« Hommes lisant » appartient à une série de quatorze fresques les « Pinturas Negras » (Peintures Noires) peintes par Franscico de Goya avec la technique de l’huile al secco (sur la surface de plâtre d’une paroi) pour décorer les murs de sa maison, appelée la Quinta del Sordo(« Maison de campagne du Sourd »).

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Quinta del Sordo (1900)

Le peintre l’avait acquise en février 1819 ; ces fresques furent transférées sur toile entre 1874 et 1878. Hombres leyendo a été réalisée entre 1820 et 1823.

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Sur ce diagramme on peut voir la localisation de « Hommes lisant » sur les murs de la maison.

Pour connaître l’histoire et l’analyse de ces fresques, c’est ici.

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Autoportrait à soixante neuf ans, 1815

Né dans le petit village aragonais de Fuendetodos, d’une famille modeste, Francisco de Paula Goya y Lucientes connut dans sa jeunesse des moments difficiles. Ses tentatives pour percer, à l’occasion des concours triennaux de l’académie de San Fernando, à Madrid, en 1763 et 1766, furent autant d’échecs. La malchance le poursuivit également en Italie où il dut se contenter d’une deuxième place au concours de l’académie de Parme en 1770.

Ses premières œuvres, des peintures religieuses à Nuestra Señora del Pilar (in situ) et au palais Sobradiel (dispersées), à Saragosse, révèlent surtout des talents de metteur en scène, probablement acquis dans la fréquentation du baroque italien. Il y a davantage de sobriété et de vigueur dans les tableaux de la vie de la Vierge dont il orna la chartreuse d’Aula Dei (in situ, très restaurée), voisine de la capitale de l’Aragon. Cette vigueur dépouillée est peut-être l’héritage d’une tradition régionale de la peinture religieuse péninsulaire.

En 1775, grâce à la protection de son beau-frère, Francisco Bayeu, Goya est engagé dans l’équipe de peintres chargés d’enrichir la collection de la manufacture royale de tapisseries de Sainte-Barbe, à Madrid. Ses cartons sont de véritables tableaux dans la tradition française et flamande où dominent les scènes de genre, les thèmes galants, ainsi que de séduisants croquis de la vie madrilène : Le Jeu de colin-maillard (La Gallina ciega), L’Ombrelle (El Quitasol), La Foire de Madrid (La Feria de Madrid), Le Printemps (Las Floreras), Les Vendanges (La Vendimia), œuvres qui sont toutes conservées au Musée national du Prado, à Madrid. À la même veine appartiennent les délicieuses compositions décoratives exécutées en 1787 pour la propriété de campagne que le duc d’Osuna possédait aux portes de Madrid : L’Escarpolette [El Columpio] (Prado, Madrid). Le sommet de cet art aimable est peut-être atteint avec La Prairie de Saint-Isidore [La Pradera de San Isidro] (Prado, Madrid), petit tableau peint la même année, avec une foule bigarrée au premier plan et, au fond, la silhouette de Madrid étonnamment claire. C’est aussi le triomphe de la vie aimable et superficielle du XVIIIe siècle finissant.

En homme avisé, Goya épouse les idées politiques et sociales du roi Charles III et de son entourage « éclairé » qui rêvaient de régénérer l’Espagne par des réformes accomplies sous le signe de la Raison et des Lumières. Son lyrisme fait alors place à des préoccupations réalistes où l’on a cru voir percer un accent populiste : La Neige (La Nevada) et Le Maçon blessé (El Albañil herido), œuvres conservées au Prado, à Madrid.

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Charles IV en tenue de chasse, 1799

Son succès à la cour consacre une éclatante réussite sociale. En 1786, il est nommé peintre du roi et, trois ans plus tard, à l’avènement de Charles IV, pintor de cámara (peintre de la chambre). La renommée fait de lui le portraitiste à la mode chez qui se pressent les hommes importants et les dames du monde. Parti du grand portrait de cour décoratif (Le Comte de Floridablanca, 1783, Banco Urquijo, Madrid, ce tableau avec son autoportrait en arrière-plan), Goya arrive à une formule dépouillée, sorte de traduction moderne de l’héritage de Vélasquez : Charles III en tenue de chasse, 1786 (Prado, Madrid) ; portraits équestres de Charles IV et de la reine Marie-Louise, 1799. Une place à part doit être faite aux portraits d’enfants auxquels Goya réserve toute sa tendresse : le petit Manuel Osorio, 1787 (The Metropolitan Museum, New York), accompagné de ses animaux familiers, et Don Luis María de Cistué (collection Mrs. J. T. Rockefeller Jr., New York).

À cette époque, la technique de Goya ne se distingue guère de celle de ses émules que par la franchise et l’audace des couleurs, à l’éclat de porcelaine, et parfois par la division de la touche.

À la suite d’une terrible maladie, survenue à Cadix en 1792, Goya demeure irrémédiablement sourd. Cette infirmité, qui le coupe de l’extérieur, joue le rôle d’un catalyseur et libère un monde angoissant auquel le peintre avait échappé auparavant en se lançant à corps perdu dans la vie sociale et mondaine.

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En 1800, Goya accorde un regard de tendresse à la pauvre Comtesse de Chinchón, victime innocente livrée aux appétits du favori de la reine. Il s’agit là d’un de ses plus authentiques chefs-d’œuvre

À partir de cette date, l’activité reste tout aussi intense qu’auparavant mais avec bien moins de contraintes extérieures. Goya peint sur commande pour la famille royale (relativement peu), pour la noblesse la plus en vue du royaume, qui est devenue sa clientèle, et pour lui même. Ce « travail pour soi », libéré des contraintes de la commande, se traduit par des autoportraits, des portraits offerts et surtout des collections de gravures ou non seulement la thématique est libre, mais où s’exprime une redoutable vision satirique, magnifiquement servie par l’innovation, la recherche de nouvelles techniques et la transgression des codes esthétiques en vigueur.

220px-capricho2528detalle129_goyaLe point d’orgue sera la publication en 1799 des Caprices, dont la dimension subversive tant du point de vue thématique qu’esthétique lui attirera les foudres de l’Inquisition. En effet, à côté de gravures ouvertement anticléricales pleines de sous-entendus, Goya met en scène des corps dénudés, vieux, difformes et monstrueux, en rupture totale avec la conception de la beauté que défendait le néo-classicisme en vigueur.

ddlggrandfaitsdarmesavecdesmortsCette esthétique de l’horreur atteindra son point culminant après la guerre d’indépendance espagnole contre les troupes françaises (1808-1814) qui inspira à Goya la série des Désastres de la guerre, dont la première publication se fera uniquement dans la seconde partie du XIXe siècle. Les gravures mettent ici en scène, tout en se référant à la réalité la plus sordide du conflit telle que l’avait rapporté les gazettes, des corps nus, torturés, mutilés ou dépecés.

En 1814, après la parenthèse du « Roi Français » José 1er, le retour du Roi légitime, Ferdinand VII signifie pour Goya, comme pour beaucoup d’Espagnols éclairés, le retour à un régime politique réactionnaire. Pendant cette période, il s’installe dans une maison de campagne à la périphérie de Madrid. En 1819, il peindra sur les murs de sa résidence ce que l’on a appelé les « peintures noires ».

Après l’épisode du triennat libéral (1820-1823), Goya prétextera son état de santé pour quitter le pays et s’installer à Bordeaux où résidaient les Espagnols libéraux en exil. Il y meurt en 1828.

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