Sans Léo et Gertrude Stein, américains expatriés à Paris au début du XX° siècle, et devenus collectionneurs d’art et mécènes, ce tableau, et peut-être l’artiste qui l’a créé, ne serait peut-être pas passés à la postérité.

Aiguillé par un marchand, Leo a dégoté un peintre inconnu, dont il pense le plus grand bien : Pablo Ruiz Picasso. Sans parvenir à convaincre sa sœur. Pour la première fois. Gertrude trouve ratée cette Fillette au panier de fleurs qu’il veut acquérir. Voire repoussante à cause de la manière dont le peintre a dessiné les pieds. Elle finit néanmoins par céder. « En ces années-là, rappelle Nadine Satiat, Leo incarnait encore à ses yeux l’autorité du savoir et du jugement esthétique. »

Le tableau de Picasso rejoint donc le salon de la rue de Fleurus, où les Stein vivent entourés de leur collection, recomposant leur accrochage au gré des achats, vendant une toile pour en obtenir une autre. Contrairement aux autres collectionneurs, la famille invite peintres et artistes qui le souhaitent, étrangers de passage, à découvrir ses trésors tous les samedis : à 18 heures chez Michael et Sarah, à 21 heures chez Gertrude et Leo. C’est ainsi que Picasso découvre Gauguin, s’émerveille devant Cézan­ne. Qu’il rencontre Matisse, avant d’être bousculé par la radicalité de son Bonheur de vivre, auquel il répondra par Les Demoiselles d’Avignon, en 1907. C’est aussi au 27, rue de Fleurus qu’il voit de l’art africain pour la première fois, un jour où Matisse est arrivé avec des statuettes du Congo achetées en chemin.

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Pablo Picasso, 1904

C’est que Gertrude a fini par se rallier à son frère. Cet attachement à Picasso l’éloigne même de Matisse, dont s’empare Sarah jusqu’à la dévotion. L’épouse de Michael l’aide à monter une académie de peinture, achète ses toiles par brassées, avant d’en emporter quelques-unes aux Etats-Unis pour présenter le peintre. « Au fond, Gertrude Stein et Pablo Picasso se ressemblent, note Cécile Debray. Ils parlent un français approximatif, ont une même forme d’humour, un même narcissisme. » Ils ont appris à se connaître au Bateau-Lavoir, l’atelier montmartrois de Picasso.

«Gertrude Stein» de Picasso, 1906. Pour ce portrait, l'artiste aurait fait poser son amie plus de quatre-vingts fois.
Gertrude Stein» de Picasso, 1906. Pour ce portrait, l’artiste aurait fait poser son amie plus de quatre-vingts fois.

 

En ces années 1905-1906, Gertrude s’y rend régulièrement, afin de poser pour un portrait que le peintre peine à terminer. « Dans ce tableau, Picasso a accouché d’une Gertrude qui n’est pas encore celle qu’elle allait devenir », analyse Laurence Madeline, conservatrice en chef au musée d’Orsay, qui a édité leur correspondance. Elle y apparaît carrée, puissante, attentive, à l’écoute. « Son talent à elle, ça a été de s’incarner dans cette image. »

Source

 

 

La jeune fille nue avec panier de fleurs marque le début de la période rose de Picasso, une période où il peint des toiles aux teintes chaudes, roses et orangées, également caractérisée par les saltimbanques et acrobates, thème récurrent de Picasso à l’époque.

En 1904, Picasso fait la rencontre de Fernande Olivier, sa première compagne. Il quitte alors la palette de bleus qui lui est familière depuis 1901, pour expérimenter avec de plus chaudes couleurs et de plus heureux sentiments. Il créé des roses à partir de tons ocres, afin d’imiter les nuances de la chair humaine. En contraste avec ces roses ombrés, Picasso utilise des couleurs tendres, presque pastelles, qui créent des harmonies aérées, et translucides. Cette palette de couleurs, selon plusieurs experts, est inspirée en partie des peintures de Paul Gauguin, peintre postimpressionniste français.

Alors que la période bleue était marquée d’accents espagnols, Picasso laisse la culture française s’ancrer en lui au cours de la période rose. Ses peintures comportent de plus en plus des personnages d’Arlequins, de saltimbanques et d’acrobates. Ces personnages théâtraux et carnavalesques continueront d’habiter ses toiles jusqu’à la toute fin de sa carrière.

 

 

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Picasso, Le garçon à la pipe, 1905

 

 

Le Garçon à la pipe, peint durant la période rose, est le tableau de Picasso s’étant vendu au prix le plus élevé. Réalisée en 1905, cette huile sur toile représente un jeune garçon, ceint d’une couronne de fleurs, qui tient une pipe dans sa main gauche. Outre la palette de couleurs inspirée de Gauguin, le Garçon à la pipe contient aussi des influences marquées de l’impressionnisme d’Édouard Manet.

 

 

Quelque 1600 œuvres d’art, meubles et bibelots composant la légendaire collection de Peggy et David Rockefeller ont été mis aux enchères en mai à New York.

Jeune fille nue avec panier de fleurs, 1905
Picasso, jeune fille nue avec panier de fleurs, 1005

 

 

Pièce maîtresse de cette collection : la « Jeune fille au panier de fleurs » de Picasso. Ce tableau n’avait pas quitté le domicile new-yorkais des Rockefeller depuis cinquante ans. Il était estimé à cent millions de dollars

« C’est un Picasso de 1905, soit le début de la période rose. Ce qui est vraiment important dans ce tableau, c’est que le premier propriétaire était Gertrude Stein. Sans elle, il n’y aurait pas de Picasso, pas de carrière, alors Gertrude et Leo Stein qui possèdent cette oeuvre en 1905 sont incroyablement importants pour l’artiste » explique Jonathan Rendell, directeur international du groupe Christie’s.

 

 

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