Sangliers : l’alliance du Mal et de la Beauté
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Aurélien Delsaux

La rentrée littéraire est lancée ! La cuvée 2017 est étourdissante : presque 600 romans et recueils de nouvelles français et étrangers vont  paraître entre la mi-août et la fin octobre. Et, dans cette multitude, publié le 24 août par les Éditions Albin Michel, « Sangliers », le deuxième roman d’Aurélien Delsaux.

En exergue, une citation de Dante, « Vous n’avez pas été faits pour vivre comme des bêtes », donne le ton de cet opus. C’est son territoire de vie que l’auteur a choisi comme toile de fond : un entrelacs de Terres Froides et de Plaine de Bièvre, en Isère, riche de l’histoire des hommes qui l’habitent. « J’aime cette région, ses paysages me fascinent ; je trouve qu’elle a la profondeur d’un excellent cadre romanesque », explique l’auteur, tout en réfutant vigoureusement qu’il n’a pas écrit un roman du terroir. Et lorsqu’il en développe les thématiques « universelles et contemporaines », on ne peut que le croire : « Je suis un peu lassé de ces romans dits autofictionnels – même si certains sont de très bonne facture – mais il me semble important de parler aussi de ce dont on ne parle pas beaucoup en littérature c’est à dire des débats qui agitent notre monde ».

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Aurélien Delsaux, Sangliers, août 2017, ©Albin Michel

Politique son roman ? Sans nul doute. Et aussi roman d’amour, d’apprentissage, d’initiation, métaphysique. Un roman à plusieurs strates. D’aucuns pourraient même y voir un roman noir. « C’est vrai, reprend-il, qu’il a un côté fin du monde : une invasion de sangliers, une inondation, un épisode de sécheresse… ». Et l’on pourrait ajouter à cette énumération : une communauté humaine particulièrement composite. « Je n’ai pas écrit un roman à clé  dans lequel certains personnages représentent, de façon plus ou moins explicite, une personne réelle ; les protagonistes sont « inspirés de », ce sont des portraits de solitaires, des « singularis » selon l’étymologie du mot « sanglier », poursuit-il.

L’évidence, pour Aurélien Delsaux, c’est la recherche de la vérité. « S’il n’y a pas la Vérité – n’y a pas d’homme – tout est perdu », fait-il dire au Père Victor, le curé de son roman. Une vérité qui évoque, selon lui, la repolitisation de la société, dans son texte qu’il situe dans les années 2012/2017. Du récent, donc, très récent, marqué par les attentats (notamment celui de Charlie-Hebdo qui a bouleversé l’auteur), par les élections, par la conjoncture internationale considérablement pernicieuse. Il milite pour l’écriture du « roman national », celui qui donne la perception d’un pays qui change et qui permet de trouver des clés de compréhension de ce « jourd’hui » qui interpelle. Il affirme que toutes les histoires de son roman ne sont pas vraies, mais  qu’elles ont du sens. « La littérature, n’est-ce pas, c’est l’outil qu’on a inventé pour ne pas redevenir des bêtes », allègue Lesélieux, l’un de ses personnages.

Quatrième de couverture :

Les Feuges : hameau d’un village français entre le Rhône et les Alpes, où la vie en pavillon est moins chère qu’ailleurs, où seuls la chasse aux sangliers et le dernier bistrot fédèrent encore, où personne n’écoute plus les vieilles histoires des vieux. Où, entre la violence des hommes et la beauté qui les entoure, des enfants grandissent.
De ce coin de terre à la croisée des mondes paysan et péri-urbain, des déclassés des laissés-pour-compte et des néo-ruraux, Sangliers est l’épopée puissante, âpre et lyrique, sombre et violente, tragique et universelle.

Extrait :

Août diffusait l’odeur de l’étang, comme un poison, le grand soleil de cette fin d’après-midi léchant dans tous les alentours un vieux fond d’eau noire. Lionel reniflait ses doigts rougis, avala une gorgée de sang mêlé à sa morve. Lui revint le goût de la gifle, la joue lui cuisant toujours. Seul l’arbre était bon.

 

A chaque foulée il avait frappé du pied plus fort, cherchant à oublier pourquoi cette course, pourquoi sa fuite, se demandant où il allait, espérant quelqu’un – qui ? – pour une caresse, un mot de consolation. Tandis qu’il longeait la Feuillée en sa fin, où l’étang mourant se fait marais, le marteau de son pas sur le chemin de terre effrayant les moindres bestioles : petits plongeons, crépitements de la broussaille, silence des criquets – il vit l’arbre, au cœur de la clairière qui soudain borde le chemin, se jeta contre lui comme entre les bras d’un ami sûr – ami dont il ne savait le nom. Confusément, il fut pris par ce regret de ne pas savoir le nom des arbres, le nom de tant de choses belles, le nom de choses lourdes en lui. »

 

C’était un chêne solitaire, léché de lierre, mordu de gui, une grande force magnanime – pleine de sève, pleine de larves, pleine de nids. Il était déjà venu lui confier sans mot son désespoir. Au tronc épais qui le soutenait, il essuya ses doigts, avec le rêve vague, en sa pensée sauvage, qu’il nourrissait ainsi magiquement le vieil arbre – mieux que l’eau des nappes profondes. C’était le geste naïf d’un frère de l’arbre : d’un vrai petit enfant, d’un possible grand poète. 

Biographie et bibliographie :

Aurélien Delsaux est né en 1981.Il vit à Ornacieux, en Isère. Il est également comédien et metteur en scène au sein de la compagnie de L’Arbre. Il a publié en 2014 son premier roman Madame Diogène, bien accueilli par la critique et finaliste de nombreux prix dont le Prix du premier roman et le Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco.
Il gère également un blog : Le cahier blanc.

Aurélien Delsaux, Sangliers
© Albin Michel – 560 pages
Parution le 24 août
23,50 €

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