Serge Pey, Dehors est une maison

Dehors est une maison
et le vent s’éteint comme la lumière
Mon drapeau est une voix
échappée d’une statue qu’on démolit en cas d’urgence
Quand je hisse mon drapeau
à l’intérieur de la cave j’allume un ventilateur
pour le faire flotter
Les ombres parlent avec les ombres
Nous respirons leurs voix qui se fracassent
sur les ponts
Écoutez :
Les hommes sont des couloirs qui dévalent de la montagne
Écoutez :
Mon chien chante ce matin
Je vois sa voix qui partage ses os avec les miens
Partout on brûle des livres
La terre et les arbres aboient contre les avions
Les paroles ne parlent plus
Les mots se mouchent dans leurs doigts
À voir la voix !
On entend des dents et des gorges sciées
À la boucherie on vend des paroles comme des langues arrachées
Écoutez :
Ils ont tué nos mots et notre voix est ce qui reste
Nous avons des drapeaux transparents qui flottent
dans notre dos
Notre voix est une main aux doigts coupés
Écoutez :
Le poème vote Le poème rote
Il vomit des verbes sur des temps qui n’existent plus
Voixyez :
Un poème abandonné mentionne sur son mode d’emploi :
Usage dangereux / À lire en cas d’urgence
Ne laissez pas à la portée des enfants
Un clown déguisé en chien revendique un droit de voirie :
Hôpital Silence Rangez-vous sur le bas-côté
Préparez vos cartes d’embarquement
Occupation du domaine public
Fin provisoire d’autoroute

Serge Pey, Édition Printemps des poètes 2013

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25 réflexions sur “Serge Pey, Dehors est une maison

    1. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de rencontrer en vrai le poète. C’est un personnage, c’est le moins que je puisse dire.

      Sur son site (http://sergepey.fr/biographie/) on peut lire sur lui :
      Serge Pey est né en 1950 dans une famille ouvrière du quartier de la cité de l’Hers à Toulouse. Enfant de l’immigration et de la guerre civile espagnole, son adolescence libertaire fut traversée par la lutte antifranquiste et les mouvements révolutionnaires qui secouèrent la planète. Militant contre la guerre du Vietnam, il participa activement aux événements de mai et juin 1968.

      Et tu as raison, il est « rude », cet homme ! Mais tellement touchant !

      Aimé par 1 personne

      1. ça y est le petit cirque électoral a fini sa soirée
        nos voix se perdent sous le chapiteau vide
        que démontent les forains affairés
        qui comptent les sous et rangent le grand chamboule-tout
        et remballent les promesse de barbe-à-papas
        de pommes d’amour de fraternité
        de grand-huit et de tour gratuit

        chouette pour cette fois cette fois encore
        l’ogresse de la baraque des horreurs
        n’a pas attrapé le pompon
        C’est l’habile escamoteur qui a décroché la timbale
        pile au dernier tour du manège !
        alors on applaudira encore la grande parade
        et puis on restera muet
        sur le champ de foire déserté
        jusqu’au retour de la foire
        si on est encore là pour le voir.

        Aimé par 3 people

        1. Les petits cirques
          reviendront, le mois prochain.
          Ils s’installeront
          sur les places de nos villages
          et beugleront le programme
          du prochain spectacle.

          Miteux lamas
          au regard impavide
          Chameaux loqueteux
          à moins qu’ils ne soient dromadaires

          Et chacun d’exhiber
          sa diseuse de bonne aventure
          tireuse de cartes
          d’un jeu truqué
          hanté par une myriade de valets de pique
          momentanément travestis en dames de coeur

          Et quand nous leur aurons donné
          nos voix – si nous leur donnons –
          pour cinq ans
          nous serons aphones.

          Aimé par 2 people

              1. je suis vraiment navré pour Aspho ; toi qui échanges en mode privilège avec elle, embrasse la d’ma part.
                Pour nos petits poèmes en écho, d’accord pour le dialogue 🙂 je vais rebricoler un peu le mien. On publie jeudi ? à zéro+une ? à l’aube ?

                Aimé par 1 personne

                1. Alors, moi aussi, il faut que je bricole le mien… Allez ! on publie jeudi à 00h01. On leur donne un titre commun ? Je te laisse la main (je ne suis pas très bonne en titre, je trouve), mais tu me dis avant l’heure H du jour J ?
                  Je transmettrai à Aspho, tu peux compter sur moi. Bises.

                  Aimé par 1 personne

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