Pablo Neruda, La poésie

La poésie

Et ce fut à cet âge… La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d’où elle surgit, de l’hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n’étaient pas des voix, ce n’étaient pas
des mots, ni le silence :
d’une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.
Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j’écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l’ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l’univers.
Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l’instar, à l’image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l’abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent. 

Pablo Neruda, Mémorial de l’île Noire,
1964, La lune dans le labyrinthe

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6 commentaires

  1. Quel plaisir de tomber, au hasard de mes promenades virtuelles, sur une page de Neruda. J’ai publié sur mon propre blog il y a quelques jours son « Ode à l’air » (https://asimon.eu/blog/reflexions/ode-a-lair/).
    Au cas où quelqu’un voudrait lire le texte original, où l’on retrouve ce rythme caractéristique de la poésie de Neruda, le voici:
    LA POESÍA
    Y FUE a esa edad… Llegó la poesía
    a buscarme. No sé, no sé de dónde
    salió, de invierno o río.
    No sé cómo ni cuándo,
    no, no eran voces, no eran
    palabras, ni silencio,
    pero desde una calle me llamaba,
    desde las ramas de la noche,
    de pronto entre los otros,
    entre fuegos violentos
    o regresando solo,
    allí estaba sin rostro
    y me tocaba.
    Yo no sabía qué decir, mi boca
    no sabía
    nombrar,
    mis ojos eran ciegos,
    y algo golpeaba en mi alma,
    fiebre o alas perdidas,
    y me fui haciendo solo,
    descifrando
    aquella quemadura,
    y escribí la primera línea vaga,
    vaga, sin cuerpo, pura
    tontería,
    pura sabiduría
    del que no sabe nada,
    y vi de pronto
    el cielo
    desgranado
    y abierto,
    planetas,
    plantaciones palpitantes,
    la sombra perforada,
    acribillada
    por flechas, fuego y flores,
    la noche arrolladora, el universo.
    Y yo, mínimo ser,
    ebrio del gran vacío
    constelado,
    a semejanza, a imagen
    del misterio,
    me sentí parte pura
    del abismo,
    rodé con las estrellas,
    mi corazón se desató en el viento.
    ou l’écouter ici: https://youtu.be/ZlHlC65stb8

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  2. Une des actions que je voulais faire avant de mourir était de chanter le Canto General de Pablo Neruda, musique de Mikis Theodorakis, révolutionnaire, enthousiasmant, sacré en somme. C’est fait, il y a de nombreuses années au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. J’avais fait l’affiche (ma seule heure de gloire dans ma minuscule carrière d' »artiste ») et 2500 personnes assistaient à ce concert avec 150 choristes et de nombreux musiciens. Merveilleux !

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