Ooops ! Un peu farfelue notre compil’ ! Et du coup bien rigolote !
Je l’adore : elle montre bien la disparité des incipitographes de cette semaine. Je nomme ici :

– Carnets Paresseux
– Julien Hirt/Le Fictiologue
– Laurence
– Lydia/Mes Promenades Culturelles.
– Cléa Cassia/M.É.A.N.D.R.E.S.
– Mind The Gap
– Syl/Thé, lectures et macarons,
– Élodie
– Jean-Marc
– et la retardataire Anne de Louvain-la-Neuve !

J’ai passé pas mal de temps pour tricoter, détricoter, retricoter ce texte pour qu’il ait l’air de quelque chose. Me suis bien amusée ! Mais il est quand même un peu bancal, non ?

— L’Arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio ~  Jean-Marie Gourio —
— Le  « vrai » début du roman —
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Collodi, La statue géante de Pinocchio

Maman chérie,

 

Comme prévu, je prends l’avion ce matin pour Florence. Je ne peux plus laisser papa travailler jour et nuit à l’atelier sans essayer de faire quelque chose. Notre entreprise va trop mal. Nos jouets ne se vendent plus. Si nous devions la perdre, je pense que papa en mourrait. Ses jouets sont sa vie. La concurrence sur le marché est féroce. Je dois absolument trouver une solution à nos problèmes avant que ne se produise la catastrophe. Le courage de papa n’y pourra rien. Nos magnifiques Pinocchio n’attirent plus les enfants. Les jeux électroniques nous auront fait beaucoup de mal. Il ne sert à rien de se lamenter. Le monde avance et nous laisse sur le bord de la route.

 

De Florence, j’irai à Pescia où j’ai un ami (le fils de Minozzo, avec qui papa avait fait son armée). De là, je me rendrai à Collodi, pour la grande fête annuelle de Pinocchio. Tout le village de Collodi, maman, se met aux couleurs de Pinocchio. C’est un rêve éveillé pour moi, et une extraordinaire aubaine pour nous. J’ai rendez-vous avec Valdinievole, le charpentier. Il me montrera la forêt où pousse l’arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio, à quelques kilomètres de là. Il se peut qu’il existe une forêt entière de ce bois qui parle et qui donne des pantins vivants ! Imagine, ma chère petite maman, si nous pouvions fabriquer nos Pinocchio dans ce bois magique, plutôt que dans notre beau bois du Jura qui n’a d’autre qualité que son fil ?

 

Dis à papa que je l’aime et qu’il se repose. Je reviendrai de Collodi avec le bois dont on a fait le premier Pinocchio et nous verrons ce que nous verrons !

Ton fils qui t’aime

— L’Arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio — 
— Les incipitographes réunis —

« Maman chérie,
Comme prévu, je prends l’avion ce matin pour Florence. Je ne peux plus laisser papa travailler jour et nuit à l’atelier sans essayer de faire quelque chose. Notre entreprise va trop mal. Nos jouets ne se vendent plus. Si nous devions la perdre, je pense que papa en mourrait. « 

Il est déjà sec comme un sarment de vigne et j’ai cru voir une larme couler sur la joue d’un Pinocchio abandonné au fond de la boutique. Sa vie se délabre, je pars à la recherche d’un bois miraculeux qui fera briller les yeux des enfants. Pour qu’il vive et que tous les pantins tristes bougent dans les mains de ces jeunes ingrats qui ne vivent que pour les bips de la technologie. J’espère [quand même] trouver à Florence une solution à nos soucis. Comme tu le sais, Papa a entendu parler d’une forêt qui borde la ville et dont certains arbres auraient des propriétés très particulières. Lui emploie le mot « magique », personnellement je ne peux m’y résoudre, mais vu son entêtement, tant que je n’irai pas voir de quoi il s’agit, Papa continuera de me bassiner tous les jours avec cette obsession. Je ne vais pas te mentir Maman, je ne suis pas un petit pantin, je doute beaucoup que les italiens aient la solution à nos problèmes. Mais on n’est pas à l’abri d’un coup de bol, il me faut tenter l’impossible, pourquoi ne pas chercher la solution là-bas ?

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Sais-tu, Maman chérie, qu’ils sont très bizarres dans cet avion. Des madames en chapeau poussent des petits chariots et on peut manger ce qu’on veut : des chocolats emballés, des gommes de toutes les couleurs, de la glace à la fraise et même du gâteau à je ne sais pas quoi mais qui était très bon. Elles m’ont aussi donné à boire un truc qui pétille tellement que toute ma tête en était éclaboussée : tu pourras m’acheter ça quand je reviendrai ? Je fais des provisions de friandises dans ma tête. C’est la fête ici. Peut-être que je pourrai devenir hôtesse de l’air quand je serai grand[e] ?

Je donnerai l’avion à Florence comme promis, peut-être qu’elle arrivera à en tirer un bon prix. Elle qui se vante de tout faire mieux que tout le monde, il serait temps qu’elle le prouve. Si ça marche, nous lancerons une petite série d’avion-jouet avec un élastique qui fait tourner l’hélice. Ce serait une nouveauté qui pouvait faire décoller les ventes. J’ai [aussi] dessiné le prototype d’une poupée qui pourrait révolutionner le monde du jouet et nous remettre sur le marché.
J’espère pouvoir [le] convaincre Papa. Tu [le] connais, il est têtu parfois. Tu sais, quand [papa] il m’a obligée à rentrer dans son entreprise, la colère s’est emparée de moi. Moi, ma passion c’était la danse. Aucun avenir, m’a-t-il dit. Oui… je l’ai détesté… [Alors], en tant que fille unique donc héritière, cela m’ennuierait de récupérer une entreprise en situation de quasi faillite, d’autant que c’est moi qui vais devoir payer votre maison de retraite. Je vais donc proposer à papa de délocaliser une partie de la fabrication au Bengladesh et d’embaucher quelques sans papiers, payés uniquement à la pièce. Qu’en penses-tu maman chérie ?

Sais-tu à quel point cela m’apaise de t’écrire? Oui, même toutes ces terribles nouvelles. J’ignore ce qui m’arriverait si je ne pouvais plus avoir l’impression de t’avoir là, tout près, juste au bout de ma plume.

[Ton enfant qui t’aime]cabriolet-307035_1280

 

PS – En faisant fi des apparences, Anna-Maria n’est pas si laide. J’ai rendez-vous avec son père dès mon arrivée et nous parlerons mariage et affaires avant d’aller à Milan avec son jet privé…

— L’Arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio ~  Jean-Marie Gourio —
— L’argumentaire —

41wkqrpvgilGiacomo, fils de menuisier, n’a connu depuis l’enfance que l’univers des jouets fabriqués par son père. Pour sauver l’entreprise familiale, il décide de se rendre dans le petit village de Collodi, en Toscane, où se trouverait l’arbre magique dont on fit Pinocchio. Une fois sur place, tout l’enchante : l’Italie, sa langue, son vin, ses femmes… Mais doit-il se fier au mystérieux inconnu qui lui promet de lui révéler son secret ? Et ce trésor qu’il convoite tant, existe-t-il vraiment ?
Dans ce conte plein de fantaisie et de tendresse, Jean-Marie Gourio revisite avec bonheur Les Aventures de Pinocchio, classique de la littérature italienne. Construit comme un roman épistolaire, ce récit à l’univers délicieusement poétique nous réconcilie avec le rêve, le merveilleux et le monde de l’enfance.

— Jean-Marie Gourio —
— Sa biographie —
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Jean-Marie Gourio

Né à Nérac en 1956, Jean-Marie Gourio est un auteur et un scénariste français.

En 1976, il fait son entrée dans le magazine Hara-kiri (dont il devient rédacteur en chef adjoint en 1978), puis dans plusieurs autres publications des éditions du Square (Charlie Hebdo, BD Hebdo…). Rédacteur en chef du magazine Zéro.

Il collabore avec de nombreuses personnalités du monde audiovisuel : Jean-Yves Lafesse, Luis Rego (Tribunal des Flagrants Délires), les Nuls (Histoire de la télévision ABCD Nuls, 1990, l’Emission, en direct du Pavillon Gabriel). Il participe également à l’écriture de plusieurs émissions de télévision (Merci Bernard; Palace; les Guignols de l’info, de 1989 à 1993) et de films (Inspecteur la Bavure, Sita-Java, L’eau des fleurs .)

Il est également l’auteur de plusieurs romans, écrits dans un ton moins humoristique que ses autres ouvrages, et qui reçoivent un bon accueil de la critique.

Il obtient le Grand Prix de l’Humour Noir en 1994 et en 1998, pour ses Brèves de comptoir. Prix Populiste en 1998 pour son roman Chut ! Prix Alexandre Vialatte. Prix Bacchus. Le Grand prix de l’Académie Française du jeune théâtre 2000 pour les Brèves de comptoir, théâtre.

L’Arbre qui donna le bois dont on fit Pinocchio ~  Jean-Marie Gourio
© Julliard (7 avril 2016)

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