Peintre célébré par ses contemporains (Gregorio Comanini, Giovanni Paolo Lomazzo, Paolo Morigia), Giuseppe Arcimboldo est emblématique d’un goût pour l’illusion et l’ambiguïté, goût qui, particulièrement développé à la cour des Habsbourg durant le dernier tiers du XVIe siècle, passe rapidement de mode dès le début du siècle suivant. Il tombe ainsi dans un relatif oubli jusqu’au milieu du XXe siècle. Considéré alors comme un précurseur de l’imaginaire surréaliste, il suscite l’intérêt d’historiens de l’art.

Issu d’une famille patricienne de Milan, Giuseppe Arcimboldo se forme auprès de son père, Biagio. Des documents indiquent dès 1549 qu’il est régulièrement payé jusqu’en 1558 pour des travaux de peinture dans la cathédrale de Milan, pour laquelle il pourrait avoir réalisé les cartons des vitraux consacrés à l’histoire de Loth et à la vie de sainte Catherine. En 1556, il entreprend, dans le transept de la cathédrale de Monza, un décor peint, achevé probablement en 1562 et dont subsiste en partie un Arbre de Jessé. En 1558, il est rémunéré pour une tapisserie qui, conservée dans la cathédrale de Côme, permet sur la base du style de lui attribuer les cartons d’une autre tapisserie, consacrée à saint Jean-Baptiste et vraisemblablement commandée par l’archevêque de Milan, Carlo Borromeo, pour la cathédrale de Monza (actuellement au Museo del Duomo). En marge de ses commandes officielles, il a dû, dès cette époque, élaborer des inventions plus libres, destinées à la sphère privée des collectionneurs, et manifester ainsi ce type de schizophrénie artistique que l’on retrouve chez nombre de peintres liés à la Contre-Réforme, tel Bartolomeo Passarotti.

En 1562, Giuseppe Arcimboldo entre au service de l’empereur Ferdinand Ier à Vienne en tant que portraitiste. Il est reconduit dans cette fonction deux ans plus tard par l’empereur Maximilien II, pour lequel il organise au début des années 1570 plusieurs festivités, en imaginant non seulement la scénographie, mais aussi les costumes et les masques. À partir de 1576, il est à Prague au service de l’empereur Rodolphe II, qui l’envoie en 1582 en Allemagne pour acheter des objets rares, et auquel il offre trois ans plus tard un recueil de dessins préparatoires pour les fêtes organisées durant les quinze années précédentes (Florence, Offices). Sa double activité de conseiller des collections impériales et de coordinateur du rituel de cour nous aide à mieux comprendre la fonction des Têtes composées qui, mises en place dès le début du séjour à la cour des Habsbourg, s’organisent généralement en séries allégoriques.

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Arcimboldo, Les quatre saisons

La série des Quatre Saisons, conçue à partir de 1563 (en partie au Kunsthistorisches Museum de Vienne) et dont l’empereur Maximilien II offre dix ans plus tard une réplique à l’Électeur protestant Auguste de Saxe (Paris, musée du Louvre), se combine ainsi à celle des Quatre Éléments, élaborée à partir de 1566, en produisant, d’une part, des couples de correspondances à travers le face à face entre une saison et un élément, d’autre part, l’effet paradoxal d’une plaisanterie sérieuse.

Arcimboldo, Les quatre éléments

 

 

 

 

Celle-ci consiste à parodier la tradition des Césars représentés sur les monnaies en buste et de profil et, dans le même temps, à symboliser toute la diversité du monde, dominé par l’empire habsbourgeois. Elle revêt donc une portée politique, s’inscrivant parfaitement dans le goût développé à la cour des Habsbourg durant le dernier tiers du XVIe siècle.

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Devenu célèbre dans toute l’Europe, Giuseppe Arcimboldo obtient en 1587 l’autorisation de retourner à Milan, où il passe ses dernières années et où il réalise probablement son Autoportrait de papier (Palazzo Rosso, Gênes), un dessin daté précisément de cette année-là et indiquant sous la forme de rides l’âge de soixante et un ans (ce qui implique une date de naissance en 1526 plutôt que l’année suivante, généralement retenue).

 

L'ortolanoIl produit alors des œuvres telles que Le Jardinier/Nature morte de Crémone (Museo Civico) qui représente une corbeille de fruits qui, lorsqu’on la retourne, forme le visage d’un homme barbu.

Il continue néanmoins à travailler pour l’empereur Rodolphe II qui le nomme comte palatin en 1592 et pour lequel il réalise une Flore (collection privée) ainsi qu’un Vertumne (Skoklosters Slott, Skokloster).

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Arcimboldo, Vertumne

Ce dernier correspond à un portrait déguisé de l’empereur en divinité printanière, dont le buste se compose de fleurs et de fruits et qui symbolise l’éternel printemps apporté par le règne des Habsbourg. Caractérisé par une écriture tranchante et une palette vive, il constitue l’une des œuvres les plus abouties de Giuseppe Arcimboldo qui s’éteint à Milan le 11 juillet 1593, et dont le succès commercial se mesure aux nombreux pastiches produits autour de 1600.

SourceFrédéric ELSIG : docteur ès lettres,
Maître assistant en histoire de l’art médiéval à l’université de Genève

Le bibliothécaire - 1562

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