Vincent Wackenheim, La Revanche des otaries

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Le Déluge revisité à la sauce Wackenheim, ça vaut son pesant de DinoZores – avec un Z, deux mêmes, puisque tout le monde sait que c’est de couples que le bestiaire de l’Arche fut habité quarante jours et quarante nuits –.

Mais que diable sont-ils venus faire dans cette galère, ces deux bestiaux hors d’âge ? Diable, oui ; « le Diable » vs « le Patron », c’est toute l’affaire de la croisière. Ce qu’on découvre, c’est que les deux adversaires dont l’antagonisme remonte à des temps antédiluviens, ont délégué. Le très Créateur Patron, c’est à Noé qu’il a confié la lieutenance, nous le savions. Il faudra attendre un peu pour connaître l’élu du Diable ; pour ne pas que le lecteur s’ennuie, Wackenheim a imaginé toutes sortes de manigances, de celles du genre qui rebondissent comme des balles de ping pong ou qui reviennent vers leur lanceur comme des boomerangs.

Alors quand Dieu s’était lancé dans la Création, le Diable en creva de jalousie. Ce fut un véritable festival, avec feu d’artifice à la fin de chaque journée, communiqué de presse, état d’avancement des travaux. Et Dieu vit que cela était bon! Et que je me lance des fleurs, et que je me congratule toute la sainte semaine.

Sans risquer de dévoiler l’intrigue, je peux vous annoncer que Noé était zoophile. Que son penchant inclinait vers une affable otarie au poil luisant. Qu’un capitaine de vaisseau davantage préoccupé par ses libidineux instincts que par la direction du navire, non seulement ça fait désordre, mais ça crée désordre.

Noé se retrouve donc avec deux clandestins de poids sur les bras. Lesquels, aussi incongrus qu’épastrouillants, vont devenir l’objet de toutes les convoitises, de tous les ressentiments, de tous les complots, de toutes les magouilles.

« Après la découverte des dinoZores, c’en fut fini de la quiétude et de la sérénité, de la belle camaraderie et des petits tracas domestiques. Une ère nouvelle s’ouvrait avec son lot d’incertitudes et de déconvenues majeures, de sombres turpitudes et de trahisons violentes, de faux espoirs, de noirs chagrins, de coups tordus. La vie, en somme. Chienne de vie. Noé douta pour la première fois. »

Noé, le queutard, ne sait où donner de la tête : il édicte des règles, il promulgue des lois ; après avoir instauré une charte de bonne conduite alimentaire et de « savoir-survivre » (on ne se mange pas les uns les autres), le voici à devoir décréter une réglementation drastique de tous les comportements sexuels : il est strictement interdit de forniquer dans le but – avoué ou non – de procréer. Quand on sait qu’à cette époque, on ne connaissait même pas la méthode Ogino, c’est dire !

C’est le branle-bas dans le microcosme. Les dinoZores, quant à eux, ne pipent mot : d’ailleurs on ne leur demande pas leur avis et on ne leur demandera jamais s’ils préféreraient servir de plat de résistance aux carnivores de l’Arche plutôt qu’aux carnivores marins… qui, subrepticement – par on ne sait quel dessein luciférien – ont été rendus à leur environnement naturel…

L’Arche bat la campagne, prend l’eau de toutes parts, et, pour souquer, on se fait des politesses. C’est là que l’actualité très contemporaine prend forme et valeur. Publié en 2009, l’ouvrage n’a pas pris une ride. À mourir de rire, si l’on reste dans la fiction ; à mourir de larme, si l’on y regarde de plus près. Et comme on peut rire aux larmes, et pleurer de rire, on se régale à la lecture de ce livre ; mais on se gratte la gorge, parfois : comment fait-il, Vincent Wackenheim, pour rendre aussi légers deux DinoZores dont un seul battement de cil pourrait faire sombrer l’humanité ?

Un livre poil à gratter, complètement délicieux, exquis, perspicace et jubilatoire. « En déjanté dans le texte », qui, lorsqu’on chatouille un peu le vernis, se dévoile comme une satire sociale et politique très efficace… l’air de rien !

Ce n’était quand même pas sa faute à lui si cette humanité s’était mise à dérailler grave, l’alcool, le cholestérol, les OGM, le loto, la Bourse qui fait du Yo-Yo, la météo pareil, etj’en passe, les téléphones portables, le Wi-Fi, les politicards véreux et rien à la télé.
Tout ce qui avait poussé le Patron à prendre des mesures pour le moins radicales.
Résultat, il se trouvait, lui, Noé, à son âge, sur cette barcasse puante, à contenir ces bêtes malpropres et encombrantes, dont le seul objectif dans la vie était de forniquer puis de se bouffer joyeusement les uns les autres une fois à terre. Pas très reluisant comme projet de vie.

Vincent Wackenheim, La Revanche des otaries
© Le Dilettante, 2009

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7 réflexions sur “Vincent Wackenheim, La Revanche des otaries

  1. En passant, un petit clin d’oeil à La Licorne, et son thème « L’Arche de Noé ».
    J’ai très envie de lire cette revanche des otaries.
    Amitiés

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  2. Je ne connais ni l’auteur ni le titre mais ce que tu en dis me fait sourire ! 😉. Pas mal du tout cette idée de revisiter l’arche de Noé à la sauce contemporaine. Effectivement il y a à dire sur le sujet… bisous. 😁

    Aimé par 1 personne

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