Je rends sa liberté à chacun de mes mots.
Après quelques vacances,
d’autres poètes
auront à cœur de prendre à leur service
les plus robustes
et les plus audacieux.
Logés, nourris, payés à la semaine,
ils feront un effort
pour se doter d’un autre sens
et d’un nouveau mystère.
Mes mots sont libres.
Je les salue car je les sais capables
d’affoler mille esprits, fussent-ils incrédules.
Je les ai bien dressés
et leur demande une seule faveur :
ne pas perdre leur temps
à regretter ce qu’ils furent chez moi,
des princes déguisés en domestiques.
Ferais-je mieux de mettre à mort
le moindre de mes mots ?

Alain Bosquet, La liberté des mots

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