Reine Gertrude en son miroir

Dans son château, Reine Gertrude se lamente. Sa beauté se fane et son amoureux commence à la dédaigner.

Pas Roi Léon, non ! Voilà belle lurette que son obscène et disgracieux époux exerce dans d’autres moulins ses talents de dénicheur de fauvettes !

Mais le jeune et fringant Louis avec lequel elle a appris le joli badinage. Depuis qu’elle l’a rencontré, elle peut dire qu’elle a le nez tourné vers la friandise ! C’est qu’il est capable de soutenir un entretien, le galant ! À seulement y songer, voilà que la chair de poule l’ébranle.

Mais désormais Louis s’absente, songe-t-elle en essuyant une larme avant qu’elle ne chût.

— Il ne sert à rien de vous lamenter, Dame Gertrude, lui susurre son miroir qui ne veut pas se tromper d’histoire. Vous êtes moins belle qu’hier, certes ; mais imaginez ce que vous serez demain ! Votre peau, parsemée de taches de son de blé, deviendra comme papier de parchemin.

Ce sont des sanglots sans fin qui secouent maintenant Reine Gertrude, des perles de sel qui jaillissent, ruissellent et fluent sur le jute du sac que, précieusement, elle conserve par devers elle depuis que Seelie, sa fée marraine, l’avait déposé dans son berceau.

Et voici que sourd du réticule un farfadet qui la regarde avec malice.

— Qu’as-tu, Belle Dame, à larmoyer ainsi ? Ta psyché t’a-t-elle tant blessée que de tes impétueux amours tu crains le naufrage ? Que plus jamais Sieur Louis ne vienne te picorer le bonbon ? Qu’il oublie de passer pour mamourer ton bibelot ? Reprends-toi, que diable ! Tu sais que j’ai mission de veiller sur toi depuis ta naissance ! Seelie ne me pardonnerait point une quelconque défaillance.
Rends-toi dans la forêt sans attendre, pour en rapporter un corselet, un peigne et une pomme. De retour au château, il te faudra à nouveau verser des larmes sur le jute de mon sac.

Reine Gertrude part donc. En chemin, elle fait la rencontre de Blanche-Neige.

— Ma Dame, je vous vois en grand désarroi ! s’exclame la jeune fille, fraîche et rose comme un bouton de fleur de cerisier. Ne serait-ce pas votre miroir qui vous met en tel état ? Il ne faut point l’en croire qui vous dit des impertinences. Il avait ainsi fait avec ma belle-mère qui se voulait plus belle de moi : il l’a conduite à la démence. Voici le corselet avec lequel elle a voulu m’étouffer, le peigne avec lequel elle a espéré m’ôter la vie en le passant dans mes cheveux, la pomme qui devait m’empoisonner. Retourne en ton château, présente-lui ton butin et pleure tes amours mortes de bon cœur

Ainsi fait Reine Gertrude : ses larmes coulent sur le jute, abondamment. « Louis, oh mon Louis, hoquette-t-elle, te reverrai-je un jour ? Dis, quand reviendras-tu? Dis, au moins le sais-tu? Que tout le temps qui passe ne se rattrape guère, que tout le temps perdu ne se rattrape plus ! »

Et voici que sourd du réticule un quidam qui la regarde avec malice et la serre fougueusement en ses bras.

— Ne me reconnais-tu point ?

dans le moulin
fauvettes chantent
pleurs de reine

Roi Léon ?
Que fais-tu là ?
Tu t’es trompé d’histoire !

☆彡.。.:*・☆彡.。.:*・☆彡.。.:*・☆彡.。.:*・☆彡.。.:*・☆彡.。.:*・☆彡.。.:*・☆彡

logo Écri'turbulenteC’est avec les Plumes d’AsphodÉmilie que, ce 02 mars, j’ai batifolé joyeusement. Il fallait inclure les mots suivants :

sac – moulin – beauté – poule – folie – veiller – malice – essuyer – sel – sable – blé – papier – parsemer – peau

Je les ai parsemés ça et là.

J’ai emprunté quelques idées aux frères Jacob et Wilhelm Grimm, Colette Renard et à Monique Serf.

14 commentaires

  1. Tu es toujours excellente chère Tine!
    Et ce conte sorti tout droit des profondeurs imaginaires à des accents tellement vrais ! Et tellement modernes !
    Bisous madame
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

    Aimé par 1 personne

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