GIBOULÉE D’HAÏKUS

J’ai deux challenges sur le feu, ce mois-ci. L’agenda ironique et le Cahier des poésies d’Asphodèle.

Le premier, je m’y suis déjà frottée, avec plaisir. Parce que le côté un peu délire de l’affaire convient bien à ma difficulté d’écrire : se mettre à distance, gouailler… bref, ne pas trop se mouiller, ni se prendre au sérieux. C’est pas un peu ça l’ironie, non ?

Le deuxième, je n’ai jamais franchi le pas d’oser penser que mes mots pouvaient être poèmes. À chaque rendez-vous, je me niche derrière celles et ceux qui savent utiliser cette forme si particulière de la littérature qui sait exprimer le bouleversement des sens en très peu de mots, qui sait que chaque mot, à qui sait l’entendre, peut être image onirique. Alors que je ne suis pas capable de formuler en quelques mots ce « minuscule moment de l’instant » qui m’a fait vibrer, je suis sensible à l’écriture de ceux qui savent le faire, même maladroitement. Asphodèle, toutes les deux semaines, ouvre le champ à cette éloquence.

Aujourd’hui, je tente le coup, je me lance, j’ose, je me risque à poser quelques mots. j’ai choisi pour ce faire « le court parmi les courts » : l’haïku. J’ai tenté malhabilement de respecter les codes, mais pas toujours. Je vous les livre.

Le thème, porté par Carnets Paresseux, c'est ESPÈCES D'ESPACE. 

Petit clin d’œil à Georges Perec ? Façon d’arrêter de se croire tout seul sur notre petite planète ? De faire un peu de place aux autres d’ici ? Ou encore de rêver à nos frères inconnus qui se promènent dans les galaxies lointaines ? Autre chose encore ? A vous de dire.

À moi,  donc, de dire. À ma façon.

I

Nuées dans l’espace
L’hippocampe  s’y cache
Friselis de l’eau
II
Sarabande en cieux
Querelles de nuages
Plumes du pinson
III
Cascades de pluies
Cavalcades de planètes
Le rire des lucioles
IV
Fleurs du mimosa
Ponctuation sur la neige
Les quinquets du chat
V
Tentacules des créatures
L’étang se trouble
Le vert d’une rainette
VI
Inspiration céleste
Un mot. N’importe lequel
Mangée, la consigne

© Martine – 12/01/2017

« J’apprécierai qu’on glisse sept des huit mots suivants : hippocampe, mimosa, n’importe, chat, manger, tentacule, épuiser, vert« , dit le grand ordonnateur de janvier. C’est fait.

Perso, je sais celui des six haïkus (si on peut les appeler ainsi) que je préfère. Et vous ?

Deux rendez-vous en un, alors 😉

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57 réflexions sur “GIBOULÉE D’HAÏKUS

  1. Tres réussi
    Je mets mon préféré « Fleurs du mimosa
    Ponctuation sur la neige
    Les quinquets du chat »

    Le plus évocateur pour moi et avec plein d’interprétations possibles
    Le chat a éparpillé du mimosa sur la neige ?

    Je file lire les autres commentaires pour voir les préférés des uns et des autres 🙂

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      1. Ah oui 🙂 ?
        Dans mon image mentale à la lecture il y avait : une grande étendue de neige, du pollen de mimosa, des traces de pattes de chat dans la neige …mais pas de chat (car il s’est mis à courir derrière la mésange qui était dans le mimosa :-))

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  2. Waouh, je suis très impressionnée par ceux et celles qui franchissent le pas pour écrire de la poésie… donc déjà bravo pour avoir relevé un défi de cette taille ! D’autre part, les haïkus me parlent beaucoup, sans doute pour leur puissance évocatrice traduite en si peu de mots et tu as su y mettre les mots pour donner un sens aux images qui se manifestent à la lecture. Alors double bravo Martine, et si le trois a ma préférence c’est qu’il me donne envie de peindre un tableau… lumineux, aérien. Tu m’ouvres un un espace à la création. Merci 🙂

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  3. Ah! Que j’aime les haïkus. Ce sont, pour moi, les bijoux de la poésie.
    J’ai découvert ce style, au cours d’un atelier d’écriture sur l’éphémère. nous étions par deux. Un(e) guidait l’autre qui avait les yeux bandés, la dirigeant dans un jardin, lui faisant toucher, sentir diverses choses (je me souviens d’un trou, plein de toiles d’araignée collantes…)puis, nous écrivions nos impressions sous forme de haïkus. Ce qui me plait surtout, dans les haïkus, c’est de pouvoir créer des images, avec peu de mots, et pas du tout de verbe, et cette impression de fragilité qui en découle.
    Difficile de faire un choix, pour les tiens. Peut-être une préférence pour le III et le V.

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  4. Tu as pris mille précautions pour nous prévenir que tu n’étais pas à l’aise, et pourtant on a l’impression que tu as fait ça toute ta vie.
    J’ai beaucoup aimé le 3 et le 4 pour leur splendide musicalité qui parle à mon coeur céleste.
    Je ne sais te dire que bravo.

    ¸¸.•*¨*• ☆

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      1. Bon je te mets le même message qu’aux autres (en fait je m’aperçois que l’agenda ironique est un truc de WP !
        mais je sais que toi en général tu parviens à poser des coms chez moi…
        Bon au cas où :

        Pour commenter chez moi, ne coche pas la case « word press » mais « NOM/URL et là tu entres ton pseudo et ton url.
        Bisous célestes
        ¸¸.•*¨*• ☆

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  5. Ben dis donc, faut avoir du temps pour écrire tout ça et comprendre les règles…
    Je plaisante, Martine, c’est sympa et ta prose courte me fait gagner du temps !
    Bon weekend et gros bisous

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  6. Bonsoir Martine. J’aime beaucoup les haïkus et les vôtres sont très beaux. Des poèmes très visuels, ceux que je préfère. Avec leur petite musique. Pour un premier essai, une belle réussite. Si je dois en choisir un, je dirai le 2, avec ces querelles de nuages.

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    1. Mille mercis.
      Je pense que je réitérerai cette expérience d’écriture, j’en ai tiré beaucoup de plaisir.
      Ce sont les quinquets mimosa du chat qui me touchent le plus.
      Belle journée 😀

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  7. J’aime bien entrer dans l’histoire de leur naissance, à ces haïkus. Les arrangements, les recherches pour en approcher le sens au plus près, pour approcher la sensation qui les a fait naître, pour en retransmettre l’essence, bref, tous ces petits instants de tourne plume dix sept fois dans l’errance avant d’en ressortir LE mot, l’ajustement, la finalisation qui nous rend heureux.
    Et bien tout ceci transparaît, et lorsque tu en parles, ça ajoute de la saveur à la beauté déjà présente.
    Ce sont de superbes transports à travers le haïku que tu nous offres en janvier.
    Quelle bonne idée.

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    1. J’ai l’impression, ma Jo, que tu dis mieux que moi tout ce qui m’émeut.
      Pas dans la lecture de ces vers, non.
      Mais dans leur écriture, dans ce vrai plaisir que j’ai ressenti à chercher le mot-clé et à le chouchouter.
      Une vraie découverte que l’écriture de ces haïkus, un grand bonheur.
      Merci d’être venue les lire et de les avoir appréciés.

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  8. J’admire d’autant plus que je sens incapable d’en faire moi-même.
    Cette giboulée de haïkus est très musicale, comme des flic-floc de pluie à la surface d’un étang.
    Bonne soirée,
    Mo

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    1. Eh bien, vois-tu, jusqu’au moment où je m’y suis mise, je m’en sentais absolument incapable aussi.
      Et je suis mise à fredonner 5/7/5, puis tatatatata/lalalalalalala/tatatatata… et les mots sont venus ! Et je comptais sur mes doigts, les mots qui me venaient à l’esprit…
      Mais ne suis-je pas en train de dévoiler mes secrets de fabrication, là ?
      😉
      J’en suis toute étonnée ! Et c’était jubilatoire 😀

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    1. Oui, même si ce n’est pas lui que je préfère, j’aime bien cet hippocampe qui se cache dans l’espace d’en haut… et l’eau, d’en bas, qui murmure son plaisir.
      Merci de l’avoir apprécié ❤

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  9. Tes haïkus sont majestueux! Effectivement, il va falloir t’y recoller!!! Impossible de nous faire passer de si belles choses sous le nez!!! Ils sont remarquables, fluides et légers.
    Mon préféré des la première lecture est le III. J’ai bien relu plusieurs fois pour être sûre de moi. J’entends derrière le rire des lucioles, le chant de l’eau et la course du temps.
    Bises Martine.

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    1. Oups, Émile, je suis rouge de confusion.
      Et je te remercie pour ces éloges.

      La première de nous deux qui rencontrera une luciole lui demandera de prendre soin de l’eau et du temps.

      Bises…

      Aimé par 1 personne

  10. Hé bien bravo dis donc, je savais que tu étais poète !!! Bon OK tu ne respectes pas beaucoup (moi je dirais « pas toujours » – NDC) la règle des 5-7-5 syllabes mais qu’est-ce qu’ils sont parlants et limpides tes haïkus ! Je les aime tous pour leur symbolique (le premier et le friselis de l’eau, on imagine ce nuage-hippocampe) , j’adore le mimosa en ponctuation sur la neige, (mon chouchou allez) et le « rire des lucioles » a quelque chose de fantastique ! Le dernier est drôle, ironique ! Bon mais dire au Dodo que se servir de moi comme levier en ce moment est une idée quelque peu saugrenue, arf !!! 😀 😀 ! Il n’a pas tort, en s’y mettant à deux nous y sommes arrivés et j’espère que tu pousseras la curiosité jusqu’à faire des vers plus longs même sans la rime hein !!! 😀 Ou des petits textes en prose ! Bref que tu re-com-men-ce-ras ! Bisous♥

    Aimé par 2 people

    1. Voilà ! Tu as mis le doigt sur mon « problème », que je nomme – à tort, probablement – l’académisme.
      Peinture et poésie, philosophie et prose m’ont été infligés dans toute leur « majestueuse intouchabilité », au temps où je croyais que l’art n’appartenait qu’à ceux qui avait été sacrés. Redoutable erreur, bien évidemment.
      Voilà aussi pourquoi et comment les Oulipiens m’ont libérée de ce carcan intellectuel. Parce qu’ils ont osé briser les codes.
      En matière d’haïkus, la métrique du 5-7-5 m’apparaît comme une musicalité et convient à mon oreille. Mais là aussi, c’est du pur académisme.
      Et si je n’ai pas su vraiment la respecter, j’ai essayé quand même de conserver à ces trois vers un certain rythme mélodieusement poétique. J’ai bien dit essayé.
      Merci de tes compliments ; de ta part, c’est encore plus que ça 😀
      Bises ❤

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  11. Et bien pour un coup d’essai ! Je n’aimais pas trop les Haïkus non plus jusqu’à ces derniers temps, peut-être que j’arrive mieux à condenser ma pensée en tout cas les tiens sont très nets. J’aime bien le IV qui est très visuel !
    Bises

    Aimé par 1 personne

    1. C’est vrai, j’aime « ce concentré qui dit tant ».
      Je suis très dithyrambique, voilà pourquoi je me pensais incapable de transmettre idées et émotions en 17 syllabes (quoique j’ai un peu triché)
      Heureuse que tu aies trouvé plaisir à me lire 😀
      Bises, Ma Dame Camomille

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    2. Ce que j’aime, dans le Haïku, c’est que l’emphase et la dithyrambe sont contenues, comme un instant suspendu…
      La goutte d’eau qui quitte la stalactite pour s’en venir rejoindre la stalagmite, jusqu’à que l’une et l’autre soient reliées…
      Bon, je m’égare un peu, là ! Sans doute l’émotion de recevoir tant de compliments 😉
      Bises

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    1. Moi aussi 😀
      Je vois bien dans la prunelle du matou, le vif éclat de la fleur de mimosa…
      Et je vois bien le matou, pelotonné sur la neige, prêt à s’emparer de notre regard.

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  12. Je le savais : tu devrais écrire (et aussi des poèmes !) ! Comme disait Georges Brassens, il suffit de passer le pont, et c’est tout de suite l’aventure (de l’écriture et de la poésie).
    Avec l’agenda minuscule comme point d’appui et les jeudis d’Asphodèle en levier, tu n’as plus qu’à soulever le monde, et hop, c’est fait !

    j’aime beaucoup tes six haïkus ; le dernier est un beau manifeste d’écriture malicieuse à la Raymond Queneau (« mangée, la consigne ! ») ; et s’il faut le dire, le troisième avec ses lucioles qui rient aux étoiles me touche particulièrement.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui… et si, par hasard, su’l’pont des Arts, je croise le vent fripon…
      Oui, cette fois, je l’ai croisé, et le maraud a retroussé mon improvisation.

      Je ne vais pas, surtout pas, jouer les vierges effarouchées et les modestes des coins de rues (tiens je me demande bien ce qu’est une modeste de coin de rue 😉 ).
      Je suis surprise d’avoir trouvé l’inspiration, et assez contente de me lire. Ces 5/7/5 qui ne le sont pas toujours chantent bien à mes oreilles et prennent sens.

      Merci pour le thème, il était pile poil dans mon espace délirant et jubilatoire.

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    1. Merci de ta bienveillance, Aifelle !
      C’est un « exercice » qui m’a bien plu. Depuis le temps que l’idée d’en écrire me trottait dans la tête !
      Mais de là à appeler cela un haïku….

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    1. Le V, c’est celui qui m’a donné le plus de fil à retordre et je l’ai remanié plusieurs fois.
      J’étais partie sur l’idée d’une comète chevelue qui étendrait ses tentacules…
      Belle journée 😀

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