LA CUEILLETTE DES POIS 1887
La cueillette des pois, Camille Pissaro, 1887

Cette toile faisait partie de la précieuse collection de Simon Bauer, un chef d’entreprise français dont la vie a des allures de roman d’aventure. De groom dans un grand magasin, il devient chef d’entreprise réputé, revend son affaire et se consacre à l’art et la culture. Tout cela à 40 ans. Dès les années 1900, il parcourt le monde à la recherche de la perle rare et se constitue une précieuse collection de chefs-d’œuvre. Et dans les 93 toiles qu’il a amassées se trouve la fameuse Cueillette des Pois de Pissarro. Jusque-là tout va bien pour Simon Bauer. Mais dans les années 1940, il subira avec la majorité de la communauté juive, l’atrocité de la Shoah. Il est amené à Drancy en 1944 et évite de justesse la déportation et l’extermination grâce à… une grève de cheminots ! A son retour, une autre épreuve l’attendait. En 1943, toute sa collection avait été spoliée. Ses 93 pièces ont été confisquées et vendues par un marchand désigné par le commissariat aux questions juives, appliquant la politique de discrimination du régime de Vichy. Plus aucune trace de notre Pissarro ! Simon Bauer meurt avant d’avoir pu retrouver toutes ses toiles, La Cueillette incluse. C’est à ses descendants que cette tâche a donc été dévolue.

Pourtant, depuis février 2017, la toile, prêtée par un couple d’américains, est tranquillement installée sur les murs du Musée Marmottan Monet comme si de rien n’était. Cinq mois après l’ouverture de l’exposition, Jean-Jacques Bauer, petit-fils de Simon, reconnaît la toile et se précipite devant la justice pour en demander la mise en séquestre le temps de prouver que celle-ci leur appartient bien. Évidemment les Toll, propriétaires actuels de celle-ci, ont refusé, invoquant leur bonne foi et leur ignorance quant à la triste histoire de cette peinture.

Peinte en 1887, cette gouache est parfaitement représentative de l’art de Pissarro. Y figurent des paysans au travail, thème cher au peintre, entourés d’un paysage foisonnant témoignant de la vision idéalisée que Pissarro avait de la vie à la campagne. L’anonymat des visages nous permet de nous projeter dans la toile et de percevoir pleinement les impressions et les sensations qui se dégagent de ce lieu. C’est d’ailleurs le mot d’ordre de l’impressionnisme, auquel l’œuvre reste fidèle : le paysage est baigné d’une lumière du soir éclairant les personnages de manière très poétique, la palette de couleur est d’une richesse incroyable et les traits sont brouillés pour que les perceptions priment sur le sujet. Face à cette véritable utopie qu’a créée l’artiste, il est bien ironique de penser à l’épopée qu’a réellement vécue le tableau !

La 7 novembre 2017, la justice française a tranché la douloureuse question de la propriété du tableau entre, d’un côté, les descendants d’un collectionneur juif spolié sous l’Occupation et, de l’autre, le couple d’Américains qui détenait jusqu’à aujourd’hui la toile. La Cueillette des pois est l’un des 93 tableaux de maître de la collection de Simon Bauer : la gouache a finalement été retirée à ses derniers acheteurs, au profit de ses anciens propriétaires.

(Source)

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Camille Pissaro, Autoportrait

Camille Pissaro était peintre, dessinateur et graveur. Né à Saint-Thomas, île danoise des Antilles, et mort à Paris. En 1842, à douze ans, Camille part étudier en France à Passy, à la pension Savary dont le directeur l’encourage à cultiver ses dons pour le dessin. A dix-sept ans, il est rentré chez ses parents et rencontre le peintre danois Fritz Melbye, qui lui enseigne son art et l’emmène à Caracas. En octobre 1855, année de l’Exposition universelle, il arrive à Paris pour y étudier. À Paris, il rencontre Corot, avec qui il étudie, découvre Delacroix, Courbet, Ingres, Daubigny. Entre 1859 et 1861, il fréquente diverses académies, dont celle du père Suisse, où il rencontre Claude Monet, Ludovic Piette, Armand Guillaumin et Paul Cézanne. Il expose aux Salons de 1859, 1864, 1865, 1866, 1868, 1869. Il est aussi présent au Salon des refusées de 1863 et à l’exposition chez Nadar en 1874, qui révèle les « Impressionnistes ». Il se lie avec Manet, Monet, Whistler, …Il réside alors à Montmartre, à Montmorency, à La-Varenne-Saint-Hilaire, à Pontoise, à Louveciennes. En 1870, il fuit la guerre et il s’installe à Londres où il est mis en relation avec Durand-Ruel. Il y réalisa différents paysages urbains. De retour en France, il s’installe à Pontoise. En 1882, il quitte Pontoise pour Osny puis pour Eragny-Bazincourt, près de Gisors. Il reste vivre à Eragny pendant les saisons douces et l’hiver il est à Paris. Entre 1883 et 1890 il s’intéresse au pointillisme.

Réponse à l’énigme à retrouver sur cette page

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