Louis Calaferte, Requiem des innocents

LOUIS CALAFERTE
Louis Calaferte, Requiem des innocents, 1952

Ce livre, j’avais peur de le refermer. Alors, pages à pages,  phrases à phrases, mots à mots, je retardais le moment où il me faudrait accepter qu’il soit terminé.

Peur de quitter ces enfants de la Zone qui deviennent hommes par la force de la misère, par la force de la mort, par la force de la crasse, par la force du désespoir. Par la force de la solidarité, par la force de l’amitié. Et celle de la violence des actes et de la crudité des sentiments.

J’ai lu, surprise, à propos de ce roman publié en 1952 :

Toute cette histoire sonne trop arrangée, la galerie de portraits de personnages, les péripéties du jeune Calaferte elles-mêmes, les liens entre les différents personnages, tout cela ressemble à une œuvre de cinéma, avec ses codes, ses clichés. Ici, on retrouve le lyrisme populo cher à un certain septième art, Calaferte ne parvient pas à s’en défaire, il nous sert ses vérités d’un ton parfois si sentencieux qu’il en paraît grotesque. (source)

C’est vrai que l’outrance – des faits, des gestes, des caractères, des situations – se rencontre à chaque détour de page. C’est vrai que cette bande de gosses pouilleux vit et respire l’ignorance crasse. C’est vrai que Calaferte a probablement romancé, noirci, sa jeunesse et son adolescence vécues dans la banlieue lyonnaise, à l’époque de l’avant-guerre. C’est vrai qu’il a désavoué, 25 ans plus tard, ce premier roman :

« Pour avoir entre treize et vingt ans beaucoup écrit, fait représenter à Paris deux pièces et avoir à vingt-deux ans publié mon premier livre, je me suis cru précoce. Je m’aperçois aujourd’hui que ce n’est qu’en vieillissant que j’entre en possession des moyens spécifiques à mon talent, que le développement de ma pensée et ma faculté de compréhension ne se sont épanouis un peu qu’avec le mûrissement habituel. »

C’est vrai que l’alcool remplace le sang dans les veines des adultes ; que les taloches matinales sont distribuées en guise de bonjour ; que les tabassées entre ces morveux sont saignantes et barbares ; que l’amour se pratique dans les wagons désaffectés ou sur le tas de charbon ; qu’on déflore les filles d’un coup de cul. C’est vrai tout ça !

C’est vrai aussi qu’entre ces mômes qui ne se font pas de cadeaux, qui se jaugent et se jugent plutôt aux poings qu’aux résultats scolaires, qui sont susceptibles de s’entre-tuer un jour plus spleen que les autres – comme ça, histoire d’occuper le temps – ; c’est vrai aussi que l’amitié, la reconnaissance, la fraternité (sans la charité, faut quand même pas pousser) sont les étendards sous lesquels ils se rangent sans même qu’il soit besoin de le dire.

On se bat beaucoup chez les pauvres. Il faut bien passer sur quelqu’un sa fureur, sa rage d’être au monde et d’y rester. Donner des coups n’engageait à rien. En recevoir engageait à les rendre et ainsi de suite.

Mais Calaferte dépeint la vie et la mort de ces gniards féroces et maupiteux avec tant de clairvoyance, de lucidité, que même leurs monstruosités en deviennent moins obscènes.

Et puis, quelle langue ! Quelle poésie !

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4 réflexions sur “Louis Calaferte, Requiem des innocents

  1. J’ai lu cet auteur il y a trèèès longtemps mais suis incapable de me rappeler quoi… Ce que tu en dis et surtout le fait que tu n’avais pas envie de le voir se finir me tente bien ! Je suis allée lire le billet de la « source » que tu cites au début et…euh…comment dire…je trouve le billet un peu trop « à charge » (donc pas crédible pour moi) ! 😉

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