Vincent Van Gogh

Occupée à chercher une belle illustration de bleu pour rester dans le thème actuel, je tombe sur une reproduction de cette oeuvre de Vincent Van Gogh. Pas vraiment difficile de reconnaître la patte de l’artiste ! Mais beaucoup plus difficile de connaître le titre de l’oeuvre et la date de sa naissance. N’écoutant que mon courage, je lance ma souris en quête d’indices, bafouille à l’oreille de G**gle des mots comme « femme », mère », enfant », « bébé », « cheminée »…

Peu perspicace, mon ami G**gle m’entraîne dans des méandres invraisemblables et me laisse bredouille une bonne partie de l’après-midi. (Il y en a qui doivent penser que je n’ai vraiment pas grand chose à faire !)

 

J'allais abandonner quand, au détour d'un clic, surgit cette reproduction.
Virginie Demont Breton, L’homme est en mer, 1889

Diantre, me dis-je, ces deux œuvres se ressemblent étrangement ! Je soupçonne immédiatement l’outrageux plagiat, l’offensant pastiche de ladite Virginie Demont-Breton. Qui est-elle, me dis-je indignée, cette peintre du dimanche pour oser copier le maître ? Sauf qu’en 1889, le maître était interné à l’asile Saint Paul de Mausole à Saint-Rémy-de-Provence et que c’est là qu’il exécuta une reproduction de ce tableau d’après une gravure. Le contrefacteur n’était pas celui que je croyais. Je vous demande excuse, Madame. D’autant, Madame, que vous avez été une féministe convaincue et combattante et que, pour cela, je vous admire.

— oOo —

ob_e0d7b0_af0bfa09-af4a-458d-a939-523a5c3f548b-9
Virginie Demont-Breton (1859 – 1935)
Virginie Demont-Breton est née le 26 juillet 1859 à Courrières en Artois. Son père, le peintre Jules Breton (1827-1906) avait épousé en 1858 Élodie de Vigne, fille du maître gantois Félix de Vigne (1806-1862). Sa vie d’enfant et d’adolescente à Courrières est simple et rustique, mais ouverte de façon permanente à l’art et à la littérature. Ses dons artistiques précoces se développent dans une tradition mi-académique, mi-naturaliste, sous la direction de son père qui l’incite à privilégier des études d’après nature, afin de développer observation et imagination.
Mariée en 1880 avec le jeune peintre paysagiste douaisien Adrien Demont (1851-1928), elle s’épanouit dans l’exercice de son art, comme dans sa vie d’épouse et de mère. Sa carrière artistique est précoce. Elle expose à Paris dès 1879 et obtient une médaille d’or à l’Exposition Universelle d’Amsterdam de 1883. Hors-concours dès le Salon de 1883 avec La Plage (acheté par l’État pour le Luxembourg, en dépôt au musée d’Arras), ce brillant début de carrière se confirme rapidement en France et aux États-Unis, autour des thèmes de la famille et de ses figures privilégiées : la femme et l’enfant. La découverte de la baie de Wissant, puis l’installation définitive au Typhonium, leur demeure construite à « l’égyptienne » au-dessus du village avec l’aide de l’architecte belge Edmond de Vigne, amène la jeune femme à se consacrer à la représentation de la vie quotidienne des pêcheurs : Les Loups de mer (1885, musée de Gand), Hommes de mer (1898, musée de Picardie à Amiens). Elle observe les futurs mousses aux prises avec la mer (La Trempée, 1892 – A l’Eau, 1897, musée de Gand). Bouleversée par les drames que la mer suscite, elle peint l’attente angoissée de l’épouse dont L’Homme est en mer (1889), copié par Van Gogh, et le deuil inéluctable pour Les Tourmentés (1905, Palais des Beaux-Arts de Lille). 
A partir des années 1890, au culte du héros (Jean Bart, 1894, acquis par le musée de Dunkerque, détruit pendant la Seconde guerre mondiale), s’ajoute une certaine veine mystique assez caractéristique d’une peinture mi-naturaliste, mi-symboliste de la fin du siècle. Enfin, la présence permanente de la mer, en toutes circonstances et dans la grande diversité de sa palette, habite sa peinture. De jeunes peintres, séduits également par le site et ses habitants, ne tarderont pas à rejoindre Virginie Demont-Breton et son époux, et développeront leur propre talent sous leur égide très ouverte : c’est le groupe de Wissant ou École de Wissant (Félix Planquette, Fernand Stievenard, Valentine Pépe, le couple Henri et Marie Duhem).
Un désir profond de voir les femmes se réaliser à part entière dans leur carrière artistique a incité Virginie à rejoindre L’Union des Femmes peintres et sculpteurs (1883). Sous sa présidence (1895-1901), et conjointement avec Madame Léon Bertaux, elle obtient de Jules Ferry l’entrée officielle des femmes à l’École des Beaux-Arts et le droit de concourir elles-aussi pour le Prix de Rome. L’artiste reçoit la Légion d’Honneur en 1894.
Malgré une vie demeurée quotidienne à Wissant, c’est à Paris qu’elle meurt le 10 janvier 1935.

Source

 

ACCUEILlogo-facebook-1