Au commencement

Au commencement était l’étoile à trois pointes
Un seul sourire de lumière barrait le visage vide
Un seul rameau d’os barrait l’air qui prenait racine,
Puis la substance, moelle du premier soleil,
A bifurqué et, roues de feu sur l’espace courbe,
Le ciel et l’enfer se sont mêlés dans les rondes.

Au commencement était la pâle signature,
À trois syllabes, étoilée comme le sourire
Puis sont apparues les empreintes sur l’eau
Et le tampon du visage frappé sur la lune,
Le sang qui a touché l’arbre de la croix et le graal
A touché le premier nuage et laissé un signe.

Au commencement était le feu qui montait
Embrasant les intempéries d’une étincelle
À l’œil triple, à l’œil rouge, émoussée comme une fleur.
La vie a jailli du roulement des mers,
Fait irruption dans les racines, pompé de la terre et du roc
Les huiles secrètes qui animent l’herbe.

Au commencement était le mot, le mot
Qui des bases solides de la lumière
A dérobé toutes les lettres du vide.
Et, des bases nuageuses du souffle,
Le mot s’est répandu, traduisant pour le cœur 
Les premiers caractères de la naissance et de l’amour.

Au commencement était la cervelle secrète,
La cervelle aux loges bien soudées dans l’esprit
Avant que la poix bifurque vers un soleil,
Avant que les veines soient secouées dans le tamis
Le sang a fusé et dispersé à tous les vents de la lumière
L’original côtelé de l’amour.

Dylan Thomas, Ce monde est mon partage et celui du démon,
© Points/Seuil, 2008
Traduction Patrick Reumaux

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