111074868_o
Jean-Louis Forain, Autoportrait

Peintre, dessinateur, graveur, témoin de la Belle Époque comme de la Première Guerre mondiale, Jean-Louis Forain a connu une grande célébrité de son vivant. L’artiste, reconnu dès qu’il intègre la mouvance impressionniste, l’est plus encore par l’esprit caustique des dessins qu’il donne à une presse alors à son apogée.

Né à Reims le 23 octobre 1852, Forain manifeste très tôt un goût pour le dessin. Dès l’âge de quatorze ans, à Paris où ses parents se sont installés, il fréquente régulièrement le musée du Louvre. Le peintre Jacquesson de la Chevreuse l’initie aux techniques du dessin. Après un bref séjour à l’école des Beaux-Arts dans l’atelier de Gérôme, il est invité à rejoindre celui de Carpeaux avant d’en être injustement exclu. Chassé pour cette raison du domicile familial, il se retrouve à la rue à dix-sept ans. Commence alors une vie de bohème. Forain fait la connaissance de Verlaine, qui l’introduit dans les salons mondains où il côtoie Manet, Anatole France, Charles Cros, Goudeau, Rimbaud… Pour survivre, il réalise des enseignes, des portraits et des lithographies commerciales. Au café La Nouvelle Athènes, il rencontre Degas auquel le lient de nombreuses affinités, notamment des motifs picturaux communs (danseuses, univers du théâtre, courses de chevaux, nus…). L’intérêt que montre Degas pour Daumier et Gavarni révèle à Forain son goût pour le dessin satirique, après sa découverte de Goya à la Bibliothèque impériale. En couverture du Scapin (1876) paraît son premier dessin sous le pseudonyme de A. Zut.

jean-louis-forain-joris-karl-huysmans-vers-1878-musecc81e-dorsay-paris-france-c2a9photo-musecc81e-dorsay-rmn-245x300
Jean-Louis Forain, Joris-Karl Huysmans, vers 1878

 

 

Forain se lie d’amitié avec Huysmans, dont il fait le portrait en pastel (vers 1878) et illustre d’une eau-forte la seconde édition de son roman Marthe. Histoire d’une fille (1879).

 

 

 

 

Parmi l’œuvre peint de l’artiste, notons Le Buffet (1884), accepté au Salon des artistes français, le Champ de courses(1884-1885), le portrait de sa femme (Madame Jeanne Forain au chapeau noir, 1891), de la Comtesse Anna de Noailles(1905) et le très sensible Portrait de Marie de Régnier (1907). Entre 1890 et 1909, Forain, inspiré par les lieux de prostitution, réalise des lithographies où s’exprime sa maîtrise des effets d’ombre et de lumière. Pour Le Café Riche, un haut lieu mondain de Paris, Forain peint dix-sept cartons destinés à une frise de mosaïques en façade, une innovation décorative réalisée par Facchina en 1894. Les figures, pleines de vie, ont un charme indéniable et témoignent de l’influence du japonisme dans l’œuvre de Forain.

xir22870_v1
Jean-Louis Forain, Le Buffet

À partir de 1887, introduit par Ambroise Vollard à l’hebdomadaire illustré Le Courrier français, il côtoie Willette, Steinlen et renonce provisoirement à la peinture pour donner des dessins à la presse. Il met en scène ses contemporains, les mœurs légères des danseuses, petites femmes et lorettes, riches bourgeois, domestiques… Une légende généralement ironique accompagne un motif qui ne déforme pas, mais simplifie. Le dessin de Forain montre la logique cynique d’une Belle Époque cruelle pour les plus faibles. L’artiste se forge ainsi une réputation de journaliste pamphlétaire. Le dessin de presse lui procure une grande célébrité et une source de revenus remarquable, dès 1891 avec une fructueuse collaboration au Figaro (1885-1925). Il contribue à plus de soixante titres de presse, du Gil Blas (1889) à La revue illustrée (1887-1893), du Journal amusant (1886-1899) au Rire (1894-1904), etc. En 1889, il lance Le Fifre, un hebdomadaire satirique qui ne dure que quinze numéros. Dès 1892, un recueil de dessins paraît sous le titre de La Comédie parisienne. D’autres suivent comme Rires et grimaces (1895), Doux Pays (1897).

PSST © Galica
©Gallica

Avec l’affaire Dreyfus, Forain abandonne la caricature de mœurs, et s’engage dans un combat d’une autre nature. Avec Caran d’Ache – et le soutien de Degas, Cézanne et Barrès, ils créent Le Psst… ! (5 février 1898-1899), un hebdomadaire violemment antidreyfusard. Durant cette période Forain quitte Le Figaro pour L’Écho de Paris ouvertement antidreyfusard.

La vie de Forain connaît un tournant avec son retour à la foi catholique, une expérience mystique qu’il partage avec Huysmans le jour de Noël 1900. Des thèmes religieux apparaissent alors dans sa peinture, tels La Femme adultère (1910) ou Le Départ de l’enfant prodigue (1926), mais également des scènes de tribunal (L’Avocat poursuivi, 1910).

Forain participe à la fondation de la Société des dessinateurs humoristes et la préside de 1915 à 1931. En 1921, il est de ceux qui créent la République de Montmartre avec Poulbot, Willette, Léandre…, une association caritative qu’il présidera jusqu’à sa mort.

couv_176440À l’aube de la Première Guerre mondiale, Forain, âgé de soixante-deux ans, s’engage et rejoint la section camouflage dont il est nommé inspecteur général. Durant le conflit, il poursuit le combat par le dessin en collaborant chaque semaine à L’Opinion, au Figaro et à Oui. En mai 1916 des avions français larguent sur les lignes allemandes des feuillets reproduisant La Borne, un motif publié précédemment dans Le Figaro. Deux recueils de dessins de cette période sont édités sous le titre De la Marne au Rhin en 1920. Après 1925, toujours passionné par son temps, Forain se consacre exclusivement à la peinture, privilégiant des tonalités plus sombres et un tracé délibérément esquissé pour évoquer le monde des Années folles. Il meurt à Paris le 11 juillet 1931.

Source : Nelly FEUERHAHN, Cécile COUTIN

Sans titre 5FACEBOOK