Dites-moi, Albertine, qu’avez-vous fait de l’aiguille d’or, qui vous avait servi pour broder le cabas(*) de nos noces ? Ah ça, vous pouviez faire la fière, le jour de nos épousailles ! Après vous être calfeutrée pendant les sept jours de rigueur, on peut dire que vous avez fait une entrée remarquée dans notre famille ! C’est que, dans notre monde, nous avons le souci de l’étiquette, le respect des convenances. Une certitude, vous n’avez commis aucune faute à cette occasion.

Mais…

Que faisiez-vous, Albertine, dissimulée dans la verdure du parc, en mai dernier ? Savouriez-vous seulement le parfum du basilic ? Ne rougissez pas ! La pâleur de votre visage, apparue récemment, vous sied si bien !

J’ai dernièrement reçu un pneumatique de notre médecin de famille, qui me laisse chagrin. Il se dit inquiet de la langueur subite qui s’est emparée de vous, de vos nausées matinales, de cet étonnant petit embonpoint qui rend vos toilettes incommodes à porter. Il préconise un délogement à la montagne dont il dit que l’air serait pour vous un excellent tonifiant.

Las ! Mon Albertine ! Je ne pourrai vous accompagner, occupé à la gérance de notre domaine. J’ai demandé à mon cousin Louis de vous cortéger… Il occupera ainsi son oisiveté.

Mais quelle est cette brusque agitation qui s’empare de vous ? Cette aiguille aurait-elle disparu ? Ne craignez rien, très chère ! Louis, notre empressé parent, vient de me la remettre, prétextant l’avoir trouvée dans les charmilles, un jour de mai, alors qu’il se promenait dans le parc, quelques mois avant notre union.

Soyez sans crainte ! Je ne vous fais aucun reproche pour cette légère négligence ! Reprenez votre calme ! Votre nervosité pourrait empêcher votre voyage. Et votre accompagnateur en serait fort marri !

(*) Jadis, dans certaines régions, la future épousée, brodait le « coffin » (ou cabas) qui servirait à accueillir le premier bébé du couple. Elle utilisait pour cela une aiguille en or, transmise de mère en fille, qui attestait de sa virginité au jour de son hyménée.

© martine – avril 2018

Ce texte a été écrit pour l’atelier d’écriture « Treize à la douzaine », animé par Annick. Un clic sur le logo pour vous y rendre..

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