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© Bibliothèque nationale de France

 

La tête de Loup
– Mais ce n’est pas une tête de loup !
Ceci n’a rien d’un loup, vraiment, ni de sa tête !…
Habitant au plafond de la bibliothèque,
Cette araignée avait des notions de tout,
Et se piquait de tout connaître.
Une tête de loup ? Est-ce que la soubrette
Croit l’araignée une bête, aussi bête ?…
Une tête de loup !… Elle va un peu fort !…
Mais cela n’a aucun rapport !… –
Et, en personne renseignée,
L’araignée
Décrit avec force détails
Le véritable loup, la terreur du bercail ;
Elle explique
Ses yeux obliques,
Et droite son oreille et son museau pointu,
Puis, sur sa queue aux poils touffus,
Sur la couleur de son pelage,
Roux en été, blanc avec l’âge,
La savante ne tarit plus.
C’est au moment qu’elle disserte,
Que, portant à bon droit ou non
De la tête du loup le nom,
Long emmanché, le balai rond
De la soubrette
Atteint notre araignée et l’écrase au plafond.
Apprendre tout et tout savoir de source sûre,
Voilà qui doit nous rendre satisfaits :
Parfait !
Mais crains l’heure qui vient où tu n’en auras cure,
Où tu t’aperçois qu’en effet
Le nom du mal et sa nature
Importent moins que ses effets.

Franc-Nohain (1872-1934)
Nouvelles Fables (1933)

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