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Edgar Degas, autoportrait (ou Degas au porte-fusain), 1855

Né en 1834 dans une famille de la grande bourgeoisie parisienne, formé dans un milieu curieux d’art et de littérature, Hilaire Germain Edgar de Gas, dit Edgar Degas s’oriente dès la fin de ses études secondaires vers une carrière de peintre. Il travaille d’abord auprès de Félix Barrias, puis, en 1853-1855, de Louis Lamothe, élève d’Hippolyte Flandrin, ami et collectionneur d’Ingres. Celui-ci aura ainsi sur Degas, directement ou indirectement, une grande influence. « Faites des lignes, beaucoup de lignes, d’après nature ou de mémoire, et vous deviendrez un bon artiste », aurait confié Ingres à Degas lors de leur unique rencontre.

Il séjourne en Italie de 1856 à 1859. Au retour de ce voyage, au cours duquel il a notamment rencontré Gustave Moreau, il s’installe à Paris, dans le quartier où il habitera toujours, en bas de Montmartre, vers les boulevards, là où se rencontrent artistes et hommes de lettres, là où s’ancre la vie nocturne des restaurants, des cafés-concerts et des cabarets où il puisera une part de son inspiration.

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Edgar Degas, L’absinthe, 1875-1876

À partir de 1873 et jusqu’en 1886, Degas s’engage sans réserve dans l’aventure des expositions impressionnistes, où il voit l’occasion d’imposer sa peinture, moins « impressionniste » d’ailleurs que « naturaliste » ou « réaliste » (ce sont les deux termes qu’il employait de préférence).
L’envoi de Degas à l’exposition de 1876, plus audacieux peut-être dans le réalisme et la facture des œuvres qu’en 1874, est remarqué par la critique, sinon unanimement apprécié. Sa position, presque en marge du mouvement impressionniste, commence à apparaître. Elle est davantage soulignée à l’exposition suivante, en 1877, où Degas, pour la première fois, et dans une salle séparée, présente des monotypes (procédé d’estampe ne permettant d’obtenir que quelques épreuves, l’encre ayant été directement posée sur l’élément d’impression qui n’a été ni creusé ni travaillé) en même temps que des tableaux (dont L’Absinthe, musée d’Orsay, Paris).

La petite danseuse de 14 ans
Edgar Degas, La petite danseuse de 14 ans, 1879-1881

Degas multiplie les effets de cadrages, parfois directement repris des estampes japonaises, ou les effets de matière, mêlant l’huile au pastel, dont il fait alors une utilisation de plus en plus large. Il continue ses recherches en sculpture, comme l’illustre l’emploi de la cire pour la Petite Danseuse de quatorze ansEnfin, et ce n’est pas le moins important, il se tourne délibérément vers l’estampe, qu’il avait pratiquée auparavant mais dont il s’était ensuite quelque peu détourné. Deux directions priment ici : l’exploration des possibilités esthétiques offertes par telle ou telle technique, essentiellement la gravure en creux et la pratique du monotype.

Degas expose très irrégulièrement après 1886. Les années 1890 et le début des années 1900 ont toutefois été fort productives, moins dans la recherche de nouveaux thèmes que dans celle de nouvelles formes, y compris dans des techniques antérieurement expérimentées. Degas, qui aime reprendre des compositions antérieures (Jockey blessé, vers 1896-1898, Kunstmuseum, Bâle) continue à peindre ou à dessiner scènes de courses, danseuses, blanchisseuses, repasseuses, modistes et femmes au bain. La seule véritable nouveauté réside dans les paysages exécutés en 1890-1892, qui, quoique fondés sur l’observation de sites reconnus par Degas lors de voyages ou de séjours de vacances, ont été faits en atelier, de souvenir : « Vous ne reproduisez que ce qui vous a frappé, c’est-à-dire le nécessaire », aurait dit Degas à leur sujet ».

Source : Barthélémy Jobert

Degas et le nu

Célèbre pour ses danseuses, ses chevaux de course, ses portraits voire ses scènes de la vie moderne, c’est probablement dans le nu exploré tout au long de sa carrière, que Degas a le mieux trouvé à exercer son tempérament novateur et ses recherches techniques, en quête de solutions expressives inédites.

Il y a manifestement, dans la représentation du nu chez Edgar Degas, une approche critique de l’humain et de la société. Cette manière de dénoncer en dessinant atteint une sorte de paroxysme dans la série de monotypes (impression sur papier d’une peinture réalisée sur plaque de métal) représentant des scènes de maisons closes réalisés dans les années 1870. À une époque où les photographies pornographiques se multiplient sous le manteau, cette thématique le voit rompre avec la tradition classique. Dans ces images, Degas fait le choix d’une forme de naturalisme explicite, qui ne vise pas à la description mais traduit plutôt, non sans ironie, les stéréotypes que revêt la prostitution dans l’imaginaire collectif du temps. Ces œuvres, tenues probablement secrètes du vivant de Degas, sont d’une puissance d’évocation inversement proportionnelle à la petitesse de leurs formats. Elles montrent en quoi le sujet guide chez l’artiste la recherche des cadrages, l’adaptation de la technique et du style.

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Edgar Degas, Femme s’habillant, 1885

À partir des années 1880, c’est le pastel, utilisé pur, qui s’impose, notamment lors de la dernière exposition impressionniste de 1886, où Degas présente une « suite de nus de femmes se baignant, se lavant, se séchant, s’essuyant, se peignant ou se faisant peigner », dont, en particulier, Femme s’habillant (1885, National Gallery of Art de Washington) et Le Tub (1886, musée d’Orsay). Joris-Karl Huysmans admire alors « la suprême beauté des chairs bleuies ou rosées par l’eau » et Octave Mirbeau la manière dont il sait « dégager […] d’une forme la pure essence ».

Source : Robert Fohr

 

 

Edgar Degas, Falaise (ou Côte) escarpée, 1880-1892

A première vue, ce tableau intitulé Côte escarpée présente un paysage tout à fait ordinaire, bien qu’inhabituel dans l’œuvre d’Edgar Degas. Mais regardez bien cette côte et les monts qui la forment… (retour au puzzle)

Si l’on observe attentivement les lignes sinueuses de ce paysage, on peut discerner les courbes d’un corps féminin !

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Détail

Il nous est présenté allongé, la tête à la droite du tableau. La longue chevelure du modèle, qui se remarque par sa couleur rouge, semble plonger dans la mer.
Puis vient sa poitrine, transformée en deux petits monts coniques.
En continuité apparaissent le ventre et enfin, les cuisses relevées du modèle, métamorphosées en deux imposantes montagnes.

 

L’artiste nous livre finalement un paysage fantasmatique, qui place le spectateur entre rêve et réalité.

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Edgar Degas, Falaise (ou côte) escarpée, 1880-1892

On peut alors tout imaginer ! Regardez à nouveau ce paysage… Degas semble y avoir glissé une autre femme le long de la côte.

Source : Artips

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