autrefois.

Maurice Carême – Petites Légendes – 1949

1208290-1

 

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