Cet incipit a déclenché quelques fous-rires en commentaires et – curieusement (pas si sûr) – évoqué quelques célèbres personnages : non seulement Patrick Modiano que l’on retrouvera en personne dans ce texte collectif, mais aussi Rosa Luxembourg, Alexandre Jardin, Raymond Queneau. Au final, je n’en suis pas étonnée, et je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de sourire devant mon écran.

Vous constaterez qu’une phrase est barrée. En la lisant, dans les propositions, j’ai cru avoir affaire à un revenant (Pascal de Duve est décédé), puisque cette phrase est exactement celle qui suit l’incipit. Mais je me suis dit qu’il fallait jouer le jeu (même si son auteur ne l’a pas vraiment joué) et je l’ai inséré dans la création collective, à un autre endroit.

À demain, pour un nouvel incipit ?

PS – je me/vous pose une question : ne serait-il pas plus intéressant que je ne cite pas la source de l’extrait ?

Merci de répondre à ce petit sondage :

– Pascal de Duve, Izo –
– Le début du roman –
C’est par un bel après-midi d’été qu’il amerrit, tout doucement, sur l’océan placide de ma paisible existence. Le jardin du Luxembourg s’étirait d’aise sous les rayons d’un soleil généreux. Disposé là depuis toujours ou peut-être, qui sait, délicatement tombé du ciel comme une grosse goutte tiède d’avant l’orage, il avait, tout de noir vêtu, bien droit sur sa chaise, la majesté d’un obélisque assis.

Épouvantail à l’envers, il attirait les moineaux qui se déposaient sur son chapeau melon, son manteau trop long, ses grosses chaussures aux bouts arrondis. Invariablement souriant, peut-être en permanence un peu émerveillé, il fixait le spectacle que lui offrait, droit devant lui, le bassin central, autour duquel des enfants couraient, affairés à modifier, à l’aide de longs bâtons, la course de leurs fiers voiliers régulièrement menacés de naufrage (un petit vent soufflait). Les cris de joie de ces chérubins en culottes courtes et le crissement du gravier gris sous leurs bottines brunes semblaient véritablement le ravir. Finalement, il émit un toussotement d’aise, ce qui provoqua l’envol des oiseaux les plus peureux. Lorsque, conformément à ma destinée, je m’assis à côté de lui, même les moineaux les plus hardis le quittèrent. Il ne bougea, ni ne me remarqua. Je me surpris à l’examiner avec un sourire tout aussi attendri que celui qu’il continuait d’adresser, ignoré, aux enfants qui jouaient. Sous son manteau noir maintenu soigneusement fermé par trois grands boutons ronds, il portait une chemise blanche au col franchement démodé qu’agrémentait par un heureux hasard une cravate de couleur bordeaux tout à fait convenable. Son visage était d’une banalité hors du commun. Extraordinairement réguliers, ses traits ne permettaient pas d’évaluer son âge. Au-dessus de ses lèvres légèrement tendues par le sourire un peu sphingal, ses yeux gris demeuraient sereinement écarquillés. Si ce n’était écrit déjà, maintenant ce le sera : je décidai de rester là.

– Izo –
– Les incipitographes associés –

— Valentyne/La jument verte
—  Jean-Marc
— Carnets Paresseux
— Sylvie/Thé, lectures et macarons
— Julien/Le Fictiologue
— Laurence
— Pat/Mind The Gap
— Jacou/Les mots autographes
— Kathel/Lettres express

C’est par un bel après-midi d’été qu’il amerrit, tout doucement, sur l’océan placide de ma paisible existence. Le jardin du Luxembourg s’étirait d’aise sous les rayons d’un soleil généreux. Disposé là depuis toujours ou peut-être, qui sait, délicatement tombé du ciel comme une grosse goutte tiède d’avant l’orage, il avait, tout de noir vêtu, bien droit sur sa chaise, la majesté d’un obélisque assis.

bench-895074_1920Après m’avoir regardé un instant, il m’adressa une sorte de signe pour me désigner une place sur le banc. Il ne semblait pas décidé à expliquer la raison de sa présence, ni pourquoi il s’attendait à ce que je m’installe à ses côtés. Par contre, il fit encore un geste large qui englobait les hauts platanes de l’allée, les pelouses sèches et le bassin scintillant sous le soleil.  Les chrysanthèmes n’avaient pas encore les couleurs éclatantes de l’automne et les boutons prometteurs se dressaient bien fièrement. Poètes, peintres, reines et faunes, de leurs augustes postures marbrées, nous guettaient. Épouvantail à l’envers, il attirait les moineaux qui se posaient sur son chapeau melon…

Bien entendu, je savais qu’un jour je le verrai, à cet endroit précis ou plus proche de la statue.
Je n’avais pas imaginé qu’il serait habillé en noir…peut-être portait-il le deuil de sa mémoire, présentant désormais des interstices de vide que même ses mots ne pourraient plus combler. Je n’avais pas imaginé que rien que l’apercevoir me procurerait tant d’émoi. Vraiment, Patrick Modiano n’est pas juste un écrivain… Était-ce heureux présage ? Je n’avais jamais apprécié la couleur noire. N’est-elle pas définie comme étant absence de couleur ?

Même les pigeons ne savaient pas comment se comporter avec lui, le fixant de leurs yeux ronds, évitant, par prudence, d’aller picorer trop près de ses chaussures sombres. Un rayon de soleil, posé sur ses épaules, choisit, embarrassé, de l’éclairer un peu mais pas trop, préférant conserver une certain réserve vis-à-vis de ce personnage en porte-à-faux avec son environnement et son époque. Il était maigre et crasseux. Dans ses yeux on voyait que l’enfance n’était pas loin encore. Il semblait un poème alors qu’il n’était que tragédie. Je m’approchais, n’osant lui parler, ma main se posa près de son visage et là je vis la trace des vagues qui l’avaient tant secoué.

ae7f5e492b79a6ee00ddff2c4dc1d16c-halloween-raven-vintage-halloweenSon costume était d’un noir de jais. Un de mes amis, beaucoup plus littéraire que moi, dans un style désinhibé, aurait pu vous en faire une description plus évocatrice, avec moultes chatoyances moirées. Je m’en tiendrai à une description plus factuelle : il était un corbeau de la plus belle espèce. Je l’approchais craignant de l’effrayer. A cinq mètres je m’aperçus qu’il tenait en son bec, non un fromage, mais un livre.
deliciousinsignificantairedale-max-1mbA trois mètres, je pu en lire le titre : « Le Bal du Dodo ». Holà, il faudra que j’arrête le pot de beaujolais à midi. Juste une fillette, peut-être ? Fillette, fillette ? Ce que tu te goures… Alors, un quart, mais à fond, un carafon ! Haha ! Quand même, prendre le jardin du Luxembourg pour un ténébreux obélisque tombé de la dernière pluie !? Non, pas d’erreur, vlan, j’suis bien cuit.

– Pascal de Duve – Izo –
– L’argumentaire –

41wy3m44ezl-_sx210_Izo est un être étrange. Grand et mince, manteau noir et chapeau melon, il arrive tout droit d’un tableau de Magritte. Sans passé, donc sans mémoire, sans langage mais d’une intelligence supérieure, sans a priori et donc ouvert à toute expérience, Izo devient polyglotte, philosophe, écologiste… Il s’essaie à toutes les religions, toutes les idéologies, il découvre le monde, le Paris contemporain dont, pour notre pus grand bonheur, Izo l’entomologiste observe les machines et les manies, les couleurs et les travers les folies et les snobismes, Avec ce conte moderne, joliment burlesque et tendre, traversée des apparences, Pascal de Duve nous renvoie comme en miroir une image cocasse, souvent absurde, de notre existence.

– Pascal de Duve –
– Sa biographie –

lxd09005942Pascal de Duve est né le 5 février 1964 à Anvers. Il a vécu à Paris depuis septembre 1987 où il a enseigné la philosophie. Sinologue d’origine, il parlait couramment plusieurs langues parmi lesquelles le chinois, l’arabe, le russe, le tchèque, le serbo-croate, etc. C’est en 1990 qu’il a publié Izo, son premier roman, dont la critique a salué l’immense talent. Pascal de Duve est décédé en avril 1993, moins d’un an après avoir écrit Cargo Vie, son deuxième livre.

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