(épisode un)(épisode deux)

— Hourvari au cagibi —

— Trois : Limpinpin —

 

À la demande générale de Frog (l’animatrice de l’Agenda Ironique de ce mois de septembre), voici la biographie du Père Limpinpin.

Pierre Limpinpin est né le 42 févembre 10.25 (av. Jean-Charles@comestible.com ) à Gomme-La-Piquante ; il n’a jamais fait part de son décès.

image_683Son père fabriquait des bougies (1) ; sordide pisse-vinaigre, il contraignait Dame Limpinpin, son épouse, à faire des économies de bouts de chandelle qu’elle devait moucher pendant qu’il battait le fusil.(2)

Pierre, lui, considérant que la vie n’en valait pas les chandelles, préférait les brûler par les deux bouts et même s’il en vit mille, il ne le regretta jamais. Très jeune, il quitta le domicile familial et partit courir les foires. Il y croisa le sieur Coude, qui vendait de l’huile à la criée. Le Père Coude et le Père Limpinpin firent alliance :  « Achetez l’huile de Coude », clamait Limpinpin sur les marchés. image_684Puis, ils décidèrent de mettre leurs compétences en commun, et proposèrent des lampes pour éclairer les demeures.

 

 

Cette concurrence – déloyale, selon lui – provoqua l’ire du père de Pierre qui demanda à l’évêque d’excommunier son rejeton à chandelles éteintes. (2).

Les deux acolytes prirent la fuite, avant que d’être aspergés de l’encens purificatoire. Chemin faisant, ils firent la connaissance d’autres charlatans, des « empiriques », comme on les appelait. Leurs paniers étaient gorgés de toutes sortes de produits prétendument destinés à guérir tous les maux de la terre et des terriens : la cannelle, pour soulager les douleurs des os ; le safran, pour apaiser les gênes mensuelles des femmes ; le gingembre, pour combattre les flatulences ; le piment de Cayenne pour activer le sang ; la cardamome, pour stimuler les ébats… (3). Ils s’y intéressèrent et prirent place dans la confrérie des espiciers.

Mais leur commerce n’était pas sans chatouiller les apothicaires qui revendiquaient leurs droits haut et fort : « Tuit cirier, tuit pevrier, et tuit apotecaire, se il metent avant au samedi es hales ou u marchié, chascun doit obole de coutume » (4) Et ces deux-là taquinaient bougrement leurs bourses ! Ayant fait quelque progrès dans « leur art », comme ils appelaient leur métier, ils réclamaient hautement leur séparation d’avec les épiciers, qui n’avaient ni leurs goûts ni leur science. « Car, qui est espicier n’est pas apothicaire, et qui est apothicaire est espicier » assuraient-ils (5).

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Une boutique d’épicier vers 1780. D’après Adrien de Vriei.

À courir les foirails foireux, les deux pères attrapèrent le mal. Père Coude était le plus affecté, mais ne voulait pas se résoudre à demander conseil aux apothicaires, qui les avaient relégués au misérable mestier des saulces, vendant « saulces, comme canneline, saulce vert, saulce rapée, saulce chaude, saulce à composte, moustarde et aultres saulces »…

02_375x4212Père Limpinpin lui faisait avaler de la mélasse où trempaient des clous de girofle et une poudre mystérieuse (6). Comme, en ces temps d’avant,  la mélasse durcissait, il était obligé de rouler cette gomme entre ses mains et d’en faire de petites boules que Coude, à l’agonie, suçotait. Les apothicaires, goguenards, observaient la médication administrée, espérant secrètement le dernier soupir de l’épicier.

Contre toutes de leurs attentes, le malade guérit !

— Quelle poudre ajoutez-vous à votre mixture ? demandèrent-ils à Limpinpin. Parce que miel (ou mélasse) + girofle, ça nous savons… Mais la poudre ?
Mystère et boule de gomme ! rétorqua l’épicier, hilare et soulagé d’avoir sauvé son compagnon.

Et c’est ainsi qu’est née la poudre de perlimpinpin.

(à suivre, ici)

Les petits chiffres en rouge conduisent aux sites qui m’ont servis de référence,
des sources que j’ai un peu malmenées toutefois,
pour les besoins de ma biographie fictionnelle.
(PS – tout ce qui apparaît en rouge est un « lien vers »)

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