Elle est frigorifiée, la jolie pâquerette.
L’amoureuse éperdue l’a trop déshabillée
et ses pétales blancs elle a éparpillés.
Son amant l’a quittée depuis quelque lurette.

Et c’est à la fleurette qu’elle a dit sa détresse,
pour épancher les larmes qui ne pouvaient tarir.
En perdant son bonheur elle a voulu mourir,
songeant que plus jamais ne recevrait tendresse.

« N’as-tu jamais pensé que fleur parmi les fleurs,
des amoureux transis je ne suis que victime ?
Ils me prennent pour autre et c’est illégitime.
Marguerite ils me croient ; de là vient mon malheur.

Je suis toute petite, je n’ai pas l’ambition
de vêtir les ardeurs, un peu ou pas du tout,
ou même passionnément, ne serait-ce que beaucoup.
Je suis toute petite, c’est là ma condition.

Hier elles étaient deux, se jurant pour la vie
l’immarcescible amour qu’elles sauraient construire.
Promettant que jamais ne pourraient se meurtrir,
promettant pour toujours l’une à l’autre asservie.

Elles m’ont déshabillée, pour s’en donner la preuve,
riant à gorge pleine, transportées d’allégresse,
ne comptant que sur elles et leurs douces caresses,
leur belle anatomie pour défier les épreuves.

Elles ont passé la nuit, à côté de mon cœur
dépouillé d’artifice, à l’éclat flavescent.
Elles avaient perdu le feu adolescent
quand le jour s’est levé. Disparue leur ardeur !

Elles eurent peur soudain, elles eurent froid aussi.
Souhaitant recouvrir leur plastique dénudée
de mes blêmes pétales ont voulu se farder
que nuit avait fripés, que nuit avait occis.

Marguerite se gaussait de les voir déroutées :
– Que pensiez-vous trouver, auprès d’une fleurette ?
Pourquoi n’avez-vous pas, pour vous conter bluette,
Cherché raffinement, en corolle dorlotées ?

Mais te voici venue avec ton amoureux.
Je sais qu’il t’en souvient ; la pédante de même.
Tout à votre bonheur, en avez fait l’emblème
de votre joie du jour. Comme vous étiez heureux !

Avait perdu sa robe, dans vos épanchements.
Oublié sa faconde, effanée l’arrogance.
Elle était sans effets, et manquait d’élégance
cachant sa nudité, toute en pleurnichements. 

Que crois-tu, ma jolie ? Qu’il suffit d’être nu
pour conduire destinée ? Ce qui scelle l’amour
c’est la beauté des âmes, pas les belles de jour
qui ne sont qu’illusion quand elles jouent l’ingénue.

Nous savons, nous les fleurs, que vie est éphémère.
Quelques éclats de lune, le rêve semble accompli.
Mais soleil trop fougueux ravage les panoplies.
Les ans sont effeuilleurs, la ferveur est chimère.

Dévoilez votre cœur autant que votre corps.
Pensez à nos pétales, que vous trouvez charmants,
pourtant si périssables, pourtant si chancelants.
Aimez, aimez toujours, malgré les désaccords. »

© Écri’Turbulente, 10 mai 2018

Écrit pour l'Agenda Ironique de mai, 
conduit de main de maître 
par Valentyne/La Jument Verte, 
pour le thème "Nu.e.s"

Sans titre 5FACEBOOK