Pernette du Guillet, A un sot rimeur, qui trop l’importunait d’aimer

Tu te plains que plus ne rimasse,
Bien qu’un temps fut que plus aimasse
À étendre vers rimassés,
Que d’avoir biens sans rime assez :
Mais je vois que qui trop rimoye
Sus ses vieux jours enfin larmoye.
Car qui s’amuse à rimacher
À la fin n’a rien à mâcher.
Et pource, donc, rime, rimache,
Rimone tant et rime hache,
Qu’avecques toute ta rimaille
N’aies, dont tu sois marri, maille :
Et tu verras qu’à ta rimasse
Comme moi feras la grimace,
Maudissant et blâmant la rime,
Et le rimasseur qui la rime,
Et le premier qui rimona
Pour le grand bien qu’en rime on a.
Et tu veux qu’à rimaillerie
Celui qui n’aura maille rie ?
Je te quitte, maître rimeur,
Et qui plus a en sa rime heur,
En rime lauds, en rime honneurs.

Pernette du GUILLET   (1520-1545)

À l’occasion de la journée mondiale de la poésie, je dédie ce poème à tous les rimeurs et rimailleurs d’hier et de maintenant, d’ici et d’ailleurs.

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20 réflexions sur “Pernette du Guillet, A un sot rimeur, qui trop l’importunait d’aimer

  1. Excellent ce poème qui honore comme il se doit cette journée de la Poésie (enfin, nous poétisons toute l’année, alors…) Je ne connaissais pas cette Pernette non plus, il faut dire qu’elle n’a eu le temps de faire carrière la pauvrette ! Il fallait bien une écrevisse turbulente, qui de ses pinces adroites, nous la présente ! 😆

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    1. Il m’a fallu bien chercher pour la dénicher cette jeune et éphémère poétesse ! J’ai lu que ces vers étaient dédié à un amoureux (alors qu’elle était mariée) auquel elle a résisté malgré la réciprocité de leurs sentiments. C’est son époux, qui, après la mort de Pernette, a fait publier ces vers, et d’autres encore ! On était courtois, à cette époque !

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    1. La poésie, c’est comme les femmes, elle n’a droit qu’à 24 h/an pour être célébrée ! Tu ne le trouves pas extraordinaire ce poème ?
      « Cette » Pernette du Guillet, est née à Lyon en 1518 ou 1520, morte le 7 juillet 1545, lors d’une épidémie de peste.

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      1. d’accord, « cette » Pernette ; faut dire que depuis Anne de Montmorency le bon connétable, je me perds dans les genres des prénoms.
        Oui, ce poème est assez extraordinaire. Las, que n’ai-je mieux estudié en mes jours d’école ? Sinon, l’es pas morte vieille, la pauvre Pernette… la peste ne rigolait pas 😦

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  2. Franchement, tous ceux qui s’amusent à parler franglais de nos jours devraient se pencher sur ce genre de poème, plein d’inventivité et de pirouettes .. il était beau le français en ce temps-là.

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