Sous les pavés la plume… et la littérature prend vie #1

Chaque premier vendredi du mois, dans la petite bibliothèque rurale d’Ornacieux-Balbins (Isère), Mille-Feuilles, un cercle de lecture, se réunit,  J’en suis. Pas de « bonnes » ou de « moins bonnes » lectures : il s’agit seulement de partager nos coups de coeur (ou pas coup de coeur), de se donner envie mutuellement de lire (ou pas lire), d’échanger sur nos amours littéraires (ou pas nos amours).

À l’issue de chaque rencontre, nous partageons joyeusement les pâtisseries que les uns ou les autres ont confectionnées.

Voici notre sélection de février.

2857c1ddf35b310

A19746

Trad. du russe par Sophie Benech
Collection Du monde entier, Gallimard
Parution : 10-03-2018

624 pages

Genre : Romans et récits Catégorie > Sous-catégorie : Littérature étrangère > Russes
Pays : Russie
Époque : XXe-XXIe siècle

 

Dans la malle laissée par sa grand-mère Maroussia avant sa mort, Nora découvre des lettres échangées avec son grand-père, Jacob. Féministe avant la révolution, danseuse artistique et communiste ardente, la belle Maroussia a ses propres convictions intellectuelles. Mais les rêves et les ambitions du jeune couple croulent sous le poids de l’histoire soviétique. Et quand Jacob est relégué en Sibérie pour sabotage, même son fils, le père de Nora, lui tourne le dos. 
Le destin du grand amour de ses grands-parents ne reflète cependant que le début des événements qui marqueront la vie de Nora. Scénographe passionnée et assoiffée de liberté, elle choisit elle-même ses amants et ses projets, élève son fils seule et découvre peu à peu la puissance de ces liens avec ses proches. 
Sur les traces de la correspondance de ses propres grands-parents, Ludmila Oulitskaïa conte avec autant de tendresse que d’ironie mélancolique les hauts et les bas, la grande et la petite histoire de quatre générations d’une famille, tout en décrivant délibérément ce XXe siècle russe comme celui des femmes.

L’avis de Mille-Feuilles

Un bonheur de lecture. Un joli pavé. Inspiré de l’histoire de la grand-mère de l’auteure. Dans la pure tradition des grandes sagas russes. Des personnages très attachants. Des rebondissements, des allers-retours dans cette histoire familiale d’intellectuels.

Un extrait :

Elle connaissait tous ces livres, tous jusqu’au dernier. Ils avaient été lus, et lus à fond. Aujourd’hui encore, Nora terrassait les ignorants par la profondeur de sa culture, et toute cette culture provenait de ces deux cents livres sélectionnés comme pour une île déserte, criblés de minuscules remarques au crayon dans les marges. Depuis la Bible jusqu’à Freud. Oui, une île déserte. En réalité, cette île était on ne peut plus habitée – des troupeaux de punaises y paissaient à loisir. Elles dévoraient Nora quand elle était petite, mais sa grand-mère, elle, ne les remarquait pas. À moins que ce ne fût l’inverse… 

2857c1ddf35b310

A19746

Traduit de l’espagnol par Claude Bleton
Acte Sud Littérature
Lettres hispaniques
Parution : mars 2018

624 pages

Genre : Romans et nouvelles

 

Lâchée à l’entrée du cimetière par le bus de la ligne 9, Bittori remonte la travée centrale, haletant sous un épais manteau noir, bien trop chaud pour la saison. Afficher des couleurs serait manquer de respect envers les morts. Parvenue devant la pierre tombale, la voilà prête à annoncer au Txato, son mari défunt, les deux grandes nouvelles du jour : les nationalistes de l’ETA ont décidé de ne plus tuer, et elle de rentrer au village, près de San Sebastián, où a vécu sa famille et où son époux a été assassiné pour avoir tardé à acquitter l’im­pôt révolutionnaire. Ce même village où habite toujours Miren, l’âme sœur d’autrefois, de l’époque où le fils aîné de celle-ci, activiste incarcéré, n’avait pas encore de sang sur les mains – y compris, peut-être, le sang du Txato. Or le retour de la vieille femme va ébranler l’équilibre de la bourgade, mise en coupe réglée par l’organisation terroriste.
Des années de plomb du post-franquisme jusqu’à la fin de la lutte armée, Patria s’attache au quotidien de deux familles séparées par le conflit fratricide, pour examiner une criminalité à hauteur d’homme, tendre un implacable miroir à ceux qui la pratiquent et à ceux qui la subissent.
L’ETA vient de déposer les armes mais pour tous une nou­velle guerre commence : celle du pardon et de l’oubli.
Ce roman a enflammé la société espagnole et a valu à son auteur les plus prestigieuses récompenses. En cours de publication dans le monde entier, Patria fait événement par sa puissance d’évocation et sa mise en question des fanatismes politiques.

L’avis de Mille-Feuilles

L’action se déroule au Pays Basque, pendant les années 80/90. Un succès en Espagne, écrit en 2014. L’histoire de deux familles très amies qui habitent dans un petit village. Quand l’E.T.A. apparaît, avec la violence qu’il fait régner, l’une des familles opte pour le nationalisme basque (l’un des enfants se radicalise et entre dans l’organisation nationaliste), alors que l’autre garde des liens avec leurs origines espagnoles, hors du pays Basque et résiste.
Une réflexion sur les conséquences de la violence quand elle entache les relations d’amitié et/ou familiales. Une lecture facile néanmoins.

Un extrait

Admettons qu’un homme soit un bateau. Un bateau à la coque en acier. Mais les années passent et des lézardes apparaissent. Qui laissent passer l’eau de la nostalgie mâtinée de solitude, l’eau de la conscience de s’être fourvoyé, de ne pouvoir porter remède à l’erreur, et cette eau qui ronge tellement, celle du repentir que l’on éprouve mais qu’on n’exprime pas, par peur, par honte, pour ne pas se fâcher avec les camarades. Ainsi, l’homme, ce bateau plein d’avaries, risque de couler à pic à tout moment.

2857c1ddf35b310

139824_couverture_hres_0

Seuil Éditions
Littérature française
Romans
Cadre rouge
16/08/2018

176 pages

 

 

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

L’avis de Mille-Feuilles

Un long monologue, le personnage, Alfa Ndiaye, raconte sa vie dans les tranchées. Il raconte aussi sa vie en Afrique. Une écriture très incantatoire.

Un extrait

Mon père porte un casque de cheveux blancs sur la tête depuis que Penndo Ba nous a quittés. Mon père est un soldat de la vie quotidienne qui n’a vécu que pour préserver ses femmes et ses enfants de la faim. Jour après jour, dans ce fleuve de durée qu’est la vie, mon père nous a rassasiés des fruits de ses champs et de ses vergers. Mon père, ce vieil homme, nous a fait croître et embellir, nous sa famille, comme les plantes dont il nous nourrissait. C’était un cultivateur d’arbres et de fruits, c’était un cultivateur d’enfants. Nous poussions droit et fort comme les grains qu’il plantait dans la terre légère de ses champs.

2857c1ddf35b310

9782234085800-001-t

 

 

Stock – La Bleue
Parution : 22 août 2018

 

 

Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.
Moi, je ne voulais pas me taire.
Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.
Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. »

L’avis de Mille-Feuilles

« Sympathies », en Québécois, signifie « condoléances »… Souffrir avec. Un très beau livre, très bien écrit. L’auteure parle, sans pathos, du suicide de son frère. Elle intervient dans l’émission « Le Masque et la Plume ».

 

Un extrait

La lecture est l’endroit où je me sens à ma place. Lire répare les vivants et réveille les morts. Lire permet non de fuir la réalité, comme beaucoup le pensent, mais d’y puiser une vérité. L’essentiel pour moi est qu’un texte sonne juste, que je puisse y discerner une voix, une folie ; je n’aime pas les histoires pour les histoires, encore moins les gens qui s’en racontent. Je n’ai pas besoin d’être divertie, mes proches s’en chargent, je me fiche d’apprendre. J’aime être déstabilisée, voir avec d’autres yeux. Et puis, lire autorise à être là sans être là. Je ne suis pas obligée de répondre au téléphone et de répondre à des questions. Je m’ennuie rarement, mais je ne juge pas la vie de tous les jours si intéressante avec son cortège d’emmerdements et de machines à laver à faire tourner. Je me noie dans les phrases des autres, moi, si souvent incapable de prononcer un mot. Je m’étourdis de leur sonorité et de leurs frottements de silex. La poésie m’enivre de son étrangeté.

 

2857c1ddf35b310

139200_couverture_hres_0

 

Littérature française
Romans
Date de parution 01/03/2018

192 pages

 

 

Le vieux s’est échappé, une fois de plus. Il marche au bord de l’autoroute, hagard et obstiné, prétendant arriver à Marseille et de là prendre le bateau pour rentrer dans son pays. Mais si ses fugues à répétition mettent la famille en émoi – son fils surtout, Azouz, qui se sent vaguement coupable de les avoir provoquées – elles se terminent en général dans un café miteux de Lyon, entre les parties de dominos, le thé à la menthe et les disputes qui entretiennent l’amitié.

Bouzid Begag, ancien travailleur du bâtiment, n’a plus toute sa tête. Il a contracté la maladie d’Ali Zaïmeur, disent ses copains du Café du Soleil. Une maladie « qui mange les souvenirs des gens, déjà qu’on n’en avait pas beaucoup ».

En hommage à un père déclinant, Azouz Begag a composé le plus vibrant et le plus mélancolique des chants d’amour, dévoilant avec émotion un nouveau pan de cette vérité intime qu’il avait commencé à nous révéler dans Le Gone du Chaâba.

L’avis de Mille-Feuilles

Une écriture habile : le roman se déroule sur une journée. Un roman autobiographique, à fleur de peau.

Un extrait

Ils sont tous déments dans ce soit-disant Café du Soleil, ils sont atteints de la maladie de la solitude et de leurs palabres inutiles sont le syndrome de l’exil. Soit ils restent silencieux des jours durant, soit ils jactent sans ponctuation pour ne rien dire.
-Cinquante ans que j’habite là, je sais leur histoire. Avec eux, il n’y a pas de juste milieu. C’est la vie domino, tout blanc ou tout noir. 

2857c1ddf35b310

005502744

 

Éditeur Julliard

Date de publication : 16/08/2018
Collection ROMAN
Nombre de pages 264

 

 

Vendredi 13 novembre 2015. L’air est encore doux pour un soir d’hiver. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d’explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l’acte. Il fait partie du commando qui s’apprête à ensanglanter la capitale.
Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ?
Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d’un réalisme et d’une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l’esprit d’un kamikaze qu’il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l’insoutenable brutalité de la folie.

L’avis de Mille-Feuilles

Une tentative d’explication et de compréhension des raisons qui conduisent ces jeunes à s’engager dans le terrorisme et à se donner la mort pour tuer d’autres personnes. Pour l’auteur, ces jeunes sont en manque de repères ; il montre bien la manière insidieuse dont ils se font recruter puis embrigader.

Un extrait

Nul ne peut prévoir comment finissent les choses, Khalil, autrement nous ferions très attention à ne pas offenser les êtres qui nous sont chers.

2857c1ddf35b310

9782743640613
Univers: Rivages Noir
Collection: Rivages Noir (Poche)
Genre: Policier
Parution : octobre, 2014
330 pages

À l’été 67, une jeune fille disparaît dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L’enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu’une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend que les pièges du trappeur ressurgissent de la terre et qu’un tueur court à travers les bois de Bondrée.
Une écriture raffinée au service d’atmosphères angoissantes et de subtiles explorations psychologiques, dans la plus pure tradition de Twin Peaks de David Lynch.
 Bondrée a reçu le Prix du Gouverneur général du Canada, le Prix Arthur Ellis et le Prix Saint-Pacôme du roman policier.

L’avis de Mille-Feuilles
Un policier qui se passe au Québec. Une écriture savoureuse ; on « entend » l’accent derrière les mots. Un langage fleuri.
Un extrait

La mère et la fille n’avaient que leur colère à opposer à la mort et elles se réfugiaient dans une haine sans véritable objet pour éviter de tomber dans le gouffre où vous entraînent les larmes. 

2857c1ddf35b310

A14112
Gallimard – Collection Blanche
272 pages
Achevé d’imprimer : 01-06-2018Genre : Romans et récits Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Romans et récits
Époque : XXe-XXIe siècle 

 

Lina n’était jamais vraiment là. Tout se passait dans son regard. J’en connaissais les nuances, les reflets, les défaites. Une ombre passait dans ses yeux, une ombre dure qui fanait son visage. Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d’humeur, ces sautes d’amour.» 
Un dimanche de décembre, une femme livre à ses trois fils le secret qui l’étouffe. En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l’adolescence se révèle dans toute son humanité et son obstination à vivre libre, bien qu’à jamais blessée. 
Une trentaine d’années après Rochelle, Éric Fottorino apporte la pièce manquante de sa quête identitaire. À travers le portrait solaire et douloureux d’une mère inconnue, l’auteur de Korsakov et de L’homme qui m’aimait tout bas donne ici le plus personnel de ses romans.

L’avis de Mille-Feuilles

Dix-sept ans, c’est l’âge qu’avait sa mère quand l’auteur est né. C’est un livre sur sa mère, avec laquelle il n’a pas de relation de tendresse. Il en comprendra les raisons en se rendant à Nice, non loin de l’endroit où il est né, après les attentats.

Une écriture un peu laborieuse qui a tendance à flirter avec le pathos.

Un extrait

Je suis né d’une contraction. C’est douloureux, une contraction. Je ne m’appelle pas Éric pour rien. Éric et crier se contractent. Nous savons les mots qui comptent double, les mots à double sens. En déplaçant les lettres de mon prénom, en créant le désordre, Éric devient crié. Je ne suis pas ton fils tout craché, je suis ton enfant crié. Il a fini par sortir, ce cri.

 

2857c1ddf35b310

9782265117020ori

 

Édition Fleuve

Diane DUROCHER (Traducteur)
Date de parution : 09/11/2017
160 pages

Il paraît que la durée de vie des mammifères est invariablement de deux milliards de battements de cœur, qu’ils soient très lents ou très rapides. Pour les éléphants, cela correspond à cinquante ans. Les chevaux, vingt. Les chats, dix. Les souris, deux. Pour les humains, le compte est bon aux alentours de soixante-dix années. »

Trente ans. C’est l’âge du narrateur de cette histoire. Et son médecin est formel : il est atteint d’une maladie incurable, il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre.
D’émotion, il perd connaissance de retour chez lui. Au réveil, deux visages sont penchés au-dessus de sa tête : celui de son chat et celui de son sosie… version extravertie !
Cet homme haut en couleur est le Diable en personne. Et il lui propose un marché : chaque jour, supprimer quelque chose du monde réel pour gagner vingt-quatre heures de vie supplémentaires.
Il accepte. Quelques journées extraordinaires passent, où, confronté à des choix difficiles et à leurs conséquences pour ceux qu’il aime, il apprend à réévaluer son existence, son histoire, sa place dans le monde. Et puis, au cinquième jour, le Diable lui propose de supprimer les chats. La vie du narrateur va alors basculer une deuxième fois…

L’avis de Mille-Feuilles
Un roman philosophique. Une lecture facile chargée d’humour. Mais très profonde. Sur le sens de la vie, sur le sens de la mort. De la légèreté à la profondeur.
Un extrait
«Tout ce qui est gagné quelque part est perdu autre part, c’est évident, répétait souvent maman. » 
« Les humains veulent tout, mais ne donnent rien. Nous ne sommes que des voleurs, en somme. Car tout ce qui est gagné par l’un est perdu pour l’autre. Comme on dit, le bonheur des uns fait le malheur des autres. » C’était sa vision du monde.

2857c1ddf35b310

9782749158273ori
Serge CHAUVIN (Traducteur)
Collection : Ailleurs
Date de parution : 06/09/2018
Richard Powers embrasse un sujet aussi vaste que l’univers : celui de la nature et de nos liens avec elle.

Après des années passées seule dans la forêt à étudier les arbres, la botaniste Pat Westerford en revient avec une découverte sur ce qui est peut-être le premier et le dernier mystère du monde : la communication entre les arbres. Autour de Pat s’entrelacent les destins de neuf personnes qui peu à peu vont converger vers la Californie, où un séquoia est menacé de destruction.

Au fil d’un récit aux dimensions symphoniques, Richard Powers explore ici le drame écologique et notre égarement dans le monde virtuel. Son écriture généreuse nous rappelle que, hors la nature, notre culture n’est que « ruine de l’âme ».

« Si Powers était un auteur américain du 19e siècle, qui serait-il ? Il serait probablement Herman Melville, et il écrirait Moby Dick. » Margaret Atwood

L’avis de Mille-Feuilles
Comme des petites nouvelles ; chaque histoire est en relation avec un arbre.
Un extrait
Disons que la planète naît à minuit et que sa vie court sur un jour. Au début, il n’y a rien. Deux heures sont gaspillées par la lave et les météores. La vie n’apparaît pas avant trois ou quatre heures du matin…d’infimes bribes qui se dupliquent. De l’aube à la fin de la matinée (un milliard d’années de ramification) rien n’existe que de maigres cellules simples. Et puis quelque chose de fou arrive peu après midi. Une variété de cellule simple en asservit deux ou trois autres. Les noyaux acquièrent des membranes. Les deux tiers du jour sont passés quand animaux et plantes prennent des chemins séparés. A neuf heures du soir apparaissent méduses et vers de terre. Les plantes parviennent à la terre juste avant vingt-deux heures. Puis les insectes qui aussitôt décollent. Vers onze heures, les dinosaures ont fait leur temps et laissent la barre aux mammifères et aux oiseaux pour une heure. L’homme moderne au sens anatomique se pointe quatre secondes avant minuit. Les premières peintures rupestres apparaissent trois secondes plus tard. A minuit la plus grande partie du globe est convertie en cultures intensives pour nourrir et protéger une seule espèce. Et c’est alors que l’arbre de vie devient encore autre chose. Que le tronc géant commence à vaciller.
logo Écri'turbulente
Le 20 Février 2019

7 commentaires

  1. Salut l’écrevisse. J’ai abandonné l’organisation de ma tournante de livres (comme on dit ici dans ces contrées). Je suis ravie d’avoir ainsi un nouvel horizon de lectures diverses et variées. Je trouve l’horizon littéraire parfois bien sombre et je vais lire attentivement tous les résumés de ces bouquins que tu nous proposes ici. Mille mercis de ce partage.

    Aimé par 1 personne

    1. Salut Anne ! Heureuse de te savoir ici. Je me doutais bien qu’en tapinois tu suivais les aventures écrevissesques, mais ravie de ton petit mot.
      À vrai dire, ça fait déjà longtemps que je participe à ce cercle de lecture (« par chez nous », une tournante est synonyme de viol collectif. Tu imagines que c’est un terme que je n’emploierais pas pour parler littérature), mais je n’avais jamais pensé à en faire un billet !
      C’est moi qui ai présenté « Deux milliards de battements de coeur ». Un petit livre assez farfelu, loufoque, qui cache bien son jeu. Je ne sais dans quel état d’esprit tu es, en ce moment, mais je te recommande d’en aborder la lecture avec précaution.
      Pour les autres ouvrages présentés, j’ai un petit faible pour celui d’Azouz Begag. Le dernier de la liste me tente aussi : « L’Arbre Monde ». Mon problème, c’est que je crains les « gros pavés ».
      En ce moment, je lis Marek Halter, « Je rêvais de changer le monde ». À suivre….
      Gros bisous, Anne.

      J'aime

  2. Je participe aussi aux coups de cœur littéraire dans la (grande) médiathèque de ma ville. C’est un réel plaisir de partage. Des goûts littéraires variés, des rencontres et tant de passion pour parler des livres… Un grand moment chaque mois ! 🙂

    Aimé par 1 personne

Un truc à me dire ? N'hésitez pas, j'adore vous lire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s