C’est surtout de la peur que j’ai voulu parler dans cette lettre, il dit. J’ai essayé d’analyser ça, cette peur que Husak et son gouvernement ont imposée à la société tout entière, mois après mois, année après année. Et avec une drôle d’efficacité, tu ne crois pas ? Vois comme les gens ont appris à vivre avec la présence de la police. À tout moment, en tout lieu, elle peut s’immiscer dans leur vie, et les gens le savent. C’est devenu normal. On vit avec cette idée, quand ce n’est pas une réalité. Et on accepte ça avec une indifférence et une apathie insupportables. Sans parler de ceux que la peur finit par submerger tout à fait et qui ont tôt fait de trahir ou dénoncer leurs proches ou leurs collègues de travail. Tomas, le coude sur la table, menton posé dans la paume de sa main, regard dans le vide. Évidemment, continue Václav, se libérer d’une telle mécanique n’est pas une mince affaire, tu imagines bien. Mais peut-être que de petites choses sont tout de même possibles. C’est en tout cas ce que je crois. Je pense à la culture, par exemple. Si on pouvait réussir à sauvegarder un espace d’expression un peu libre. Tu vois Tomas, j’ai la conviction que la culture peut être un levier. Comme un outil de savoir et de plus grande conscience sur le monde. Mais tu parles que, ça aussi, Husak l’a bien compris. Regarde comme la culture est devenue moribonde, contrôlée, souvent interdite. Ça aussi, je l’ai écrit dans ma lettre et j’ai exprimé le souhait que les choses changent. 

Antoine Choplin, Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar
© La Fosse aux ours, février 2017

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