Sabine Sicaud, Poèmes d’enfant

La vieille femme de la lune
On a beaucoup parlé dans la chambre, ce soir.
Couché, bordé, la lune entrant par la fenêtre,
On évoque à travers un somnolent bien-être,
La vieille qui, là-haut, porte son fagot noir.

Qu’elle doit être lasse et qu’on voudrait connaître
Le crime pour lequel nous pouvons tous la voir
Au long des claires nuits cheminer sans espoir !

Pauvre vieille si vieille, est-ce un vol de bois mort
Qui courbe son vieux dos sur la planète ronde ?
Elle a très froid, qui sait, quand le vent souffle fort.
Va-t-elle donc marcher jusqu’à la fin du monde ?

Et pourquoi dans le ciel la traîner jusqu’au jour !
On dort… Nous fermerons les yeux à double tour…
Lune, laisse-la donc s’asseoir une seconde.

Sabine Sicaud (1913-1928), Poèmes d’enfant (1926)

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14 commentaires

  1. Une vocation précoce qui n’a pas eu le temps de prendre son plein envol mais quelle maturité dans ces vers, dans le fond et la forme. « Les poètes de quinze ans » dont parlait Rimbaud… Merci au Dodo pour le lien édifiant sur les mystères de la lune…et merci à toi pour cette belle découverte ! Bisous♥

    Aimé par 1 personne

      1. Non j’ai confondu avec « Les poètes de sept ans « ! 😦 Je te mets le texte de Rimbaud : toutes mes confuses, suis perturbée ! 😆

        « Les poètes de sept ans

        Et la Mère, fermant le livre du devoir,
        S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
        Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
        L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

        Tout le jour il suait d’obéissance ; très
        Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
        Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
        Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
        En passant il tirait la langue, les deux poings
        A l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
        Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe
        On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
        Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été
        Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
        A se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
        Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
        Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
        Derrière la maison, en hiver, s’illunait,
        Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne
        Et pour des visions écrasant son oeil darne,
        Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
        Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
        Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,
        Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
        Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
        Conversaient avec la douceur des idiots !
        Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,
        Sa mère s’effrayait ; les tendresses, profondes,
        De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.
        C’était bon. Elle avait le bleu regard, – qui ment !

        A sept ans, il faisait des romans, sur la vie
        Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
        Forêts, soleils, rives, savanes ! – Il s’aidait
        De journaux illustrés où, rouge, il regardait
        Des Espagnoles rire et des Italiennes.
        Quand venait, l’oeil brun, folle, en robes d’indiennes,
        – Huit ans – la fille des ouvriers d’à côté,
        La petite brutale, et qu’elle avait sauté,
        Dans un coin, sur son dos en secouant ses tresses,
        Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
        Car elle ne portait jamais de pantalons ;
        – Et, par elle meurtri des poings et des talons,
        Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

        Il craignait les blafards dimanches de décembre,
        Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,
        Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
        Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.
        Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,
        Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
        Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
        Font autour des édits rire et gronder les foules.
        – Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
        Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,
        Font leur remuement calme et prennent leur essor !

        Et comme il savourait surtout les sombres choses,
        Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
        Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,
        Il lisait son roman sans cesse médité,
        Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
        De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
        Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
        – Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
        En bas, – seul, et couché sur des pièces de toile
        Écrue, et pressentant violemment la voile ! »

        Arthur Rimbaud

        Aimé par 1 personne

      1. C’est une superbe mine d’or que tu nous as offert là !
        Tu m’as devancée dans la recherche et je t’en remercie 😀 parce que le site que tu as rencontré sur ton chemin est absolument splendide.

        Oui, ce n’était qu’une enfant 😦

        Aimé par 2 personnes

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