Il y a des jours, comme ça. Et puis des semaines. Et puis des mois.

Pas des années. Cette histoire, vraie pour du faux, n’aurait pas supporté le poids des ans.

Ce sont trois mômes. Des comme il faut. Des propres sur eux. Des mouche ton nez et dis bonjour à la dame.

C’est un quartier. Le quartier. Pas que du beau monde, mais aussi des comme il faut.

C’est Marie. C’est Emmanuel. C’est Sasha. Dans ce quartier ils sont nés. Ils ont grandi.

Marie habite rue des Palettes. Sasha crèche rue de la Porte Bleue. Emmanuel dort dans le souterrain des parkings communs aux deux rues. Quand il peut. Quand le père de Marie ne rentre pas le soir. Quand la mère de Sasha reste dormir chez son amie.

Il y a des jours, comme ça. Des nuits, plutôt. Quand Marie a peur. Le père est au bureau. Un texto pour lui dire de manger seule. Puis de se coucher. De ne pas l’attendre. Qu’il rentrerait tard. Mais qu’il rentrerait.

Il y a des jours, comme ça. Des nuits, plutôt. Quand Sasha se terre sous la couette. Un texto pour lui dire qu’elle ne rentrera pas ce soir. Que son amie a besoin d’elle. Pour lui souhaiter les plus beaux rêves qui soient.

Il y a des jours, comme ça. Des nuits, plutôt. Quand Emmanuel a froid. Il n’a pas reçu de texto. L’humidité s’est emparée de son matelas de carton. Les deux places de parking sont vides. Il a l’embarras du choix. Sur son carnet, il dessine une chambre, une vraie. Comme celle de Sasha, comme celle de Marie. Avec une couette sur le lit. Avec un smartphone sur la table de nuit. Puis il allume un feu. Parce qu’il a froid.

Il y a des jours, comme ça. Des nuits, plutôt. Ce sont trois mômes. C’est Marie, de la rue des Palettes. C’est Emmanuel, le voisin du dessous. C’est Sasha, de la rue de la Porte Bleue. Dans ce quartier ils sont nés. Ils ont grandi.

Dans ce quartier ils sont morts. Pas comme il faut.

© Martine Crasez ~ 10/01/2018
pour « L’atelier sous les Feuilles » et son défi « À vos claviers #3« 

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