François Jacqmin, Les saisons

Tous les jeudis, lisez ici un poème.

Nul n’a besoin de connaître et/ou d’aimer la poésie pour participer à ce jeu. Mais n’est-ce pas là l’occasion de la découvrir et de rencontrer ses auteurs ?

J’ai effacé un mot (***). À vous de le retrouver en vous aidant de la citation suivante (attention, le mot manquant ne s’y trouve pas) :

La force dont j’ai rêvée et dont je dispose aujourd’hui ne s’obtient que par une application paysanne, par une énergie persévérante, par la volonté constante d’ajouter à ce que nous possédons l’homme ou l’élément qui nous manque.

Malraux, Les Conquérants

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François Jacqmin 1929 – 1992
L’automne dépasse les bornes
de la tristesse du monde ;
déjà on entend la plainte de ceux
qui considèrent que la douleur
n’est pas à composer à une saison ;
on estime qu’il est hors de propos
que le bonheur dépende
de l’état des branches…
Que peut-on attendre
lorsqu’il n’y a plus qu’un croquis
du monde
une bouche muette
au lieu de cette source jaillissante
qui lisait à haute voix
les signes que faisait le monde…
On compte les jours
qui comptent encore dans le jour ;
on ne se rappelle plus
ce qu’était vraiment la joie :
il faut inventer des idéaux
pour passer l’hiver…
C’est l’âme qui compte
lorsqu’on regarde intensément ;
le vertige
est de s’en tenir à ce que l’on comprend, 
et l’automne demande
une (***) ambiguë 
au cœur…
Lorsque le bleu s’élève
au-dessus du bleu et pâlit,
le moment est venu de parler
et de se taire en même temps
pour bien atteindre
ce que propose la vision de l’automne…
Les vents doux agitent les bouleaux
et maintiennent
une sorte d’activité mystérieuse,
un Jour où entre la matière
première du premier jour,
un sable trop fin pour les yeux…

François Jacquemin 1929 1992

Né en province de Liège en 1929, François Jacqmin est un poète belge majeur de la deuxième moitié du XXe siècle en Belgique. Après avoir vécu plusieurs années en Angleterre pendant la deuxième Guerre Mondiale, il revient en Belgique et participe à la fondation de la revue Phantomas. Poète discret, unique, Jacqmin interroge dans toute son œuvre la possibilité d’appréhender le réel ainsi que le rapport du poète au langage. En marge de la vie littéraire, il publie tardivement un premier recueil essentiel, Les Saisons, en 1979, suivi en 1984 du Domino gris. Il meurt en 1992, deux ans après la publication de sa dernière œuvre, Le Livre de la neige.

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7 réflexions sur “François Jacqmin, Les saisons

  1. « C’est l’âme qui compte
    lorsqu’on regarde intensément ;
    le vertige
    est de s’en tenir à ce que l’on comprend,
    et l’automne demande
    une endurance ambiguë
    au cœur… »

    J'aime

    1. C’est le mot « énergie », dans la citation d’André Malraux, qui aurait pu te mettre sur la piste 😀

      Je suis d’accord avec toi, sur le ressenti quand l’automne arrive !

      Bisous

      J'aime

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