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L’Écureuil

Écureuil du printemps, écureuil de l’été, qui domine la terre avec vivacité, que penses-tu là-haut de notre humanité ?
— Les hommes sont des fous qui manquent de gaieté.

Écureuil, queue touffue, doré trésor des bois, ornement de la vie et fleur de la nature, juché sur ton pin vert, dis-nous ce que tu vois ?
— La terre qui poudroie sous des pas qui murmurent.

Écureuil voltigeant, frère du pic bavard, cousin du rossignol, ami de la corneille, dis-nous ce que tu vois par-delà nos brouillards?
— Des lances, des fusils menacer le soleil.

Écureuil, cul à l’air, cursif et curieux, ébouriffant ton col et gloussant un fin rire, dis-nous ce que tu vois sous la rougeur des cieux ?
— Des soldats, des drapeaux qui traversent l’empire.

Écureuil aux yeux vifs, pétillants, noirs et beaux, humant la sève d’or, la pomme entre tes pattes, que vois-tu sur la plaine autour de nos hameaux ?
— Monter le lac de sang des hommes qui se battent.

Écureuil de l’automne, écureuil de l’hiver, qui lance vers l’azur, avec tant de gaieté ces pommes… que vois-tu ?
— Demain tout comme Hier.
Les hommes sont des fous et pour l’éternité.

Paul Fort, Ballades françaises, Éd. Flammarion.

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