Souvenez-vous, c’était ce matin… Mon amie Jacou m’écrit en commentaire de la compil : – De quoi de quoi ? Mais où est passée ma proposition ?
– De quoi de quoi ?

Misère… trois des commentaires, le sien, celui de Lydia et celui de Carnets Paresseux, s’étaient faufilés dans les oubliettes de mon tableau de bord !
Au final, j’ai tricoté 10 propositions, suite à l’incipit. (Pourvu que, cette fois, je n’ai oublié personne !)

Mai 2008
Aujourd’hui, m’asseyant devant cette page, je me souviens d’une chaude nuit de février 1988 où j’ai dû affronter une autre page blanche.

Paulo Coelho, L’alchimiste

Février 1988 – Pâle dans la nuit noire, elle me faisait face. Je ne faisais pas le fier. Parti en hâte, je n’avais qu’un crayon mal taillé, qui soudain ne me paraissait pas du tout suffisant devant elle, qui grognait et trépignait, prête à charger à travers nuit.

Rio de Janeiro – ma page blanche s’appelait Marcia, splendide métisse café au lait (plus café que lait) qui m’avait fait tourner la tête et les pages….jusqu’au blanc absolu …

Je crus devenir fou. Des mites, ou ce que je pris pour des mites s’élevaient de mon cahier d’écriture. Mes yeux papillonnaient, ne sachant où se poser. Mes mains dessinaient, démentes, des chasse-mouches, sorte de filets ; triomphal, je capturais enfin un de ces coléoptères, avant de m’apercevoir que je m’étais moi-même fait prendre, englué dans une toile ; une araigne me grignotait le cerveau, suçant avec délice chaque morceau, avant de l’engloutir. Je retournais la feuille, incrédule. Elle était entièrement blanche, au verso comme au recto. Tout ce que j’avais écrit semblait s’être évaporé, avoir disparu dans un courant d’air, s’être dissous pendant la nuit…

Mai 2008 – Je m’étais assis, pas peu fier, devant mon nouvel achat, une machine à écrire antique, que je venais d’acquérir pour quasi rien chez l’antiquaire de la rue Flavino, une véritable LC Smith and Corona qui m’avait complètement tourné la tête à tel point que, ce soir-là, fixant désespérément cette page immaculée que j’y avais insérée, j’y vis s’y projeter les jambes de fer du mécanisme, qui me renvoyaient à celles, flexibles et rythmées, des danseuses d’un cabaret que j’avais fréquenté de longues années à Madrid et les touches rondes du X, du Z, du U m’entrainaient dans des rêves caloriques. Elle se trouvait devant moi, immaculée. Les premières pages s’étaient élancées seules, à coup de mots retentissants, pétaradantes, sur le monde sauvage qui m’entourait et m’engluait dans une chaleur suffocante et moite.

Le feu brûlait dans la cheminée, la danse des flammes offrait une atmosphère digne des tableaux de Rembrandt et la lumière était belle. Seule la page blanche faisait de l’ombre à l’ambiance de cette nuit-là. Une ombre grandissante, obscure et farouche. Captivante. Ce n’était pas la température qui me gênait mais bien mon éditeur qui me réclamait mon manuscrit à corps et à cris. Vingt ans plus tard, je me retrouve dans la même situation. Sont-ils conscients, ces marchands d’écriture, qu’on ne remue pas sa plume à la demande ?

Il suffisait pourtant d’un mot d’un seul pour que tout arrive…

Valérie n’était plus là, elle la source de mon imaginaire ; l’étincelle qui faisait jaillir la flamme…Quelles fadaises ! Je ne connais pas de Valérie. Finalement, il fait trop chaud, je préfère une bière bien fraîche et je vais balader mon chien !

Page blanche jamais comblée, juste de ma rage et mes larmes bien inutiles. Ainsi va la vie….

Les signataires :

Outre Jacou, Lydia et Carnets paresseux, il y a LilousoleilKathel, Laurence, Laurence DélisAnne de Louvain-la-NeuveBrindille33Valentyne.

C’est ici que l’on peut lire le texte de Paulo Coelho, la 4ème de couv’ du roman et la biographie de l’auteur.

C’est ici que l’on peut découvrir la règle de ce jeu d’écriture collective.

C’est ici que l’on peut trouver le nouvel incipit sur lequel improviser. C’est un roman de Ludmila Oulitskaïa, Les pauvres parents.

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