Isabelle Desesquelles, Je voudrais que la nuit me prenne (extraits)

La marotte de notre instituteur, le vocabulaire. Il commençait toujours la classe avec une expression courante, mais curieuse pour des gosses, du coup on avait envie de l’écouter, envie d’apprendre ; il laissait les mots les plus intrigants en suspens, attendant qu’un élève se lance, lui trouve un sens du haut de son innocence. Je voyais les autres captivés, autant qu’eux je buvais ses paroles, je grandissais, suspendue à l’imaginaire qui vous happe et devient une connaissance. Mon père arrivait à rendre tout plus vaste, il ne nous apprenait pas seulement à lire, à écrire, à calculer, mais aussi à réfléchir. Il vous donnait envie de l’intelligence, de ne pas être des copiés-collés.

[…]

J’entendais mon maître raconter comment avec la directrice, maîtresse, des petites sections, et la complicité d’un inspecteur d’académie ancien élève, ils rusaient avec les sottises d’un ministère de l’Éducation coiffé quoi qu’il fasse d’un bonnet d’âne, parvenant ainsi à éviter des réformes éphémères uniquement vouées à être… réformées. Une école où on laisse les enfants peindre une fresque vertigineuse sur le mur du préau donne envie d’y grandir.

Isabelle Desesquelles, Je voudrais que la nuit me prenne
© Belfond -Août 2018

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