Le five o’clock de Louisette

Le mercredi, c’est Louisette qui reçoit. Elle s’y prépare dès la veille. Chaque semaine.

Dans la crédence, elle choisit les utilités. La tasse et sa sous-tasse, la cuillère, le sucrier et sa pince, le pot à crème. Froide la crème, évidemment. Les rondelles de citron. L’assiette qui accueillera les petits gâteaux que Jeanne a préparés.

Ah ! Les pâtisseries de Jeanne ! Une pure succulence ! C’est qu’elle sait décider quelle alliance sera la plus harmonieuse entre farine, œufs, sucre, beurre, quelles épices seront aux palais les plus délicates et subtiles ; quel entregent mettre en œuvre pour que les accordailles soient aussi généreuses qu’exquises.

Louisette fait aussi l’inventaire des délicates dentelles empesées qu’elle disposera ça et là dans son salon, l’une sur l’accoudoir du fauteuil Louis XV, l’autre en têtière du canapé, une autre encore sur le guéridon, et là, sur le piano. Antoinette connaît comme personne l’art de napperonner.

Ah ! Les dessus d’Antoinette ! Quelles fragrances lorsqu’elle le passe au fer, juste chauffé sur le coin de la cuisinière. C’est qu’elle sait les humecter de ce qu’il faut d’eau de lavande, ni trop, ni pas assez pour ce ne soit ni insipide ni entêtant.

Louisette s’apprête pour accueillir ses amies. Chaque semaine. Dans le dressing, elle élit la toilette qui la mettra en valeur aux côtés des brassées florales que Firmin aura disposées, de-ci et de-là  dans le boudoir.

Ah ! Les bouquets de Firmin ! C’est qu’il sait entretenir les plates-bandes, amender, bouturer, désherber, arroser, marier les couleurs… Et quand il les coupe et les assemble pour décorer la maison, c’est une apothéose.

Louisette est prête. C’est mercredi. C’est elle qui reçoit. Comme chaque semaine. Alors elle s’installe dans la bergère, arrange sa robe pour ne pas la froisser, remet son collier en place.

Five o’clock.

La semaine prochaine, elle dira à Jeanne de mettre moins de cannelle dans les biscuits, à Antoinette de parfumer les dentelles à l’eau de jasmin, à Firmin de couper les lilas.

Le thé refroidit. Chaque semaine.

Le mercredi, c’est Louisette qui reçoit.

© Écri’Turbulente

Sans titre 5FACEBOOK

28 commentaires

  1. Bon, d’accord, ton texte, là, ce qu’il raconte donne à rêver toute une vie, sans avoir l’air d’y toucher, comme ça, juste avec deux napperons et un rêve de thé entre amies et sans rien expliquer, justifier, sans rien de lourd ou de pathétiquement souligné, bref, du grand art, tout simplement.
    Mais quand même, tu n’aurais pas envie d’en raconter plus, de nous en donner plus à lire ?

    Aimé par 2 personnes

    1. J’ai dans l’idée de poursuivre « l’aventure »… pas celle de Louisette, parce que je crois que tout est dit. Mais celle des breuvages dont nous nous délectons, selon nos affinités. Mais… chut ! c’est un secret. Et puis, il faut aussi que l’inspiration demeure.

      Aimé par 2 personnes

          1. MADELEINE. – (tout bas). Mais l’Écrevisse, tu ne comprends pas que je suis folle amoureuse de lui ! Il ne m’accorde aucun regard, aucune attention. Je sais pas quoi faire… Mais ça reste entre nous, hein ?! Surtout, tu ne lui dis rien !

            Aimé par 1 personne

Un truc à me dire ? N'hésitez pas, j'adore vous lire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s