Sérieux, je me demande, ce qui m’est passé par la tête en proposant un tel sujet ! Ah si, je sais un peu :

Dans les coulisses,
chez l’écrevisse
un Dodo souffleur
faisait le beau parleur.
Et l’écrevisse
naturellement complice
de gaieté de coeur
accepta la gageure.

Touchée par la grâce l’anadiplose
de fantaisie le cerveau explose
du crustacé aux dix pattes
qui s’amuse à faire de l’épate.

Riez, riez, bel oiseau !
Vous êtes un zigoteau.
Rira bien qui rira le dernier
Les plus mal chaussés sont les cordonniers.

Voici mon texte, inspiré de ce thème, 
un peu barré, je l'avoue. 
Comme mes élucubrations !

Alors Émile repousse son assiette vide.
Vide du rien qui emplit son quotidien miséreux.
Miséreux comme Lazare et Pauline.
Pauline, vous savez, la fille de Lisa, la petite-fille de l’Antoine ?
L’Antoine, çui qu’est mort dans l’incendie de sa pipe, complètement imbibé par l’alcool.
L’alcool, cet assommoir qui a détruit Lantier, Coupeau et Gervaise.
Gervaise qui aimait tant se promener sous les arbres…

Arbre-arbre de vie-vie de crotte-crotte de chien-chien de chasse-chasse à courre-cour de ferme-ferme d’alors.

Alors Émile repousse son assiette vide, se lève et sort dans la cour de la ferme d’alors. D’alors… du temps où les arbres avaient des feuilles vertes. Verte comme la fée qui riffaudait les gosiers, démâtait les cerveaux, tournillait les estomacs. Estomac dans les talons. Les talons de Nana claquetant sur les trottoirs du faubourg Saint Denis, dans le ventre de Paris. Paris, le rêve de tous ceux qui croyaient y ouvrir une page d’amour et y respirer la joie de vivre. Vivre honnêtement comme le docteur Pascal, le frère d’Eugène –  son excellence Eugène Rougon, s’il vous plaît –  qui n’avait cure de la fortune des Rougon.

Des Rougon ? C’est qui ? se demande Émile, planté dans sa cour comme Mac’arbre.

Arbre-arbre de généalogie-généalogie des Bougons Macabres-macabres personnages-personnages hypothétiques d’une œuvre-l’œuvre qu’Émile veut écrire-écrire pour gagner l’argent-l’argent qui lui éviterait la débâcle-la débâcle et la curée.

La curée ? On dit pas « un » curé, se gratte la tête Émile. Émile se souvient que chez l’autre Émile (avec un Z comme dans Zorro), y’a un curé. Un curé qu’on disait abbé. Un abbé qui avait commis « la » faute. La faute de l’Abbé Mouret, il a appelé ça le Z’Émile d’alors. Alors l’Émile (sans Z) lève la tête aussi vide que son assiette et contemple l’arbre. L’arbre au pied duquel, sur la terre, jonchent mille-deux-cents feuilles. Feuilles mortes, qui, même décorant artistiquement les chapeaux, n’auraient pas fait le bonheur des dames. Des dames de la haute, oui oui de la haute, qui, dans le secret des alcôves, jouaient à la bête à deux dos, qu’elles appelaient la bête humaine en riant. Riant de la fatuité des messieurs gras-portants des pots-bouilles fricotés par leurs mégères et qui, à défaut de pouvoir gravir joyeusement le mont de Vénus, partaient piteusement à la conquête de Plassans.

Plassans, le fondement de l’arbre aux mille-deux-cents feuilles qui se sont dispersées dans une histoire. Une histoire [pas très] naturelle [ni vraiment] sociale d’une famille aux mille-deux-cents visages sous le second Empire du vingt-et-unième siècle, narrée par Martine Bougonne, vieille servante du docteur Pascal Macabre.

PS 1 — Mille-deux-cents est le nombre de tous les personnages qui peuplent les vingt étages de la maison de Z’Émile. Vous pourrez les rencontrer tous ici.

PS 2 — Martine vit au vingtième et dernier étage de la demeure, chez le Docteur Pascal (en faux pour du vrai et réciproquement). Elle fut sa servante pendant plus de trente ans. Et c’est du vrai, ça !

PS 3 — Par commodité pour l’homme des lettres, chaque étage de la maison de Z’émile porte un nom. (Par exemple, je viens de dire que Le Docteur Pascal demeurait au vingtième étage). Mais le brave facteur est bien ennuyé parce qu’il ne trouve pas le nom de l’un de ces étages. Pourriez-vous l’aider ? Le gagnant sera le 1er à répondre dans un délai de sept jours à compter de l’envoi de cette lettre, et deviendra l’heureux propriétaire de l’appartement de l’étage en question.


Voilà ce que m’a inspiré ce thème de l’Agenda Ironique de novembre (A.I. #11.17 pour les intimes). C’est pas de la grande littérature :  Z’Émile doit frémir de tant d’énormité. Et pis, s’il est pas content, il a qu’à l’écrire, lui, l’histoire naturelle et sociale d’une famille au vingt-et-unième siècle ! Il pourra même ajouter des étages au gratte-ciel.

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