Robert Desnos, Contrée

La voix

Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu’elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée
Parvient pourtant, distinctement, jusqu’à nous.
Bien qu’elle semble sortir d’un tombeau
Elle ne parle que d’été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.
Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L’écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.
Et vous ? Ne l’entendez-vous pas ?
Elle dit « La peine sera de courte durée »
Elle dit « La belle saison est proche. »
Ne l’entendez-vous pas ?

Robert Desnos, Contrée, 1944

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7 commentaires

  1. LA NYMPHE ALCESTE

    Tu es née, à minuit, du baiser de deux sources,
    Alceste, et l’univers ne t’offre que reflets,
    Lueurs, lampe allumée au lointain, feux follets
    Et dans le ciel les sept flambeaux de la Grande Ourse.

    Il fait noir et, partant au signal de la course,
    Tu ne soupçonnes pas que la nuit se soumet
    Et se dissout quand le soleil, sur les sommets,
    Par le chant des oiseaux répand l’or de sa bourse.

    Je sais que reviendront l’aurore et le matin.
    Je les ai vus, tu les verras, j’en suis certain.
    Déjà mon cœur se gonfle au rythme de leur danse.

    Mais saurai-je à ta sœur qui doit naître en plein jour,
    Nymphe Alceste, annoncer, dès midi, le retour
    Du crépuscule, de la nuit et du silence ?

    Robert Desnos, Calixto

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  2. L’ÉPITAPHE

    J’ai vécu dans ces temps et depuis mille années
    Je suis mort. Je vivais, non déchu mais traqué.
    Toute noblesse humaine étant emprisonnée
    J’étais libre parmi les esclaves masqués.

    J’ai vécu dans ces temps et pourtant j’étais libre.
    Je regardais le fleuve et la terre et le ciel
    Tourner autour de moi, garder leur équilibre
    Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel.

    Vous qui vivez qu’avez-vous fait de ces fortunes ?
    Regrettez-vous les temps où je me débattais ?
    Avez-vous cultivé pour des moissons communes ?
    Avez-vous enrichi la ville où j’habitais ?
    Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.
    Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

    Robert Desnos, Contrée

    Aimé par 2 personnes

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