Raymond Queneau, c’est lui qui m’a autorisée à rire joyeusement avec les mots. À batifoler avec eux. À les taquiner. À leur donner sens. À parler de la vie sans qu’elle soit neurasthénique. À la dire sans ambages mais avec respect pour ceux [les mots] qui aident à la dire.

Jusqu’alors, de Raymond Queneau, je connaissais surtout la poésie. Foutraque, comme dit Julien. Foutraque, comme reprend Carnets. Une poésie idiosyncrasique, qui laisse place à toutes les fantaisies en même temps qu’elle s’affirme par sa rectitude. Les œuvres complètes de Sally Mara, somnolaient sur mes étagères après que je les ai presque distraitement feuilletées.

J’ai vergeté (cet obsolète-là, vous y aurez droit un de ces jours, c’est sûr) la poussière incrustée sur la tranche du livre, et je me suis lancée dans l’aventure avec autant de sérieux, de conviction, de conscience et de vraie fausse ingénuité que Mademoiselle Sally se jette dans la découverte des choses de la vie. Ni elle ni moi ne regrettons l’expédition !

Elle et moi vous invitons à embarquer avec nous sur « le bateau [qui] s’en va, soufflant sa fumée monotone sur l’écran du ciel. […] Et [qui] emporte Monsieur Presle« .

Il faudrait, cependant, que je vous présentasse (ça c’est pour montrer mon éructation… non, mon érudition) Benjamin Pudge… Prenez donc un petit ouisqui et vous serez sujet aux phallucinations… (j’adore ce mot-valise made in Queneau).

Les œuvres complètes de Sally Mara, Raymond Queneau
1er chapitre

Il est parti. Le bateau s’en va, soufflant sa fumée monotone sur l’écran du ciel. Il siffle. Il suffoque. Il va. Et il emporte Monsieur Presle, mon professeur de langue française.

J’ai agité mon mouchoir, je le trempe de larmes, avant, cette nuit, de le serrer entre mes jambes, sur mon cœur Oh ! God, qui saura jamais mon tourment. Qui saura jamais que ce Monsieur Presle emporte avec lui tout de mon âme, laquelle est assurément immortelle. Il ne m’a jamais rien fait, Michel. Monsieur Presle, je veux dire. Je sais que les messieurs de son âge font des choses aux jeunes folles du mien. Quelles choses et pourquoi ? Je l’ignore.

Moi, je suis vierge, c’est-à-dire que je n’ai jamais été exploitée (« terre vierge : terre qui n’a jamais été exploitée », dit mon dictionnaire). Monsieur Presle, il ne m’a jamais touchée. Rien que sa main sur la mienne. Quelquefois elle glissait le long de mon dos, pour tapoter légèrement mon tutu. De simples gestes de politesse. Il m’a appris le français. Avec obstination ! Il me l’a appris pas tellement si mal que ça, puisque, en son honneur, en souvenir de son départ, je veux dire, je vais à partir d’aujourd’hui, maintenant, écrire mon journal dans sa langue maternelle. Ce seront mes écrits français. Et les autres, mes anglais, je vais les foutre au feu.

« Foutre, me disait-il, est un des plus beaux mots de la langue française. » Il signifie : jeter, mais avec plus de vigourosité. Par exemple (je répète ici ses enseignements, et quel titillant plaisir de répéter ses enseignements, une douce chaleur m’en emplit la cage thoracique des omoplates à ma jeune poitrine qui ne l’est pas (plate)), par exemple donc : « On se jette un demi (de bière) derrière la cravate », et : « Un diamant vous en fout plein la vue. » Il aimait beaucoup me faire connaître les subtilités de la langue française, Monsieur Presle, et c’est pour cela que maintenant, en son souvenir, pour lui en foutre un jour plein la vue, je vais continuer mon journal intime en son idiome natal.

Ce journal, je l’écris depuis l’âge de dix ans. Maman me disait : « Bonne habitude pour les petites filles, ça développe leur conscience morale, elles se perfectionnent, et ça finit par en foutre plein la vue au curé qui les consacre nonnes jusqu’à leur décès. » C’est pas mon avis à moi. C’est pas que j’ai des mauvaises idées sur les bonnes sœurs, mais il y a d’autres choses à faire sur terre pour une personne du sexe féminin. Là-dessus je suis de l’avis de Michel, mon prof de français chéri, ah ! s’il avait su comme je répétais son prénom la nuit, jusqu’à en tomber en transes. C’est curieux comme j’ai quelquefois des sortes de crises la nuit en pensant à lui. Ensuite je dors merveilleusement. Oui, le voilà parti sur son bateau et le canal Saint-George à la fois. Que ne lui dois-je pas ? De pouvoir écrire en français mon journal intime, et d’une, d’avoir le cœur mou, et de deux, et les susdites transes, et de trois. Me sentant si seule sur le bord du quai, j’ai pris solennellement deux résolutions en ce jour d’aujourd’hui, tandis que la lune des nuits se balançait lunairement immobile sous la sphère des cieux illunés, éclairant de sa pâleur lunaire le navire où Michel se prélassait vers son avenir universitaire et pas irlandais. Je pris donc la double résolution, deux points, d’abord, primo, de rédiger mon journal, non plus en anglais, langue de marins insulaires, ça n’est pas malin d’être marin quand on vit dans une île, mais bien en français, qui eux, les Français, habitent parfois des montagnes et même au milieu des plaines ; ensuite, secundo, d’écrire un roman. Mais un roman quelque chose de pommé, un qui n’ait pas l’air d’être rédigé par une jeune fille pas exploitée ; en irlandais par-dessus le marché, langue que j’ignore. Il va donc falloir que je l’apprenne et pourquoi est-ce que je veux l’apprendre ? Pour faire comme Monsieur Presle. Monsieur Presle est un linguiste : il sait toutes sortes de langues. Il a pris notamment des leçons de laze et d’ingouche avec M. Dumézil. Il a appris l’irlandais en un rien de temps : son séjour à Dublin a passé comme un éclair à travers le muscle de mon cœur. Mais c’est surtout en français qu’il y tâtait. Et quel bon professeur c’était ! La preuve : j’écris couramment mes intimités dans ce langage avec aisance et facilité. Si parfois un mot me manque, je m’en fous. Je continue droit devant moi.

Et le voilà qui partait. Le vent a commencé à souffler sur le port et le buvard des brumes a bu le bateau. Je suis encore restée quelque temps à regarder les ondulations du canal Saint-George, la ligne granitique des quais, la tension des cordages, la rigidité des bittes – un des premiers mots français dont Monsieur Presle m’ait appris le sens à cause de ses origines scandinaves : « biti, poutre transversale de navire ». Et les Vikings ne conquirent-ils pas notre verte Erin ?

Il était parti.

Le vent se mit à souffler avec énergie. Je retournai vers le train. Je longeais le quai. D’autres gens – des ombres – suivaient le même chemin, leurs adieux ou leur travail faits. La nuit épaisse était bousculée par un véritable ouragan. J’entendis de nouveau la sirène du paquebot.

Pour rejoindre le terminus, il fallait traverser une petite passerelle au-dessus d’une écluse. De l’autre côté, j’aperçus une voiture éclairée qui manœuvrait. Le cœur plein du souvenir de Michel Presle, je commençai à traverser la petite passerelle, mais au milieu du trajet je dus m’immobiliser. Je croyais que le vent allait m’emporter et me foutre là-bas, dans le bassin, au beau milieu d’une flaque d’essence qui étalait ses irisations à la lumière de la lune. Je m’agrippais à la balustrade, et, de l’autre main, j’essayais machinalement de saisir un autre point d’appui. Je sentis alors soudain la présence d’un monsieur derrière moi. J’avais deviné que c’était un gentleman : pas une femme ni un matelot. Et j’entendis une voix douce et polie me glisser dans le tuyau de l’oreille ces paroles secourables :

– Tenez bon la rampe, mademoiselle.

En même temps on plaça effectivement dans ma main demeurée libre un objet qui avait à la fois la rigidité d’une barre d’acier et la douceur du velours. Je le saisis convulsivement et, tout en m’étonnant que cette rampe demeurât tiède malgré l’aquilon qui soufflait de façon encore hivernale, je pus grâce à son aide atteindre saine et sauve l’autre rive.

Les contributeurs

LE PATCHWORK PARTICIPANTS

Julien/Le FictiologueAnne de Louvain-la-NeuvePatchcathBibliothèque de BracieuxCarnets ParesseuxÉcri’Turbulente

 

Le patchwork d'Anne de Louvain La-Neuve

Les choses, je m’en doutais bien un peu, le père Factaire avait l’air très contrarié par cette question. En confesse c’était le sujet qui fâchait. Je faisais l’innocente. Je l’étais. Monsieur Presle c’était mon histoire. Celle qui n’avait pas eu lieu. Juste dans mes pensées. Je suffoque moi aussi, suivant des yeux le sillage du bateau. Ma traînée de larmes.

Michel… je vais broder son prénom sur le mouchoir mouillé des larmes de mon âme accablée, assurément immortelle. Comme ça lui aussi, Michel, deviendra immortel. On sera deux ainsi à prendre le bateau de la vie éternelle. Quand il reviendra, je lui donnerai la moitié du mouchoir pour qu’il le mette sur son cœur. Ah oui ! je vais broder aussi mon prénom. Sally. Michel, Sally, sont deux noms qui vont très bien ensemble… je t’aime je t’aime je t’aime… c’est tout ce que je veux te dire…jusqu’à ce que je trouve un moyen …je te dirai les seuls mots que je sais que tu comprendras…

Je conserve ce souvenir comme on garde un précieux bijou de famille – celui du moment où Monsieur Presle a plongé ses yeux clairs dans les miens et où il a glissé une bague toute brillante à mon doigt. Il a dit « Oui », j’ai dit « Oui » moi aussi – murmuré, plutôt – et puis il m’a embrassée comme les messieurs le font aux dames dans les histoires. C’était, je crois, le plus beau jour de ma vie. Dommage qu’il n’existe que dans mon imagination, mais je me dis que c’est déjà ça.

Oh comme je remercie mes parents d’avoir accepté que j’apprenne le français et connaisse Mr Presle. Connaître est sans doute trop fort pour cette première rencontre, son regard aimable m’a plu, nous nous sommes souri poliment et j’ai senti que ça allait coller entre nous. Là-aussi ce n’est sûrement pas le verbe à utiliser ici, mais il ne m’en vient pas d’autres à présent… Il est parti, Michel, mais je le reverrai… je lui écrirai et choisirai les plus beaux timbres pour mes courriers.

Me parvient comme en écho notre dernière leçon « Les sanglots longs…Des violons…Blessent mon cœur ». Je regarde le grand trou noir sur la mer et j’écoute le terrible bruit des vagues. Elles résonnent comme une cloche d’école pour perturber les battements fous de mon cœur. J’ai du chagrin pour tous ces mots perdus qui me hantent, tous ces vers que Monsieur Presle faisait tinter à mes oreilles, ces poètes qu’il m’avait fait aimer, et sa silhouette qui tangue à l’horizon avant de se noyer. « Mon petit cervelet (pas si laid que ça aurait dit Monsieur Presle) pensant ci, se demandant ça, vlatipa que mon cœur bat la breloque. Et ça alors, moi, l’équanime, comme il disait, m’sieu Michel, mon coeur, la breloque ? Breffle, ça me fait penser à un autre truc kilmahapri : « à toute berzingue ». De là, savoir comment je songe aux kilts zingués des zigotos mafflus et musculeux – bronzés ou marbreux – du KirkPatrick’s muséum of Art (*). Et de fil en aiguille, à ce qu’ils cachaient, ou signalaient à l’attention, ces kilts en zingue. Finalement, m’en a appris des mots, l’amer Michel ! Mais des choses ? Kekzune, oui, mais pas patanksa et patassé. »

Mon patchwork

Les choses je m’en doutais bien un peu, le père Factaire avait l’air très contrarié par cette question. En confesse c’était le sujet qui fâchait. Je faisais l’innocente. Je l’étais. Monsieur Presle c’était mon histoire. Celle qui n’avait pas eu lieu. Juste dans mes pensées.

Je suffoque moi aussi, suivant des yeux le sillage du bateau. Ma traînée de larmes. Mon petit cervelet (pas si laid que ça aurait dit Monsieur Presle) pensant ci se demandant ça, vlatipa que mon cœur bat la breloque. Et ça alors, moi, l’équanime, comme il disait, m’sieu Michel, mon coeur, la breloque ? Breffle, ça me fait penser à un autre truc kilmahapri : « à toute berzingue ». De là savoir comment je songe aux kilts zingués des zigotos mafflus et musculeux – bronzés ou marbreux – du KirkPatrick’s muséum of Art(*). Et de fil en aiguille, à ce qu’ils cachaient, ou signalaient à l’attention, ces kilts en zingue.

Finalement, m’en a appris des mots, l’amer Michel ! Mais des choses ? Kekzune, oui, mais pas patanksa et patassé.

Michel… je vais broder son prénom sur le mouchoir mouillé des larmes de mon âme accablée, assurément immortelle. Comme ça, lui aussi, Michel, deviendra immortel. On sera deux ainsi à prendre le bateau de la vie éternelle. Quand il reviendra, je lui donnerai la moitié du mouchoir pour qu’il le mette sur son cœur. Ah oui ! je vais broder aussi mon prénom. Sally. Michel, Sally, sont deux noms qui vont très bien ensemble… je t’aime je t’aime je t’aime… c’est tout ce que je veux te dire…jusqu’à ce que je trouve un moyen …je te dirai les seuls mots que je sais que tu comprendras…
Me parvient comme en écho notre dernière leçon « Les sanglots longs…Des violons…Blessent mon cœur ». Je regarde le grand trou noir sur la mer et j’écoute le terrible bruit des vagues. Elles résonnent comme une cloche d’école pour perturber les battements fous de mon cœur. J’ai du chagrin pour tous ces mots perdus qui me hantent, tous ces vers que Monsieur Presle faisait tinter à mes oreilles, ces poètes qu’il m’avait fait aimer, et sa silhouette qui tangue à l’horizon avant de se noyer. Je conserve ce souvenir comme on garde un précieux bijou de famille – celui du moment où Monsieur Presle a plongé ses yeux clairs dans les miens et où il a glissé une bague toute brillante à mon doigt. Il a dit « Oui », j’ai dit « Oui » moi aussi – murmuré, plutôt – et puis il m’a embrassé comme les messieurs le font aux dames dans les histoires. C’était, je crois, le plus beau jour de ma vie. Dommage qu’il n’existe que dans mon imagination, mais je me dis que c’est déjà ça.

Oh comme je remercie mes parents d’avoir accepté que j’apprenne le français et connaisse Mr Presle. Connaître est sans doute trop fort pour cette première rencontre, son regard aimable m’a plu, nous nous sommes souris poliment et j’ai senti que ça allait coller entre nous. Là-aussi ce n’est sûrement pas le verbe à utiliser ici, mais il ne m’en vient pas d’autres à présent… Il est parti, Michel, mais je le reverrai… je lui écrirai et choisirai les plus beaux timbres pour mes courriers.

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(*) Référence à

STATUES 1

 

Raymond Queneau, Les œuvres complètes de Sally Mara
Collection Blanche, Gallimard - 24-02-1962
4ème de couverture

product_9782070253180_195x320C’est pour les Éditions du Scorpion que Raymond Queneau écrivit On est toujours trop bon avec les femmes qu’il signa Sally Mara.
La recette était celle qui assurait le succès des feuilletons du journal Samedi soir : des romans exotiques, actifs et un tantinet soit peu coquins.

Contrairement à Boris Vian pour J’irai cracher sur vos tombes, Queneau choisit la parodie et prend ses distances avec le genre ; son Irlande en révolution est de fantaisie et ses révolutionnaires, comme en témoigne leur cri de guerre, Finnegans wake !, sortent tout droit de la république des Lettres ; ce qui ne les empêche pas de boire force ouisquis et de tirer d’innombrables coups.
Dans le Journal intime, paru ensuite, la quantité de cadavres est considérablement moins importante (la quantité de coups aussi) mais le texte est notablement plus pervers et partant plus coquin. Queneau y fait la preuve de son goût pour la liberté et les langues difficiles et s’exerce à peindre de l’intérieur une pucelle délurée montée en graine qui pourrait bien être une grande sœur de Zazie.

Profitant de l’édition des œuvres complètes de 1962, Queneau a rassemblé sous le titre de Sally plus intime quelques  » foutaises  » auparavant parues dans Temps mêlés.
Sur le solide terreau des plus robustes calembours on y voit pousser ici et là de merveilleuses petites fleurs bleues.  » Paul Fournel. On est toujours trop bon avec les femmes a été publié pour la première fois en 1947 ; Journal intime en 1950. L’ensemble a été réuni pour la première fois en 1962 par Raymond Queneau.

Raymond Queneau, sa bio/bibliographie

queneau_2_article-1Écrivain érudit à l’esprit encyclopédique, Raymond Queneau est né le 21 février 1903 au Havre, fils de modestes commerçants. Après son Bac, au début des années ’20, il monte à Paris pour suivre des études de philosophie à La Sorbonne. Il commence à s’intéresser aux langues (le sanscrit, l’arabe, l’hébreu) et à la littérature mais aussi à l’anthropologie, à la psychanalyse, aux mathématiques et aux religions.

En 1924 Raymond Queneau rejoint le groupe des Surréalistes, côtoyant d’abord des auteurs comme Philippe Soupault, Michel Leiris ou André Breton, puis après son service militaire effectué en 1925 en Algérie (dans les Zouaves), le poète Jacques Prévert, le peintre Yves Tanguy, l’historien du cinéma Georges Sadoul et Marcel Duhamel, fondateur de la Série Noire aux éditions Gallimard. Il obtient en 1926 une Licence ès lettres mention philosophie, épouse Janine Kahn en 1928. Il rompt avec Breton en 1929 et commence à écrire véritablement au début des années ’30, se lançant dans une compilation d’oeuvres de « fous littéraires » qu’il tentera vainement de faire publier sous le titre d’Encyclopédie des sciences inexactes. Il suit parallèlement des cours de philosophie et d’histoire des religions avec notamment Alexandre Kojève et Charles-Henri Puech. Pour gagner sa vie Raymond Queneau travaille successivement comme employé de banque, professeur de français et journaliste. De 1931 à 1933, il collabore avec Georges Bataille à la Critique sociale, revue du Cercle Communiste Démocratique dirigée par Boris Souvarine, tout en effectuant en 1932 un voyage de 5 mois en Grèce dont la langue le passionne.

En 1933 Raymond Queneau publie à la Nrf son premier livre, Chiendent, transposition en sa savante langue « néo-française » à la fois classique et ludique du Discours de la méthode, immédiatement récompensé du premier Prix des Deux-Magots. Il entre en 1938 au comité de lecture des éditions Gallimard, chargé en particulier du domaine anglo-saxon, avant d’être nommé directeur du comité de lecture de la Nouvelle Revue Française (Nrf) en 1941. Exercices de style, roman composé de 99 mini-romans différents racontant la même anecdote, publié en 1947, est son premier grand succès public. La même année il publie sous le pseudonyme de Sally Mara — pour cause de censure encore sévère à l’époque sur la littérature érotique — On est toujours trop bon avec les femmes.

contributor_2103_195x320Figure du Saint-Germain des Prés des années ’50, Raymond Queneau devient membre du Collège de Pataphysique, de la Société mathématique de France, de l’Académie Goncourt… et fonde avec Boris Vian l’Académie de la Moule poilue. Son poème intitulé Si tu t’imagines, mis en musique par Joseph Kosma à l’initiative de Jean-Paul Sartre et chanté par Juliette Gréco, devient un hit. En 1954 il prend chez Gallimard la direction de l’Encyclopédie de la Pléiade qu’il assurera jusqu’à la fin de sa vie. Zazie dans le métro, sorti en janvier 1959 et adaptée au cinéma l’année suivante par Louis Malle, lui apporte la consécration. En 1960 Raymond Queneau fonde avec François Le Lionnais l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), école qui prône l’utilisation de structures mathématiques dans la création littéraire. Son livre Cent mille milliards de poèmes, publié en 1961, est un des meilleurs exemples des travaux de ce groupe où l’on trouvera plus tard Georges Perec, Jacques Roubaud et Italo Calvino.

Au total l’oeuvre de Raymond Queneau compte une quinzaine de romans (Le ChiendentGueule de pierreLes Derniers JoursOdileLes Enfants du LimonUn rude hiverLes Temps mêlésPierrot mon amiLoin de RueilOn est toujours trop bon avec les femmesSaint-GlinglinLe Journal intime de Sally MaraLe Dimanche de la vieZazie dans le métroLes Fleurs bleuesLe Vol d’Icare), des essais (Pour un art poétiquePour une Bibliothèque IdéaleBâtons, chiffres et lettres — qui contient notamment une étude sur la réforme de l’orthographe,…), des recueils de poèmes (Chêne et chienLes ZiauxCourir les ruesBattre la campagneFendre les flots), des pièces de théâtre (En passant), des traductions (Edgar Wallace, Maurice O’Sullivan, Sinclair Lewis, George Du Maurier, Amos Tutuola,…), de nombreux articles (réunis dans Bords et dans Le Voyage en Grèce), ainsi que des entretiens (avec Georges Charbonnier), des scénarios et des dialogues de films (Monsieur RipoisLa Mort en ce jardin,…). On lui doit aussi un journal qui s’étend de 1914 à 1965. Ses oeuvres complètes sont réunies dans les trois volumes de la Bibliothèque de la Pléiade.

Raymond Queneau est décédé à Paris le 25 octobre 1976, à l’âge de 73 ans.

Source intégrale

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