» Le soir, comme ils rentraient des champs, les parents trouvent le chat sur la margelle du puits où il était occupé à faire sa toilette.
– Allons, dirent-ils, voilà le chat qui passe sa patte par-dessus son oreille. Il va encore pleuvoir demain.
En effet, le lendemain, la pluie tomba toute la journée. Il ne fallait pas penser à aller aux champs. Fâchés de ne pouvoir mettre le nez dehors, les parents étaient de mauvaise humeur et peu patients avec leurs deux filles. Delphine, l’aînée, et Marinette, la plus blonde, jouaient dans la cuisine à pigeon vole, aux osselets, au pendu, à la poupée et à loup y-es-tu.
– Toujours jouer, grommelaient les parents, toujours s’amuser. Des grandes filles comme ça. Vous verrez que quand elles auront dix ans, elles joueront encore. Au lieu de s’occuper à un ouvrage de couture ou d’écrire à leur oncle Alfred. Ce serait pourtant bien plus utile.
Quand ils en avaient fini avec les petites, les parents s’en prenaient au chat qui, assis sur la fenêtre, regardait pleuvoir.
– C’est comme celui-là. Il n’en fait pas lourd non plus dans une journée. Il ne manque pourtant pas de souris qui trottent de la cave au grenier. Mais Monsieur aime mieux se laisser nourrir à ne rien faire. C’est moins fatigant.
 – Vous trouvez toujours à redire à tout, répondait le chat. La journée est faite pour dormir et pour se distraire. La nuit, quand je galope à travers le grenier, vous n’êtes pas derrière moi pour me faire des compliments.
 – C’est bon. Tu as toujours raison, quoi. »
 Marcel Aymé, Les contes du chat perché

Delphine, Marinette et le Chat se regardaient affligés : s’occuper à un ouvrage de couture, écrire à l’Oncle Alfred, attraper les souris… Ils n’avaient vraiment pas d’imagination, ces adultes ! Ils complotèrent toute la journée du  jeudi, un jour sans école,  se demandant comment dérider les parents à leur retour des champs.

– Et si on leur posait des devinettes, propose Alphonse (le chat).

– Parce que tu crois qu’ils vont avoir le cœur à jouer en rentrant du travail, rétorque Delphine, la plus grande. D’ailleurs, les adultes n’aiment pas jouer ; ils ne pensent qu’à travailler.

– On va leur dire qu’on a un devoir de calcul pour demain et qu’on ne sait pas le faire, qu’il faudrait qu’ils nous aident parce qu’on va être punies par le maître, imagine Marinette, la plus blonde. C’est utile, comme ils disent.

– On ne peut pas leur poser celle du chat qui veut attraper une souris qui se trouve de l’autre côté de la rivière, quand même !

– Pourquoi, demande Alphonse.

– Ben, parce que tu sais lire, toi !

– Je ne vois pas le rapport, rigole le chat.

– Écoute plutôt.

Un chat veut attraper une souris. Mais celle-ci se trouve de l’autre côté d’une rivière. Pour aller de l’autre côté, le chat ne peut pas nager car la rivière est infestée de crocodiles, il ne peut pas faire de détour car il y a une cascade de chaque côté. Et sur le pont il y a un panneau qui dit : « attention aux mines ».
Que peut faire le chat ?

– C’est sûr, si je ne savais pas lire, j’aurais emprunté le pont !

– Les parents vont dire qu’un chat est un chat et que comme chat échaudé craint l’eau froide, il ne va pas tenter la traversée de la rivière à la nage, même s’il n’y a pas de crocodile dans nos rivières.

– Ils veulent avoir réponse à tout, les parents ; il faudrait qu’on trouve une énigme complètement énigmatique.

– Énigmathématique.

Alphonse, pendant que les fillettes cogitaient, était discrètement sorti de la maison. Il avait convoqué dans la grange tous ses copains-félins pour leur demander conseil. Même Grippeminaud, malgré son grand âge, s’était déplacé. Il avait plus d’une souris dans son sac, le bougre ! Nul doute que ses propositions seraient avisées ! Et Raminagrobis, qui, malgré son air chattemite, avait maintes fois prouvé qu’il ne faut pas réveiller chat qui dort.  De conciliabules en discutailleries, ils échafaudèrent une colle absolument logogriphique.

Dans un bus d’école, 7 enfants sont conduits. Chaque enfant a 7 sacs à dos. Dans chaque sac se trouvent 7 mamans chattes. Chaque chatte a 7 chatons. Heureusement, chacun a autant de pattes que prévus par la nature.

Question : Combien de jambes/pattes sont dans le bus?

Alphonse revint dans la cuisine. Vite, il fallait tester l’énigme avant le retour des parents. Il exposa le problème aux deux fillettes. Elles restèrent coites et perplexes. Mais celui qui se trouva le plus dans l’embarras, c’est Alphonse, quand les parents le retrouvèrent assis sur la margelle du puits avec, devant lui, deux petites langues roses.

– Heu… bafouilla-t-il, un peu gêné. Dépêchez-vous de trouver la réponse à l’énigme ! Les petites en ont besoin, sinon le maître va penser qu’elles l’ont avalée, alors qu’elles ne l’ont habituellement pas dans la poche !

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Écrit pour l’autre des thèmes de l’agenda ironique de septembre, tenu et entretenu par Carnets Paresseux et… moi-même.
Où il est question  « de donner sa langue au chat ».

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